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Recueil : Le cahier rouge

Une Ancienne Coutume

A Tolède, c’était une ancienne coutume Qu’avant de prendre enfin le titre d’ouvrier, Pendant toute une nuit, chaque élève armurier Veillât près du fourneau qui rougeoie et qui fume. Il façonnait alors un chef-d’œuvre d’acier Souple comme un marteau, léger comme une plume, Et gravait sur l’estoc encor chaud de…

Tristement

Obsédé par ces mots, le veuvage et l’automne, Mon rêve n’en veut pas d’autres pour exprimer Cette mélancolie immense et monotone Qui m’ôte tout espoir et tout désir d’aimer. Il évoque sans cesse une très-longue allée De platanes géants dépouillés à demi, Dans laquelle une femme en grand deuil et…

Tableau Rural

Au village, en juillet. Un soleil accablant. Ses lunettes au nez, le vieux charron tout blanc Répare, près du seuil, un timon de charrue. Le curé tout à l’heure a traversé la rue, Nu-tête. Les trois quarts ont sonné, puis plus rien, Sauf monsieur le marquis, un gros richard terrien,…

Sur La Terrasse

Devant le pur, devant le vaste ciel du soir, Où scintillaient déjà quelques étoiles pâles, Sur la terrasse, avec des fichus et des châles, Toute la compagnie avait voulu s’asseoir. Devant nous l’étendue immense, froide et grise, D’une plaine, la nuit, à la fin de l’été. Puis un silence, un…

Rythme Des Vagues

J’étais assis devant la mer sur le galet. Sous un ciel clair, les flots d’un azur violet, Après s’être gonflés en accourant du large, Comme un homme accablé d’un fardeau s’en décharge, Se brisaient devant moi, rythmés et successifs. J’observais ces paquets de mer lourds et massifs Qui marquaient d’un…

Noces Et Festins

Tandis qu’au restaurant en face : Aux barreaux verts On prépare, au salon. de cinquante couverts, Un de ces longs repas que l’argenteuil arrose Et qu’orne un grand nougat surmonté d’une rose, Toute la noce, avec de gros rires grivois, Monte joyeusement sur les chevaux de bois Et tourne, au…

Lutteurs Forains

Devant la loterie éclatante, où les lots Sont un sucre de pomme ou quelque étrange vase, L’illustre Arpin, devant un public en extase, Manipule des poids de cinquante kilos. Colossal, aux lueurs sanglantes des falots, Il beugle un boniment et montre avec emphase Sa nièce, forte fille aux courts jupons…

Matin D’octobre

C’est l’heure exquise et matinale Que rougit un soleil soudain. À travers la brume automnale Tombent les feuilles du jardin. Leur chute est lente. On peut les suivre Du regard en reconnaissant Le chêne à sa feuille de cuivre, L’érable à sa feuille de sang. Les dernières, les plus rouillées,…

Pour Toujours

L’espoir divin qu’à deux on parvient à former Et qu’à deux on partage, L’espoir d’aimer longtemps, d’aimer toujours, d’aimer Chaque jour davantage ; Le désir éternel, chimérique et touchant, Que les amants soupirent, A l’instant adorable où, tout en se cherchant, Leurs lèvres se respirent ; Ce désir décevant, ce…

Presque Une Fable

Un liseron, madame, aimait une fauvette. – Vous pardonnerez bien cette idée au poète Qu’une plante puisse être éprise d’un oiseau. Un liseron des bois, éclos près d’un ruisseau, Au fond du parc, au bout du vieux mur plein de brèches, Et qui, triste, rampait parmi les feuilles sèches, Écoutant…

Prologue

Bonjour, lecteurs. On me propose Et j’accepte, oh ! les étourdis ! De vous parler tous les lundis Et même pas toujours en prose. La causerie est cependant Chose insaisissable et légère Ainsi que l’ombre passagère D’un nuage sur un étang. Causer en vers, c’est l’art suprême ; Et, pour…

Lendemain

Puisqu’à peine désenlacée De l’étreinte de mes deux bras, Tu demandes à ma pensée Ces vers qu’un jour tu brilleras, Il faut, ce soir, que je surmonte L’état d’adorable langueur Où je rougis un peu de honte, Tout en souriant de bonheur. Pourtant je l’aime, ma fatigue. C’est ton œuvre,…