Un Jour Qu’il Faisait Nuit

Un jour qu’il faisait nuit

Il s’envola au fond de la rivière.

Les pierres en bois d’ébène, les fils de fer en or et la croix sans branche.

Tout rien.

Je la hais d’amour comme tout un chacun.

Le mort respirait de grandes bouffées de vide.

Le compas traçait des carrés et des triangles à cinq côtés.

Après cela il descendit au grenier.

Les étoiles de midi resplendissaient.

Le chasseur revenait carnassière pleine de poissons

Sur la rive au milieu de la Seine.

Un ver de terre, marque le centre du cercle sur la circonférence.

En silence mes yeux prononcèrent un bruyant discours.

Alors nous avancions dans une allée déserte où se pressait la foule.

Quand la marche nous eut bien reposé

nous eûmes le courage de nous asseoir

puis au réveil nos yeux se fermèrent

et l’aube versa sur nous les réservoirs de la nuit.

La pluie nous sécha.

Vent Nocturne

Sur la mer maritime se perdent les perdus

Les morts meurent en chassant des chasseurs

dansent en rond une ronde

Dieux divins ! Hommes humains !

De mes doigts digitaux je déchire une cervelle cérébrale.

Quelle angoissante angoisse

Mais les maîtresses maîtrisées ont des cheveux chevelus

Cieux célestes

terre terrestre

Mais où est la terre céleste ?

Langage Cuit I

Ce vieillard encore violet ou orangé ou rose

porte un pantalon en trompe d’éléphant.
Mon amour jette-moi ce regard chaud

où se lisent de blancs desseins !
Portrait au rallongé de nos âmes

Parlerons-nous à cœur fermé

et ce cœur sur le pied ?

Où jouerons-nous toute la nuit à la main froide ?

Langage Cuit Ii

d’une voix noire

d’une voix maigre

m’a séduite

dans la nuit mince

dans le jour des temps.

Se vêtir d’un crêpe de chevelure

la muse aux seins mourants.
Et la voix ronde

dit que la voie est esclave.
Quelle lumière cuite ce jour-là !

L’asile Ami

Là ! L’Asie. Sol miré, phare d’haut, phalle ami docile à la femme, il l’adore, et dos ci dos là mille a mis ! Phare effaré la femme y résolut d’odorer la cire et la fade eau. L’art est facile à dorer : fard raide aux mimis, domicile à lazzi. Dodo l’amie outrée !

Le Bonbon

Je je suis suis le le roi roi

des montagnes

j’ai de de beaux bobos beaux beaux yeux yeux

il fait une chaleur chaleur
j’ai nez

j’ai doigt doigt doigt doigt à à

chaque main main
j’ai dent dent dent dent dent dent dent

dent dent dent dent dent dent dent

dent dent dent dent dent dent dent

dent dent dent dent dent dent dent

dent dent dent dent

Tu tu me me fais fais souffrir

mais peu m’importe m’importe

la la porte porte

La Colombe De L’arche

Maudit !

soit le père de l’épouse

du forgeron qui forgea le fer de la cognée

avec laquelle le bûcheron abattit le chêne

dans lequel on sculpta le lit

où fut engendré l’arrière-grand-père

de l’homme qui conduisit la voiture

dans laquelle ta mère

rencontra ton père.
14 novembre 1923

Idéal Maîtresse

Je m’étais attardé ce matin-là à brosser les dents d’un joli animal que, patiemment, j’apprivoise. C’est un caméléon. Cette aimable bête fuma, comme à l’ordinaire, quelques cigarettes, puis je partis.
Dans l’escalier je la rencontrai.  » Je mauve « , me dit-elle et tandis que moi-même je cristal à pleine ciel-je à son regard qui fleuve vers moi. Or, il serrure et, maîtresse ! Tu pitchpin qu’a joli vase je me chaise si les chemins tombeaux.
L’escalier, toujours l’escalier qui bibliothèque et la foule au bas plus abîme que le soleil ne cloche.
Remontons ! mais en vain, les souvenirs se sardine ! à peine, à peine un bouton tirelire-t-il. Tombez, tombez ! En voici le verdict :  » La danseuse sera fusillée à l’aube avec ses bijoux immolés au feu de son corps. Le sang des bijoux, soldats !  »
Eh quoi, déjà je miroir. Maîtresse tu carré noir et si les nuages de tout à l’heure myosotis, ils moulins dans la toujours présente éternité.

Isabelle Et Marie

Isabelle rencontra Marie au bas de l’escalier :

 » Tu n’es qu’une chevelure ! lui dit-elle.

— et toi une main.

— main toi-même, omoplate !

— omoplate ? c’est trop fort, espèce de sein !

— Langue ! dent ! pubis !

— œil !

— cils ! aisselle ! rein !

— gorge ! oreille !

— Oreille ? moi ? regarde-toi, narine !

— non mais, vieille gencive !

— doigt !

— con !  »
31 mai 1923

Élégant Cantique De Salomé Salomon

Mon mal meurt mais mes mains miment

Nœuds, nerfs non anneaux. Nul nord

Même amour mol ? mames, mord

Nus nénés nonne ni Nine.
Où est Ninive sur la mammemonde ?
Ma mer, m’amis, me murmure :

 » nos nils noient nos nuits nées neiges  »

Meurt momie ! môme : âme au mur.

Néant nié nom ni nerf n’ai-je !
Aime haine

Et n’aime

haine aime

aimai ne
M N

N M

N M

M N

À Présent

J’aimai avec passion ces longues fleurs qui éclatai-je à mon entrée.

Chaque lampe se transfigurai-je en œil crevé d’où coulai-je des vins

plus précieux que la nacre et les soupirs des femmes assassinées.
Avec frénésie, avec frénésie nos passions naquis-je et le fleuve Amazone

lui-même ne bondis-je pas mieux.

Écouté-je moi bien ! Du coffret jaillis-je des océans et non des vins

et le ciel s’entr’ouvris-je quand il parus-je.

Le nom du seigneur n’eus-je rien à faire ici.
Les belles mourus-je d’amour et les glands, tous les glands tombai-je dans les ruisseaux.

La grande cathédrale se dressai-je jusqu’au bel œil. L’œil de ma bien- aimée.

Il connus-je des couloirs de chair. Quant aux murs ils se liquéfiai-je

et le dernier coup de tonnerre fis-je disparaître de la terre tous les tombeaux.

Au Mocassin Le Verbe

Tu me suicides, si docilement

Je te mourrai pourtant un jour.

Je connaîtrons cette femme idéale

et lentement je neigerai sur sa bouche

Et je pleuvrai sans doute même si je fais tard, même si je fais beau temps

Nous aimez si peu nos yeux

et s’écroulerai cette larme sans

raison bien entendu et sans tristesse.

Sans.

C’était Un Bon Copain

Il avait le cœur sur la main

Et la cervelle dans la lune

C’était un bon copain

Il avait l’estomac dans les talons

Et les yeux dans nos yeux

C’était un triste copain.

Il avait la tête à l’envers

Et le feu là où vous pensez.

Mais non quoi il avait le feu au derrière.

C’était un drôle de copain

Quand il prenait ses jambes à son cou

Il mettait son nez partout

C’était un charmant copain

Il avait une dent contre Étienne

À la tienne Étienne à la tienne mon vieux.

C’était un amour de copain

Il n’avait pas sa langue dans la poche

Ni la main dans la poche du voisin.

Il ne pleurait jamais dans mon gilet

C’était un copain,

C’était un bon copain.

Chanson De Chasse

La chasseresse sans chance

de son sein choie son sang sur ses chasselas

chasuble sur ce chaud si chaud sol

chat sauvage

chat chat sauvage qui vaut sage

chat sage ou sage sauvage

laissez sécher les chasses léchées

chasse ces chars sans chevaux et cette échine

sans châle

si sûre chasseresse

son sort qu’un chancre sigille

chose sans chagrin

chanson sans chair chanson chiche.

Cœur En Bouche

Son manteau traînait comme un soleil couchant

et les perles de son collier étaient belles comme des dents.

Une neige de seins qu’entourait la maison

et dans l’âtre un feu de baisers.

Et les diamants de ses bagues étaient plus brillants que des yeux.

 » Nocturne visiteuse Dieu croit en moi !

— Je vous salue gracieuse de plénitude

les entrailles de votre fruit sont bénies.

Dehors se courbent les roseaux fines tailles.

Les chats grincent mieux que les girouettes.

Demain à la première heure, respirer des roses aux doigts d’aurore

et la nue éclatante transformera en astre le duvet.  »
Dans la nuit ce fut l’injure des rails aux indifférentes locomotives

près des jardins où les roses oubliées

sont des amourettes déracinées.

 » Nocturne visiteuse un jour je me coucherai dans un linceul comme dans une mer.

Tes regards sont des rayons d’étoile,

les rubans de ta robe des routes vers l’infini.

Viens dans un ballon léger semblable à un cœur

malgré l’aimant, arc de triomphe quant à la forme.

Les giroflées du parterre deviennent les mains les plus belles d’Haarlem.

Les siècles de notre vie durent à peine des secondes.

À peine les secondes durent-elles quelques amours.

À chaque tournant il y a un angle droit qui ressemble à un vieillard.

Le loup à pas de nuit s’introduit dans ma couche.

Visiteuse ! Visiteuse ! tes boucliers sont des seins !

Dans l’atelier se dressent aussi sournoises que des langues les vipères.

Et les étaux de fer comme les giroflées sont devenus des mains.

Avec les fronts de qui lapiderez-vous les cailloux ?

quel lion te suit plus grondant qu’un orage ?

Voici venir les cauchemars des fantômes.  »

Et le couvercle du palais se ferma aussi bruyamment que les portes du cercueil.

On me cloua avec des clous aussi maigres que des morts

dans une mort de silence.

Maintenant vous ne prêterez plus d’attention

aux oiseaux de la chansonnette.

L’éponge dont je me lave n’est qu’un cerveau ruisselant

et des poignards me pénètrent avec l’acuité de vos regards.