Un Cœur Et Une Chaumière

Que faut-il pour être heureux ?

Un cœur et une chaumière.

C’est ce que l’on fait de mieux

Dans les rêves de la terre.
Les châteaux sont trop nombreux

Où l’on n’a que la misère ;

Que faut-il pour être heureux ?

Un cœur et une chaumière.
Les mots sont plus amoureux

Quand le mur n’est pas de pierre ;

Tout le jour j’aurais tes yeux,

La nuit j’aurais tes paupières
Et, ne gardant au ciel bleu

Qu’une étoile pour lumière,

Nous n’aurions, pour tous les deux,

Qu’un cœur et qu’une chaumière ?

Sur Une Plage

Les méduses en cristal bleu,

Que laissent les vagues errantes,

Sont des personnes transparentes.

Mais leur cœur ne fait pas d’aveu.
Un peu mortes, un peu vivantes,

Sont-elles de glace ou de feu,

Les méduses en cristal bleu

Que laissent les vagues errantes ?
Quand les varechs nous les présentent,

Miroirs bombés et que l’on peut

Voir encor respirer un peu,

Pourquoi sont-elles si tremblantes,

Les méduses en cristal bleu ?

Départ

Vraiment, mon départ te rend triste ?

Et ton front s’en est obscurci ?

Et tu me dis que rien n’existe

Lorsque je m’en vais loin d’ici ?
Vraiment, ton rêve que j’enivre

Loin de moi veut s’anéantir ?

Vraiment, sans moi tu ne peux vivre ?

Alors, c’est bien, je peux partir !

Instants

 » La même chose car, en moins d’une seconde,

Voici que ce jardin est devenu le monde

La même chose car voici que chaque instant

N’est plus qu’un battement de tout mon cœur battant.

Il n’y a plus de jour, plus d’heure bleue ou grise ;

Il n’y a, tout le temps, sur mon cœur qui se brise,

Que des instants frappés du matin jusqu’au soir :

Instants presque de joie presque de désespoir

Instant presque mortel instant presque suprême

Ah ! je te remercie et je t’en veux ! « 

La Rose De Saadi

Et toi, Fleur dont les mots étaient l’ardent feuillage,

Et dont les bras tremblaient comme des arbrisseaux ;

Toi qui prenais toujours un rêve pour ombrage,

Et, pour conseil, le bleu transparent des ruisseaux ;
Peut-on parler de fleurs sans revoir ton visage

Qui, si pâle sous les bandeaux noirs en arceaux,

Quand il se détachait sur un cher paysage

Avait l’air d’une fleur sous deux ailes d’oiseaux,
Rose de Saadi, charmante Marceline,

Peut-on parler de fleurs dans le soir qui s’incline

Sans revoir ton visage anéanti de pleurs ?
– Les fleurs dans la rosée ont dû mourir et naître

Si la vie a doublé tes larmes, c’est, peut-être,

Qu’elle aussi te prenait toujours pour une fleur !

Le Myosotis

 » Plus je vous vois, plus je soupire  »

Dit une fleur qui sait parler

Et je t’offre, avec mon sourire,

Des yeux qui t’ont toujours aimé.
 » N’oubliez jamais votre amour  »

Dit encore la fleur qui s’alarme

Et je te donne, avec mes larmes,

Des yeux qui t’aimeront toujours !

L’églantine

Nous avions en courant descendu la colline
Sur un buisson foncé luisait une églantine,

Mélancolique fleur sans parfum, ni rayons,

Qui n’arrête que rarement les papillons.

 » Regardez cette rose ! et comme elle est jolie !  »

M’écriai-je  » Toujours, fit-il, votre folie

De voir de la beauté quand il n’y en a pas ;

Ce n’est rien, c’est une églantine.  » Mais, tout bas,

Car je ne voulais pas qu’elle puisse m’entendre :

 » Nul bouquet ne la veut, nul parc ne vient la prendre ;

Elle est seule, elle peut se croire sans beauté

Alors, moi, tu comprends, j’ai voulu la flatter ! «