M’amour, Tu As Trahi Ma Jeunesse Peu Caute

M’amour, tu as trahi ma jeunesse peu caute.

Je brûle t’oeilladant, certes je n’en puis plus !

Vois ma couleur changeante et vois mes sens émus,

Je suis près du péril de l’agréable faute.
Je ne quiers si tu es papiste ou huguenote,

Amour n’a point de loi. Malheureux sont tenus

Ceux qui ne sont sujets de la belle Vénus,

Qui fuit l’ombre d’honneur comme une chose sotte.
Quel bonheur, quelle joie est-ce qu’on en reçoit ?

C’est un abus commun qui les femmes déçoit,

Où l’amour est un bien qui réjouit notre âme.
C’est trop dit, je me perds, ha mon dieu ! je me meurs,

Je sens une liqueur qui doucement me pâme.

Bienheureux qui finit entre tant de faveurs.

Ô Belle Noémie, Approche, Embrasse-moi

Ô belle Noémie, approche, embrasse-moi,

Et ne m’allègue plus ma sainte ardeur éprise,

Disant que je m’en aille à Théophile exquise

A qui j’offris mes voeux premièrement qu’à toi.
Je me fâche vraiment de ce double renvoi

Qui fraude les loyers de ma brave entreprise :

Le grand Prince use ainsi d’une feinte remise

Pour égarer l’effet de sa douteuse foi.
Je crains que tu ne sois en cette humeur encline :

Sans cesse l’on retient de sa prime origine,

On a beau transplanter le rosier odorant,
Le tailler, le lier pour adoucir ses roses,

Toujours il pique un peu ; aussi fait ton coeur grand,

Bien que ton sang illustre ait des métamorphoses.

Qu’en Dites-vous, Mon Coeur ? Je Vous Prie De Le Dire

Qu’en dites-vous, mon Coeur ? Je vous prie de le dire.

Quoi ? vous rêvez, ce semble, ô quelle étrange humeur !

Mais ce beau teint changeant m’avant-court un bonheur,

Et ce vent tremblotant qui doucement soupire.
Las ! ce bel oeil baissé, dont le jour se retire,

Pourrait bien messager quelque étrange douceur :

Non, ce souris bénin présage une douleur,

Pour donner à ce coup trêve entre mon martyre.
Parlez donc, mon souci, quoi ? vous ne dites rien.

Qui se tait il consent, vous le voulez donc bien.

Approche-toi m’Amour, baise-moi ma chère âme,
Je me veux enivrer de la douce poison,

Qui tant et tant de fois suborna ma raison :

Seigneur Dieu je me meurs, je me perds, je me pâme.

Quoi ! Qu’est-ce Que Ceci ? Ma Mignonne, Es-tu Folle ?

Quoi ! qu’est-ce que ceci ? ma mignonne, es-tu folle ?

Ne te moques-tu point ? penses-tu apaiser

L’audace de mon feu par un simple baiser,

D’un gracieux regard, d’une douce parole ?
Ni pour la compagnie, il faut que je t’accole.

Ne crains qu’on le découvre, on ne peut l’aviser,

Selon qu’il me plaît ore avec toi deviser,

Assis sur cette chaire agréablement molle.
Puis chacun parle à part, s’entretenant tout bas.

Faisons ainsi afin qu’on ne s’en doute pas,

Prenons l’occasion qui douce nous salue.
Là feignant d’admirer ton bel entendement,

Te serrant près de moi, j’hausserai vitement

Ton linge délié par ta jupe fendue.

Sur Ses Ailes, Amour, D’un Vol Plein De Vitesse

Sur ses ailes, Amour, d’un vol plein de vitesse,

Sans donner à mon âme un moment de repos,

Plus vite qu’un dauphin qui traverse les flots,

Me transporte haut-volant vers ma chaste déesse.
Jamais de tel randon* des aquilons la presse,

Franchissant à l’envi d’Amphitrite les sauts,

Si raide n’élança par le glacis des eaux

Le vaisseau désarmé vide de toute adresse.
Comme sur les cerceaux de cent mille désirs

Le vent impétueux de mes ailés soupirs

Me trajette à grands bonds au phare de sa vue :
Flambes d’amour et vous, soupirs, enfants de l’air,

Passez-moi sans danger cette amoureuse mer,

Et puis à mon retour que votre feu me tue.
(*) mouvement impétueux

Comme Un Corps Féminin Que La Mère Nature

Comme un corps féminin que la mère Nature

N’a point favorisé de présent gracieux

S’efforce vainement, d’un art industrieux,

A vouloir déguiser sa première figure,
Ainsi l’illustre honneur par qui ma vie endure,

Sans être atteint du dard du premier né des dieux,

S’ombre inutilement pour complaire à mes yeux,

Car la bonne amitié n’a point de couverture.
Je sais bien davantage, ha ! taisez-vous, mes vers,

Ne découvrez l’ardeur qui vous rend si divers,

Si faites, poursuivez, n’ayez aucune doute,
Il est permis de plaindre aux pauvres affligés,

De même aux amoureux traîtrement licenciés.

Mais non, ne dites rien, ma dame nous écoute.

Ha Dieu ! Que J’ai De Bien Alors Que Je Baisotte

Ha Dieu ! que j’ai de bien alors que je baisotte

Ma jeune folion dedans un riche lit

Ha Dieu ! que j’ai de bien en ce plaisant conflit,

Perdant mon plus beau sang par une douce flotte.
Ha Dieu ! que j’ai de bien lorsque je la mignotte,

Lorsque je la chatouille, et lorsqu’elle me rit.

Ha Dieu ! que j’ai de bien quand j’entends qu’elle dit

D’une soufflante voix :   » Mon mignon, je suis morte !   »
Et quand je n’en puis plus, ha Dieu ! que j’ai de bien

De faire la moquette en m’ébattant pour rien.

Ha Dieu ! que j’ai de bien de pinçotter sa cuisse,
De lécher son beau sein, de mordre son tétault,

Ha Dieu ! que j’ai de bien en ce doux exercice,

Maniant l’honneur blond de son petit tonneau.

Je L’oeilladais Mi-nue, Échevelée

Je l’oeilladais mi-nue, échevelée,

Par un pertuis dérobé finement,

Mon coeur battait d’un tel débattement

Qu’on m’eût jugé comme en peur déréglée.
Or’ j’étais plein d’une ardeur enflammée,

Ore de glace en ce frissonnement.

Je fus ravi d’un doux contentement,

Tant que ma vie en fut toute pâmée.
Là follâtrait le beau soleil joyeux,

Avec un vent, zéphyre gracieux,

Parmi l’or blond de sa tresse ondoyante,
Qui haut volante ombrageait ses genoux.

Que de beautés ! mais le destin jaloux

Ne me permit de voir ma chère attente.

Je Penserai Plutôt La Mer Non Variable

Je penserai plutôt la mer non variable,

Le beau printemps sans fleurs, le mois d’août sans moissons,

Le froidureux hiver sans neige, sans glaçons,

Et le pauvre idiot avisément croyable.
Je penserai plutôt le bonheur abhorrable,

L’automne sans fruitage, et sans nulles boissons,

Le monde sans envie, et la mer sans poissons,

Que je pensasse en rien son dire véritable.
Jamais plus faussement nul ne fut accusé,

Ni l’honneur de Suzanne à grand tort méprisé.

Ha ! langue serpentine envers tous venimeuse !
Punis, mon Dieu, punis ce menteur inconstant,

Brise, accable son chef de ton foudre éclatant,

Pour apprendre à blâmer la beauté vertueuse.

La Honte À L’oeil Baissé Ne Me Fera Point Taire

La honte à l’oeil baissé ne me fera point taire,

Je ne craindrai l’orgueil du causeur affeté,

Je ne me cacherai pour n’être fréquenté,

Laissant la sainte Amour qui ne me veut complaire.
Je connais maintenant mon humeur téméraire,

C’est trop pour un mortel qu’une Divinité,

J’aimerai comme humain la douce humanité,

Dont l’invincible mort ne me saurait distraire.
J’ai adoré longtemps, gonflé de belle ardeur,

Théophile aux beaux yeux, Déesse de l’honneur,

Qui a d’un chaste voeu repu ma triste vie.
Adieu donc feu m’Amour, miracle glorieux,

Je suis trop peu pour vous digne des mêmes Dieux,

Je vais voir les douceurs de l’humble Noémie.