Mouettes, Gris Et Goélands

Mouettes, gris et goélands

Mêlent leurs cris et leurs élans.
Leur vol fou qui passe et repasse

Tend comme un filet dans l’espace.
Mouettes, goélands et gris

Mêlent leurs élans et leurs cris.
Parmi les mailles embrouillées

Grincent des navettes rouillées.
Mouettes, gris et goélands

Mêlent leurs cris et leurs élans.
Ces navettes à l’acier mince,

C’est leur voix aiguë et qui grince.
Mouettes, goélands et gris

Mêlent leurs élans et leurs cris.
On voit luire en l’air dans les mailles

Des ors, des nacres, des écailles.
Mouettes, gris et goélands

Mêlent leurs cris et leurs élans.
C’est un poisson que l’un attrape

Et qu’au passage un autre happe.
Mouettes, goélands et gris

Mêlent leurs élans et leurs cris.
Holà ! ho ! Du cœur à l’ouvrage !

La mer grossit. Proche est l’orage.
Mouettes, gris et goélands

Doublent leurs cris et leurs élans.
Mais soudain, clamant la tempête,

Le pétrel noir au loin trompette.
Mouettes, goélands et gris

Brisent leurs élans et leurs cris.
Vite, vers leurs grottes fidèles

Ils retournent à tire d’ailes.
Mouettes, gris et goélands

Rentrent leurs cris et leurs élans.
Lui, sa clameur stridente augmente.

Quand vient ce roi de la tourmente,
Mouettes, goélands et gris

N’ont plus d’élans, n’ont plus de cris.

Nuageries

Les nuages là-haut vont rêvant,

Pas de vent !

Nul rayon n’y met son coloris.

On dirait une bande d’oiseaux

Dans les eaux

Mirant leur gros ventre en velours gris.
Les nuages là-haut vont planant.

Maintenant

La brise ébouriffe leur poitrail

Où les rais du soleil découvert

Ont ouvert

Des blessures d’or et de corail.
Les nuages là-haut vont mourant;

Car, plus grand,

Sous la dent féroce qui les mord

S’élargit le grand trou peu à peu

Tout en feu

Par où fuit le sang et vient la mort.
Les nuages là-haut vont crevant,

Et le vent

Les jette à la mer qui se ternit.

On dirait une bande d’oiseaux

Dans les eaux

Plongeant pour mourir où fut leur nid.