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Recueil : Le bois dormant

Triptyque (3)

Le calvaire. Las d’errer sans guide, Depuis le Roudou, Dans ce matin d’août Brumeux et languide, Nous nous allongeons Au pied d’un Christ hâve, Pointant, morne épave. D’une mer d’ajoncs. Mais cette marée De genêt roussi Soudain nous transit D’une horreur sacrée. Et, brusque ferveur, La croix de détresse À…

Triptyque (2)

L’Arrhée parle. Ces croupes que fouaille Un vent forcené, Ce sont les Mené De la Cornouaille. Clameurs, bonds d’effroi. Tout en eux m’agrée : Car je suis l’Arrhée, Leur pâtre et leur roi. Sur leur maigre échine, D’Evran au Relecq, Le vent ronfle avec Un bruit de machine. J’emplis mes…

Triptyque (1)

Sur la route de l’île-Grande. Octobre est venu : Une route droite, Qui file et miroite Sur un plateau nu ; De grises nuées, Vers Crec’h-Daniel, Traînant dans le ciel, Comme exténuées ; À l’angle d’un champ Un mouton qui broute ; Au bord de la route Un chaume penchant.…

Sur Un Livre Breton

Tel que ces fines cassolettes Des bazars de Smyrne et d’Oran, Où court en minces bandelettes Une sourate du Coran : Du sachet vidé sur la flamme Montent des parfums floconneux, Subtils et pervers comme l’âme Du vieux pays qui dort en eux. Tel, en sa grisante fragrance, Votre livre,…

Rondes

I Tes pieds sont las de leurs courses. Voici le temps des regrets. L’automne a troublé les sources Et dévêtu les forêts. Toutes les fleurs que tu cueilles Meurent dans tes doigts perclus. Comme elles tombent, les feuilles, Au bois où tu n’iras plus ! L’automne, hélas ! c’est l’automne.…

Romance Sans Paroles

Fraîche et rieuse et virginale, Vous m’apparûtes à Coatmer, Blanche dans la pourpre automnale Du soleil couchant sur la mer. Et la mer chantait à voix tendre Et, des terrasses du ciel gris, Le soir penchait ses yeux de cendre Sur les palus endoloris. Et je crois que nous n’échangeâmes…

Recluse

Hélas ! Pourquoi nos cœurs se sont-ils détrompés ? Vos cheveux blonds, voilà qu’on vous les a coupés ; Votre bouche est pareille aux roses défleuries, Et vos yeux, vos yeux froids comme des pierreries, Vous ne les levez plus de votre chapelet. Dans le cloître lointain où Dieu vous…

Lits-clos

Vous m’avez montré dans votre antichambre, Luxueux fouillis d’objets d’entrepôt, Un grand lit de Scaër aux tons de vieil ambre, Mué par votre art en porte-chapeau. Mais les lits sculptés de Basse-Bretagne, Même les lits-clos du temps d’Henri deux, Dans ces nids de soie où l’ennui les gagne Sentent comme…

Printemps De Bretagne

Une aube de douceur s’éveille sur la lande : Le printemps de Bretagne a fleuri les talus. Les cloches de Ker-Is l’ont dit jusqu’en Islande Aux pâles  » En-Allés  » qui ne reviendront plus. Nous aussi qui vivons et qui mourrons loin d’elle, Loin de la douce fée aux cheveux…

Prière À Viviane

Quand tu m’es apparue au seuil de mon enfance, Avec tes cheveux d’or et ton geste ingénu, Déesse, il m’eût semblé que c’était une offense D’effleurer du regard le bout de ton pied nu. Mais ta voix m’appelait et ta voix est si douce Qu’elle apaisa ma crainte et que…

Papillons De Mer

On les voit s’en venir en bandes, À la prime aube, tout le long, Le long des palus et des landes, Glissant de-ci, de-là, selon Leur humeur folâtre et changeante. Et tout bleus dans le matin blond. Ô les dunes que l’aube argenté ! Les genêts fleuris qu’un par un…

Novembre

Je suis revenu seul par Landrellec. Voici Qu’au soir tombant l’ajonc s’est encore épaissi Et qu’à force d’errer dans le vent et la brume, Si tard, sous ce ciel bas fouetté d’une âpre écume, Et d’entendre à mes pieds sur le varech amer Toujours, toujours ce râle obsédant de la…

Notre-dame De Penmarc’h

Chaque année, à Noël, on prétend que la Vierge Mystérieusement quitte son beau ciel d’or, Et, pour rendre visite aux chrétiens de l’Arvor, Troque son manteau bleu contre un surcot de serge. Au velours élimé de son étroit justin Nul diamant n’accroche une lueur soudaine. Elle est vêtue ainsi qu’une…

Noël De Mendiants

Salut et joie à ceux d’ici ! Congédiez votre souci, Maîtres, serviteurs et servantes. Femmes, c’est assez de travaux ; Pendez au mur les écheveaux De laine et de chanvre nouveaux ; Arrêtez-vous, ô mains savantes. Jésus est né ! Jésus est né ! Ô jour à jamais fortuné !…

Noël À Bord

Nous avions relâché la veille à Ploumanac’h. Aucun de nous n’avait consulté l’almanach Et nous ne savions pas que Noël était proche. Il ventait doux. Le ciel était comme un jardin, Tant il y fleurissait d’étoiles, quand soudain La Jeanne-Estève alla donner contre une roche. Mais, au lieu de s’ouvrir…