Recluse

Hélas ! Pourquoi nos cœurs se sont-ils détrompés ?

Vos cheveux blonds, voilà qu’on vous les a coupés ;

Votre bouche est pareille aux roses défleuries,

Et vos yeux, vos yeux froids comme des pierreries,

Vous ne les levez plus de votre chapelet.

Dans le cloître lointain où Dieu vous appelait,

Sous la lampe du chœur, pâle et mystique étoile,

Vous avez prononcé les vœux et pris le voile ;

Christ vous est apparu dans sa gloire d’Époux,

Et le terrestre rêve est achevé pour vous.

Adieu ! Ce triste cloître aux verrières disjointes,

Avec ses buis fanés pendant au bout des pointes,

Ses dalles, ses murs blancs et son austérité,

Il vaut le monde, il vaut le monde en vérité !

Mais moi, mes pieds meurtris n’ont pu trouver leur route.

Hélas ! à tant errer leur force s’en va toute.

Ô silence du cloître ! Ô repos ! Ô douceur !

Tendez-moi votre main, secourez-moi, ma sœur !

A matines, quand l’aube argenté les verrières,

Que mon nom quelquefois passe dans vos prières :

Si nul être vivant n’y doit être nommé,

Dites-le comme on dit le nom d’un mort aimé ;

Si la règle veut plus encor, docile au blâme,

Priez Dieu seulement pour le salut d’une âme

Et, sans la désigner autrement à Celui

Qui voit tout, en cette âme où nul rayon n’a lui,

Ravivez, sous l’ardeur de vos saintes pensées,

Le lys éblouissant des croyances passées !

Romance Sans Paroles

Fraîche et rieuse et virginale,

Vous m’apparûtes à Coatmer,

Blanche dans la pourpre automnale

Du soleil couchant sur la mer.

Et la mer chantait à voix tendre

Et, des terrasses du ciel gris,

Le soir penchait ses yeux de cendre

Sur les palus endoloris.

Et je crois que nous n’échangeâmes

Ni baiser vain, ni vain serment.

Le soir descendait en nos âmes,

Et nous pleurâmes seulement.

Rondes

I

Tes pieds sont las de leurs courses.

Voici le temps des regrets.

L’automne a troublé les sources

Et dévêtu les forêts.

Toutes les fleurs que tu cueilles

Meurent dans tes doigts perclus.

Comme elles tombent, les feuilles,

Au bois où tu n’iras plus !

L’automne, hélas ! c’est l’automne.

Songe aux longs soirs attristants.

Là-bas, en terre bretonne,

Les glas tintent tout le temps.

Ils tintent pour l’agonie

Des fleurs que tu préférais.

Ah ! ta moisson est finie !

Voici le temps des regrets…

II

Couche-toi devant ta porte.

Voici le temps des adieux.

Ecoute au ras de l’eau morte

Siffler les tristes courlieux.

Ils traînent leurs ailes brunes

Et leur long corps efflanqué

Sur la torpeur des lagunes

Entre Perros et Saint-Ké.

Mais demain, ce soir peut-être,

Tous ces longs corps amaigris,

Tu les verras disparaître

Un par un dans le ciel gris.

Ô l’amère parabole !

Éteignez-vous, pauvres yeux !

Les courlis gagnent le pôle :

Voici le temps des adieux…

Sur Un Livre Breton

Tel que ces fines cassolettes

Des bazars de Smyrne et d’Oran,

Où court en minces bandelettes

Une sourate du Coran :

Du sachet vidé sur la flamme

Montent des parfums floconneux,

Subtils et pervers comme l’âme

Du vieux pays qui dort en eux.

Tel, en sa grisante fragrance,

Votre livre, ami, m’a rendu

Groix, Trégastel, la molle Rance

Et les joncs roses du Pouldu.

La mer s’éveille au long des cales.

Voici Saint-Pol, Vannes, Tréguier,

Les pâles villes monacales ;

Roscoff assis sous son figuier ;

Et Morlaix, la vive artisane ;

Guingamp, qui, fidèle à son duc,

Montre maint coup de pertuisane

Aux trous de son manteau caduc ;

Penmarc’h, désolé par Brumaire ;

Auray la sainte ; Erg au flot blanc,

Et Lannion, qui fut ma mère

Et que mon cœur nomme en tremblant…

Ô genêts d’or de Lannostizes !

Les sources sanglotent. Là-bas,

J’entends frémir sur les cytises

Les abeilles du Bourg-de-Batz.

Et c’est ton âme triste et douce,

Toute ton âme, ô mon pays,

Qui pleure ainsi parmi la mousse

Et chante ainsi dans les taillis.

Triptyque (1)

Sur la route de l’île-Grande.

Octobre est venu :

Une route droite,

Qui file et miroite

Sur un plateau nu ;

De grises nuées,

Vers Crec’h-Daniel,

Traînant dans le ciel,

Comme exténuées ;

À l’angle d’un champ

Un mouton qui broute ;

Au bord de la route

Un chaume penchant.

Jusqu’à l’Île-Grande,

Pas d’autre maison :

Pour tout horizon

La lande, la lande…

Triptyque (2)

L’Arrhée parle.

Ces croupes que fouaille

Un vent forcené,

Ce sont les Mené

De la Cornouaille.

Clameurs, bonds d’effroi.

Tout en eux m’agrée :

Car je suis l’Arrhée,

Leur pâtre et leur roi.

Sur leur maigre échine,

D’Evran au Relecq,

Le vent ronfle avec

Un bruit de machine.

J’emplis mes poumons

De sa rauque haleine

Et pais dans la plaine

Mon troupeau de monts.

Triptyque (3)

Le calvaire.

Las d’errer sans guide,

Depuis le Roudou,

Dans ce matin d’août

Brumeux et languide,

Nous nous allongeons

Au pied d’un Christ hâve,

Pointant, morne épave.

D’une mer d’ajoncs.

Mais cette marée

De genêt roussi

Soudain nous transit

D’une horreur sacrée.

Et, brusque ferveur,

La croix de détresse

À nos yeux se dresse

Comme un mât sauveur !

Évocation

Pour évoquer les jours défunts

Il m’a suffi de quelques roses :

J’ai respiré dans leurs parfums

Tes lèvres closes.

Je sais des jasmins d’occident

Aussi veloutés que ta gorge ;

Tes cheveux blonds sont cependant

Moins blonds que l’orge.

Les violiers ont pris tes yeux ;

Ton rire a passé dans la brise,

Ton joli rire insoucieux

Qu’un sanglot brise ;

Et les immortelles de mer,

Qui s’ouvrent dans les dunes blanches,

Ont la senteur de miel amer

Qu’avaient tes hanches…

Et c’est toi toute, gorge et front.

Vieillis, pâlis, languis, qu’importe ?

L’aube a des lys qui me rendront

Ta beauté morte.

Prière À Viviane

Quand tu m’es apparue au seuil de mon enfance,

Avec tes cheveux d’or et ton geste ingénu,

Déesse, il m’eût semblé que c’était une offense

D’effleurer du regard le bout de ton pied nu.

Mais ta voix m’appelait et ta voix est si douce

Qu’elle apaisa ma crainte et que je te suivis.

Ô les âpres sentiers qui couraient dans la brousse !

Ô les longs plateaux noirs que nous avons gravis !

Je ne voyais que toi, Déesse. Enfin les astres,

Levant leurs pâles feux dans le soir attardé,

Eclairèrent au loin un pays de désastres

Qui sonnait sous nos pas comme un tombeau vidé.

Un grand lac noir dormait au milieu des tourbières,

Et dans l’ombre, partout où j’enfonçais mes doigts,

C’étaient de lourds granits semblables à des bières

Et des troncs d’arbres morts taillés comme des croix.

Le sol était jonché de corolles flétries :

Leur âme frêle agonisait sur les coteaux,

Tandis qu’au ras des joncs glissaient dans les prairies

Les tristes oiseaux blancs des ciels occidentaux.

Alors, comme en pleurant je te cherchais dans l’ombre,

Une voix grave et tendre et pareille à ta voix,

Avec des mots soumis aux volontés du nombre,

Agita les rochers, les marais et les bois.

Elle disait : — Pourquoi ces pleurs ? Pourquoi ces transes ?

Doux ami, j’étais là ; je n’avais pas bougé.

Ne laisse plus tes yeux se prendre aux apparences :

C’est mon front seulement dont la forme a changé.

J’étais là. Cette eau noire et ces tristes ravines,

Et les bois et les monts et le ciel inclément,

Et les pâles regards des étoiles divines,

C’est moi toujours, c’est moi quand même, ô mon amant !

Tes yeux ne sont pas faits à ma nouvelle image,

Tu ne vois que les deuils dont est chargé mon front,

Mais un temps doit venir où tu rendras hommage

A la pure beauté qu’ils te révéleront.

— Est-ce vrai ? m’écriai-je. Ô déesse, déesse,

Mais quel philtre secret aurait changé soudain

Le cristal de tes yeux en un lac de tristesse

Et les lys de ta joue en un morne jardin ?

Et comment ton beau front, élargissant sa courbe,

Eût-il d’un pôle à l’autre empli le vaste ciel ?

Comment ces bois, ces monts, ces rocs, cette âpre tourbe

Auraient-ils pu germer de tes hanches de miel ?…

J’attendis ; mais la voix ne devait plus reprendre :

Des cloches dans la brume égrenaient leurs glas sourds ;

Seules, dans l’infini noyé d’un flot de cendre.

Les sept lampes des sœurs d’Hyas brillaient toujours.

Hélas ! J’ai trop dormi sous ces tristes étoiles !

J’ai trop aimé ce ciel traversé de longs glas !

Depuis que ton beau front m’est apparu sans voiles,

Toujours le même rêve habite mes yeux las.

Les pleurs ont tant meurtri mes paupières brûlantes !

J’ai tant levé vers toi mes bras appesantis !

Tant de nuits ont passé, solitaires et lentes,

Depuis l’aube lointaine où nous sommes partis !

Souviens-toi ! La campagne était pleine de brousses…

Ah ! si c’est toi vraiment dont les mains m’ont guidé,

Donne-moi de mourir en touchant tes mains douces,

Les douces mains par qui mon cœur est possédé.

Et si j’ai pris pour toi quelque forme éphémère,

Je ne sais quel vain songe élevé sous mes pas,

Donne-moi de mourir en gardant ma chimère

Et de t’aimer encor, quand tu ne serais pas !…

La Complainte De L’âme Bretonne

Sur la lande et dans les taillis,

Cueillez l’ajonc et la bruyère,

Doux compagnons à l’âme fière,

Ô jeunes gens de mon pays !

* * * * * *

Quand du sein de la mer profonde,

Comme un alcyon dans son nid,

L’Âme Bretonne vint au monde

Dans son dur berceau de granit,

C’était un soir, un soir d’automne,

Sous un ciel bas, cerclé de fer,

Et sur la pauvre Âme Bretonne

Pleurait le soir, chantait la mer.

Fut-ce mégarde chez les fées

Ou qu’au baptême on ne pria,

Blanches et de rayons coiffées,

Urgande ni Titania ?

Il n’en vint, dit-on, qu’une seule,

Aux airs bourrus de sauvageon,

Qui froissait dans ses mains d’aïeule

Des fleurs de bruyère et d’ajonc.

Misère (ainsi s’appelait-elle)

Allait nu-tête et pieds déchaux ;

Mais ce n’est pas sous la dentelle

Que battent les cœurs les plus chauds

Et, se penchant sur la pauvrette.

Qui grelottait, blême et sans voix,

Vivement à sa collerette

Elle piqua la fleur des bois.

La fleur embaumait comme l’ambre,

— L’ambre, le musc ou le benjoin, —

Si bien qu’au mitan de novembre

On aurait dit le mois de juin.

Mais tout là-bas, sur la mer grande,

Le vent guettait comme un voleur,

Et Misère, de sa guirlande,

Détacha la seconde fleur.

Et depuis lors nulle menace

N’a prévalu contre l’enfant :

L’ajonc, c’est la Force tenace

Qui se bande et tient tête au vent ;

Et la bruyère, dont s’embaume

Le pur cristal des nuits d’été,

C’est le mystique et tiède arôme

De la divine Charité…

* * * * * *

Doux compagnons à l’âme fière.

Debout au seuil des temps nouveaux,

Dans vos pensers, dans vos travaux,

Mêlez l’ajonc à la bruyère.

Printemps De Bretagne

Une aube de douceur s’éveille sur la lande :

Le printemps de Bretagne a fleuri les talus.

Les cloches de Ker-Is l’ont dit jusqu’en Islande

Aux pâles  » En-Allés  » qui ne reviendront plus.

Nous aussi qui vivons et qui mourrons loin d’elle,

Loin de la douce fée aux cheveux de genêt,

Que notre cœur au moins lui demeure fidèle :

Renaissons avec elle à l’heure où tout renaît.

Ô printemps de Bretagne, enchantement du monde !

Sourire virginal de la terre et des eaux !

C’est comme un miel épars dans la lumière blonde :

Viviane éveillée a repris ses fuseaux.

File, file l’argent des aubes aprilines !

File pour les landiers ta quenouille d’or fin !

De tes rubis. Charmeuse, habille les collines ;

Ne fais qu’une émeraude avec la mer sans fin.

C’est assez qu’un reflet pris à tes doigts de flamme,

Une lueur ravie à ton ciel enchanté,

Descende jusqu’à nous pour rattacher notre âme

A l’âme du pays qu’a fleuri ta beauté !

Le Bandeau Noir

C’est un pays battu des vents, mordu des lames,

Où des vols d’échassiers tournent dans le ciel gris,

Cependant que, la gaffe au poing, guettant le bris,

Droites sur l’horizon, veillent d’étranges femmes.

Le soir tombe : on entend un bruit lointain de rames.

Des christs hâves dans l’ombre ouvrent leurs yeux meurtris ;

Et voici qu’autour d’eux, sur les joncs défleuris,

S’abat en gémissant le morne essaim des Âmes.

C’est Penmarc’h. Aux fils d’or de leur bonnet collant

Les fermières d’Argoll ont pris plus d’un galant ;

Tréguier vante à bon droit sa coiffe épiscopale ;

Le lin vierge sied seul aux filles du Moustoir :

Là-bas, où le Goayen élargit son flot pâle,

Les guetteuses de bris ceignent un bandeau noir.

Le Cœur En Dérive

Salaün chantait sous les deux dolents :

— Las de son stérile et morne veuvage,

Mon cœur est parti sur la mer sauvage

Avec les pluviers et les goélands.

 » Prends garde !  » disaient les pluviers agiles.

Et les goélands disaient à leur tour :

 » Prends garde ! La mer est comme l’amour :

N’y hasarde pas tes ailes fragiles.  »

* *

Mais, insoucieux du gouffre béant,

Mon cœur est parti vers l’Île du Rêve.

Des filles rôdaient, pieds nus, sur la grève,

Fanant les prés roux du glauque océan.

La jupe roulée autour de leurs hanches,

L’œil hardi, le pas scandé d’un refrain,

On voyait glisser dans l’herbier marin

L’éclair sinueux de leurs formes blanches.

Et, sous leurs cheveux lissés en bandeau,

Ce pas cadencé des blanches faneuses

Avivait encor leurs chairs lumineuses

Qui transparaissaient dans les flaques d’eau.

Elles étaient trois, diverses par l’âge :

Guyonne au col souple, Hervine aux cils d’or,

Et celle qui semble un lys du Trégor,

Jossé, la plus jeune et la plus volage.

Hervine, Guyonne et Jossé, — mon cœur

Savoura longtemps leur grâce divine :

Guyonne est si svelte et si blonde Hervine !

Mais ce fut le lys qui resta vainqueur.

* *

Ah ! qu’avez-vous fait, troupe puérile,

Du fol oisillon qui venait vers vous ?

Ce cœur ingénu, ce cœur simple et doux.

Qu’allait-il, hélas ! chercher dans votre île ?

Des dragueurs passaient avec leurs chaluts.

J’ai dit aux dragueurs :  » Le vent d’hiver gronde.

Que rapportez-vous de la mer profonde ?

— Rien qu’un pauvre cœur qui ne battra plus.

 » Un pauvre cœur d’homme, un cœur en dérive.

Rencontré là-bas, devers Ouessant :

Les flots avaient l’air de rouler du sang ;

Des filles riaient, pieds nus, sur la rive.

 » Et ce sang coulait du cœur transpercé

Et, tout en coulant de la plaie ouverte,

Ses rouges lacis traçaient sur l’eau verte

Le nom de la blanche et froide Jossé…  »

* *

Dans les landiers gris, le long du rivage,

Salaün chantait sous les cieux dolents :

— Avec les pluviers et les goélands,

Mon cœur est parti sur la mer sauvage…

Le Passant

L’amour ne chante pas ; il ne sourit jamais,

Ni le matin, quand l’aube argente les sommets,

Ni quand l’ombre, le soir, s’épanche des collines,

Ni quand le rouge été flamboie à son midi

Et du brouillard qui dort dans l’éther attiédi

Perce et dissipe au loin les pâles mousselines.

L’amour ne chante pas ; l’amour ne sourit pas.

Il vient comme un voleur de nuit, à petits pas,

Retenant son haleine et se cachant des mères.

Il connaît que nul cœur n’est ferme en son dessein

Et qu’on ne dort jamais qu’une fois sur le sein

Vêtu par nos désirs de grâces éphémères.

L’amour ne chante pas, ne sourit pas. Ses yeux,

Brûlés de trop de pleurs, sont lourds de trop d’adieux

Pour croire qu’ici-bas quelque chose persiste.

Nul ne sait quand il vient, ni comment, ni pourquoi,

Et les cœurs ingénus qu’emplit son vague effroi

L’attendent qu’il est loin déjà, le Passant triste !

Le Serment D’hoël Iv

Comme je n’ai pu vous celer

Le vieux péché qui me harcèle,

Ô mon âme, vous faites celle

Qui ne veut pas se consoler.

Et vous dites :  » La bête immonde

Va revenir dans un moment

Et gâtera tout le froment

Que nous gardions pour l’autre monde.

 » C’est la bête de saint Stefan,

Moitié lionne et moitié femme,

Et qui gonfle sa croupe infâme

Sous la grâce d’un sein d’enfant.

 » Effroi des pâles cénobites,

Elle entre en eux ses crocs de fer,

Et les sept flammes de l’enfer

Tremblent au creux de ses orbites.  »

Ô mon âme, me direz-vous

Si c’est par dégoût, crainte ou leurre,

Que vous n’osâtes tout à l’heure

Nommer le monstre horrible et doux ?

Son nom, ma chère âme, est Luxure.

Vous le connaissez bien pourtant ;

Mais je veux faire sur l’instant

Un grand serment qui vous rassure :

Moi, Hoël IV, prince-abbé

D’Eussa, de Sizun, de Molène,

Seigneur du bois et de la plaine,

Officiai de Pont-Labbé.

Je jure par le saint rosaire

Et, s’il est besoin, par la croix

Du Christ Jésus, en qui je crois

Et qui porta notre misère,

De ne laisser à mon péché

Aucun repos, aucune trêve,

Tant qu’avec la crosse ou le glaive

Je ne l’aie en terre couché.

Et quand la bête sera morte,

Lui rendant affronts pour affronts,

Alors, mon âme, nous pourrons

Clouer sa guenille à ma porte.

Et libres de tout souci vain,

Dans le pur enclos de délices,

Avec des mains fraîches et lisses,

Nous peignerons l’Agneau Divin.