Va, Chanson, À Tire-d’aile

Va, chanson, à tire-d’aile

Au-devant d’elle, et dis-lui

Bien que dans mon cœur fidèle

Un rayon joyeux a lui,

Dissipant, lumière sainte,

Ces ténèbres de l’amour :

Méfiance, doute, crainte,

Et que voici le grand jour !

Longtemps craintive et muette,

Entendez-vous ? la gaîté,

Comme une vive alouette

Dans le ciel clair a chanté.

Va donc, chanson ingénue,

Et que, sans nul regret vain,

Elle soit la bienvenue

Celle qui revient enfin.

Une Sainte En Son Auréole

Une Sainte en son auréole,

Une Châtelaine en sa tour,

Tout ce que contient la parole

Humaine de grâce et d’amour ;
La note d’or que fait entendre

Un cor dans le lointain des bois,

Mariée à la fierté tendre

Des nobles Dames d’autrefois ;
Avec cela le charme insigne

D’un frais sourire triomphant

Eclos dans des candeurs de cygne

Et des rougeurs de femme-enfant ;
Des Aspects nacrés, blancs et roses,

Un doux accord patricien :

Je vois, j’entends toutes ces choses

Dans son nom Carlovingien.

Son Bras Droit, Dans Un Geste Aimable De Douceur

Son bras droit, dans un geste aimable de douceur,

Repose autour du cou de la petite soeur,

Et son bras gauche suit le rythme de la jupe.

A coup sûr une idée agréable l’occupe,

Car ses yeux si francs, car sa bouche qui sourit,

Témoignent d’une joie intime avec esprit.

Oh ! sa pensée exquise et fine, quelle est-elle ?

Toute mignonne, tout aimable, et toute belle,

Pour ce portrait, son goût infaillible a choisi

La pose la plus simple et la meilleure aussi :

Debout, le regard droit, en cheveux ; et sa robe

Est longue juste assez pour qu’elle ne dérobe

Qu’à moitié sous ses plis jaloux le bout charmant

D’un pied malicieux imperceptiblement.

Toute Grâce Et Toutes Nuances

Toute grâce et toutes nuances

Dans l’éclat doux de ses seize ans,

Elle a la candeur des enfances

Et les manèges innocents.
Ses yeux, qui sont les yeux d’un ange,

Savent pourtant, sans y penser,

Eveiller le désir étrange

D’un immatériel baiser.
Et sa main, à ce point petite

Qu’un oiseau-mouche n’y tiendrait,

Captive sans espoir de fuite,

Le coeur pris par elle en secret.
L’intelligence vient chez elle

En aide à l’âme noble ; elle est

Pure autant que spirituelle :

Ce qu’elle a dit, il le fallait
Et si la sottise l’amuse

Et la fait rire sans pitié,

Elle serait, étant la muse,

Clémente jusqu’à l’amitié,
Jusqu’à l’amour qui sait ? peut-être,

A l’égard d’un poète épris

Qui mendierait sous sa fenêtre,

L’audacieux ! un digne prix
De sa chanson bonne ou mauvaise !

Mais témoignant sincèrement,

Sans fausse note et sans fadaise,

Du doux mal qu’on souffre en aimant.

N’est-ce Pas ? En Dépit Des Sots Et Des Méchants

N’est-ce pas ? en dépit des sots et des méchants

Qui ne manqueront pas d’envier notre joie,

Nous serons fiers parfois et toujours indulgents.
N’est-ce pas ? nous irons, gais et lents, dans la voie

Modeste que nous montre en souriant l’Espoir,

Peu soucieux qu’on nous ignore ou qu’on nous voie.
Isolés dans l’amour ainsi qu’en un bois noir,

Nos deux coeurs, exhalant leur tendresse paisible,

Seront deux rossignols qui chantent dans le soir.
Quant au Monde, qu’il soit envers nous irascible

Ou doux, que nous feront ses gestes ? Il peut bien,

S’il veut, nous caresser ou nous prendre pour cible.
Unis par le plus fort et le plus cher lien,

Et d’ailleurs, possédant l’armure adamantine,

Nous sourirons à tous et n’aurons peur de rien.
Sans nous préoccuper de ce que nous destine

Le Sort, nous marcherons pourtant du même pas,

Et la main dans la main, avec l’âme enfantine
De ceux qui s’aiment saris mélange, n’est-ce pas ?

Nous Sommes En Des Temps Infâmes

Nous sommes en des temps infâmes

Où le mariage des âmes

Doit sceller l’union des coeurs ;

A cette heure d’affreux orages

Ce n’est pas trop de deux courages

Pour vivre sous de tels vainqueurs.
En face de ce que l’on ose

Il nous siérait, sur toute chose,

De nous dresser, couple ravi

Dans l’extase austère du juste,

Et proclamant d’un geste auguste

Notre amour fier, comme un défi.
Mais quel besoin de te le dire ?

Toi la bonté, toi le sourire,

N’es-tu pas le conseil aussi,

Le bon conseil loyal et brave,

Enfant rieuse au penser grave,

A qui, tout mon coeur dit : merci !

Puisque L’aube Grandit, Puisque Voici L’aurore

Puisque l’aube grandit, puisque voici l’aurore,

Puisque, après m’avoir fui longtemps, l’espoir veut bien

Revoler devers moi qui l’appelle et l’implore,

Puisque tout ce bonheur veut bien être le mien,
C’en est fait à présent des funestes pensées,

C’en est fait des mauvais rêves, ah ! c’en est fait

Surtout de l’ironie et des lèvres pincées

Et des mots où l’esprit sans l’âme triomphait.
Arrière aussi les poings crispés et la colère

A propos des méchants et des sots rencontrés ;

Arrière la rancune abominable ! arrière

L’oubli qu’on cherche en des breuvages exécrés !
Car je veux, maintenant qu’un Être de lumière

A dans ma nuit profonde émis cette clarté

D’une amour à la fois immortelle et première,

De par la grâce, le sourire et la bonté,
Je veux, guidé par vous, beaux yeux aux flammes douces,

Par toi conduit, ô main où tremblera ma main,

Marcher droit, que ce soit par des sentiers de mousses

Ou que rocs et cailloux encombrent le chemin ;
Oui, je veux marcher droit et calme dans la Vie,

Vers le but où le sort dirigera mes pas,

Sans violence, sans remords et sans envie :

Ce sera le devoir heureux aux gais combats.
Et comme, pour bercer les lenteurs de la route,

Je chanterai des airs ingénus, je me dis

Qu’elle m’écoutera sans déplaisir sans doute ;

Et vraiment je ne veux pas d’autre Paradis.

L’heure Exquise

La lune blanche

Luit dans les bois ;

De chaque branche

Part une voix

Sous la ramée
Ô bien-aimée.
L’étang reflète,

Profond miroir,

La silhouette

Du saule noir

Où le vent pleure
Rêvons, c’est l’heure.
Un vaste et tendre

Apaisement

Semble descendre

Du firmament

Que l’astre irise
C’est l’heure exquise.

L’hiver A Cessé : La Lumière Est Tiède

L’hiver a cessé : la lumière est tiède

Et danse, du sol au firmament clair.

Il faut que le coeur le plus triste cède

A l’immense joie éparse dans l’air.
Même ce Paris maussade et malade

Semble faire accueil aux jeunes soleils,

Et comme pour une immense accolade

Tend les mille bras de ses toits vermeils.
J’ai depuis un an le printemps dans l’âme

Et le vert retour du doux floréal,

Ainsi qu’une flamme entoure une flamme,

Met de l’idéal sur mon idéal.
Le ciel bleu prolonge, exhausse et couronne

L’immuable azur où rit mon amour.

La saison est belle et ma part est bonne

Et tous mes espoirs ont enfin leur tour.
Que vienne l’été ! que vienne encore

L’automne et l’hiver ! Et chaque saison

Me sera charmante, ô Toi que décore

Cette fantaisie et cette raison !

Le Bruit Des Cabarets, La Fange Du Trottoir

Le bruit des cabarets, la fange du trottoir,

Les platanes déchus s’effeuillant dans l’air noir,

L’omnibus, ouragan de ferraille et de boues,

Qui grince, mal assis entre ses quatre roues,

Et roule ses yeux verts et rouges lentement,

Les ouvriers allant au club, tout en fumant

Leur brûle-gueule au nez des agents de police,

Toits qui dégouttent, murs suintants, pavé qui glisse,

Bitume défoncé, ruisseaux comblant l’égout,

Voilà ma route avec le paradis au bout.

Le Foyer, La Lueur Étroite De La Lampe

Le foyer, la lueur étroite de la lampe ;

La rêverie avec le doigt contre la tempe

Et les yeux se perdant parmi les yeux aimés ;

L’heure du thé fumant et des livres fermés ;

La douceur de sentir la fin de la soirée ;

La fatigue charmante et l’attente adorée ;

De l’ombre nuptiale et de la douce nuit,

Oh ! tout cela, mon rêve attendri le poursuit

Sans relâche, à travers toutes remises vaines,

Impatient mes mois, furieux des semaines !

Le Paysage Dans Le Cadre Des Portières

Le paysage dans le cadre des portières

Court furieusement, et des plaines entières

Avec de l’eau, des blés, des arbres et du ciel

Vont s’engouffrant parmi le tourbillon cruel

Où tombent les poteaux minces du télégraphe

Dont les fils ont l’allure étrange d’un paraphe.
Une odeur de charbon qui brûle et d’eau qui bout,

Tout le bruit que feraient mille chaînes au bout

Desquelles hurleraient mille géants qu’on fouette ;

Et tout à coup des cris prolongés de chouette.

– Que me fait tout cela, puisque j’ai dans les yeux

La blanche vision qui fait mon coeur joyeux,

Puisque la douce voix pour moi murmure encore,

Puisque le Nom si beau, si noble et si sonore

Se mêle, pur pivot de tout ce tournoiement,

Au rythme du wagon brutal, suavement.

Le Soleil Du Matin Doucement Chauffe Et Dore

Le soleil du matin doucement chauffe et dore

Les seigles et les blés tout humides encore,

Et l’azur a gardé sa fraîcheur de la nuit.

L’on sort sans autre but que de sortir ; on suit,

Le long de la rivière aux vagues herbes jaunes,

Un chemin de gazon que bordent de vieux aunes.

L’air est vif. Par moment un oiseau vole avec

Quelque fruit de la haie ou quelque paille au bec,

Et son reflet dans l’eau survit à son passage.

C’est tout.
Mais le songeur aime ce paysage

Dont la claire douceur a soudain caressé

Son rêve de bonheur adorable, et bercé

Le souvenir charmant de cette jeune fille,

Blanche apparition qui chante et qui scintille,
Dont rêve le poète et que l’homme chérit,

Evoquant en ses voeux dont peut-être on sourit

La Compagne qu’enfin il a trouvée, et l’âme

Que son âme depuis toujours pleure et réclame.

La Dure Épreuve Va Finir

La dure épreuve va finir :

Mon coeur, souris à l’avenir.
Ils sont passés les jours d’alarmes

Où j’étais triste jusqu’aux larmes.
Ne suppute plus les instants,

Mon âme, encore un peu de temps.
J’ai tu les paroles amères

Et banni les sombres chimères.
Mes yeux exilés de la voir

De par un douloureux devoir
Mon oreille avide d’entendre

Les notes d’or de sa voix tendre,
Tout mon être et tout mon amour

Acclament le bienheureux jour
Où, seul rêve et seule pensée,

Me reviendra la fiancée !

La Lune Blanche

La lune blanche

Luit dans les bois ;

De chaque branche

Part une voix

Sous la ramée…

Ô bien-aimée.

L’étang reflète,

Profond miroir,

La silhouette

Du saule noir

Où le vent pleure…

Rêvons, c’est l’heure.

Un vaste et tendre

Apaisement

Semble descendre

Du firmament

Que l’astre irise…

C’est l’heure exquise.