Vanités

Hélas ! combien de fois j’ai déjà vu le cierge
S’allumer tristement auprès d’un cher cercueil,
Et suivi l’huissier noir qui frappe de sa verge
Le pavé de l’église aux tentures de deuil !

Notre existence brève est une étroite berge,
Et nous des naufragés sur ce rebord d’écueil ;
À chaque instant, un flot en prend un qu’il submerge :
Et nous nous déchirons dans la haine et l’orgueil !

L’habitude

À Léon Chailley.

La tranquille Habitude aux mains silencieuses
Panse, de jour en jour, nos plus grandes blessures ;
Elle met sur nos cœurs ses bandelettes sûres
Et leur verse sans fin ses huiles oublieuses ;

Les plus nobles chagrins, qui voudraient se défendre,
Désireux de durer pour l’amour qu’ils contiennent,
Sentent le besoin cher et dont ils s’entretiennent
Devenir, malgré eux, moins farouche et plus tendre ;

Et, chaque jour, les mains endormeuses et douces,
Les insensibles mains de la lente Habitude,
Resserrent un peu plus l’étrange quiétude
Où le mal assoupi se soumet et s’émousse ;

Et du même toucher dont elle endort la peine,
Du même frôlement délicat qui repasse
Toujours, elle délustre, elle éteint, elle efface,
Comme un reflet, dans un miroir, sous une haleine,

Les gestes, le sourire et le visage même
Dont la présence était divine et meurtrière ;
Ils pâlissent couverts d’une fine poussière ;
La source des regrets devient voilée et blême.

A chaque heure apaisant la souffrance amollie,
Otant de leur éclat aux voluptés perdues,
Elle rapproche ainsi de ses mains assidues,
Le passé du présent, et les réconcilie ;

La douleur s’amoindrit pour de moindres délices ;
La blessure adoucie et calme se referme ;
Et les hauts désespoirs, qui se voulaient sans terme,
Se sentent lentement changés en cicatrices ;

Et celui qui chérit sa sombre inquiétude.
Qui verserait des pleurs sur sa douleur dissoute,
Plus que tous les tourments et les cris vous redoute,
Silencieuses mains de la lente Habitude.

Printemps Marin

Les premiers azurs printaniers
Reculent au loin les écumes
Des flots verts, longtemps prisonniers
Sous les brouillards gris et les brumes ;

Les mouettes, de nouveau blanches,
S’entrecroisent dans le ciel pur ;
Les falaises, en lignes franches,
Redressent dans l’air leur grand mur,

Dont hier encor le contour,
Presque effacé par les nuées,
Flottait confusément autour
De leurs pentes diminuées ;

Les dunes blondes reparaissent ;
Et même le vieux cap lointain
Nos yeux surpris le reconnaissent,
Encor sombre et presque indistinct.

Les matelots sortant du port
Tournent un plus joyeux visage
Vers leurs femmes qui, sur le bord,
Crient des souhaits d’heureux voyage ;

Et, dans les flancs vitreux de Fonde
Entrant en lumineux frissons,
Le soleil réveille et féconde
Les amours obscurs des poissons.

Promesses De Mars

Quand Mars sème ses giboulées
Dont la grêle folle étincelle,
Quand, de ses blanches aiguillées,
Le givre brode de dentelle
Les noires branches des allées,

Dans les herbes renouvelées
Déjà prêtes pour l’asphodèle,
D’exquises senteurs exhalées
Annoncent le retour fidèle
Des douces brises exilées :

Et des collines aux vallées,
Le petit rouge-gorge appelle,
Secouant ses ailes mouillées,
Les jours où le bois entremêle,
Pour cacher les nids, ses feuillées.

Mais aux âmes inconsolées
Qu’importe que Juin amoncelle
Sur les vieux murs les giroflées,
Et que dans les airs bleus ruisselle
Un flot de chansons roucoulées ?

Mes espérances sont allées
Dans la froide tombe avec celle
Qui dort au champ des mausolées ;
Le Printemps est mort avec elle ;
Toutes saisons sont désolées.

Rêves

J’ai rêvé parfois que vos yeux
Me regardaient avec tristesse,
Que vos grands yeux bleus sérieux
Me regardaient avec tendresse ;

J’ai rêvé que vous écoutiez
Ces mots sur qui la voix hésite,
Et qui s’arrêtent effrayés
De l’aveu qui sous eux palpite ;

Que, dans mes mains, vos fines mains
Tombaient comme deux fleurs fauchées,
Et que nos pas, dans les chemins,
Laissaient leurs traces rapprochées.

Mais je n’ai pas osé rêver,
Dans les ivresses ni les fièvres,
Que ce bonheur pût m’arriver
Que ma bouche effleurât vos lèvres.

J’ai rêvé parfois que vos yeux
Me regardaient avec tendresse,
Que vos grands yeux bleus sérieux
Me regardaient avec tristesse.

Séparation

Ainsi donc tu t’en es allée ;
Tu suivis, sans te retourner,
La pâle et jaunissante allée
Qu’Octobre allait découronner !

Je vis s’éloigner ta démarche,
Qui vers moi se hâtait jadis ;
Mes yeux, plus tristes à chaque arche
De rameaux déjà déverdis

Dont allait s’accroissant l’espace
Qui nous séparait pour toujours,
Admiraient cependant la grâce
De ton corps souple aux fins contours.

Ô doux corps de lait et de neige,
Toujours languissant et frileux,
Toujours priant qu’on le protège,
Doux corps d’albâtre lumineux,

Ô doux corps, digne du Corrège
Par l’exquise et molle lueur
Qui vêtait, comme un sortilège,
Sa grâce lente et sa blancheur !

Il s’éloignait hors de moi-même,
De mes bras déserts évadé,
Me laissant un front toujours blême
Un cœur toujours dépossédé.

Tu marchais la tête penchée ;
Le regret, peut-être, un instant,
De notre tendresse arrachée,
Ralentit ton pas hésitant ;

Et peut-être même une larme
Tremblait-elle en tes chers yeux bleus,
Au moment où mourait le charme
Dont nous aurions pu vivre heureux !

Ah ! peut-être un regard rapide,
Un seul, t’eût remise en mes bras,
Et rendue à mon cœur avide ;
Mais tu ne te détournas pas !

Tu marchais la tête penchée,
Sur le jaune et fauve tapis
Dont l’avenue était jonchée,
Sous les grands ormes assoupis ;

Je t’ai jusqu’au bout regardée
Dans la brume et dans le lointain,
Voyant ta forme dégradée
Flotter dans l’air plus incertain,

Jusqu’à l’âpre minute obscure,
Où, dernier adieu des adieux,
Le point d’or de ta chevelure
Mourut dans les pleurs de mes yeux.

Suzanne

À H. Lantoine.

Dans la clarté renaissante et légère
Qui bondissait par les airs radieux,
Ses yeux charmants avaient plus de lumière,
Plus de rayons, plus d’azur que les cieux.

Il y tenait plus d’aube et plus d’aurore ;
Et par-dessus la chanson des oiseaux
Qu’un vent tiédi venait de faire éclore,
Dont s’enivraient et tremblaient les rameaux,

Montait sa voix jeune et passionnée ;
C’était au temps proche et déjà lointain
Où Mai frappait le front clair de l’année
Des lilas blancs qu’il tenait en sa main.

Et maintenant que Septembre commence,
Et que l’Été rentre ses chariots,
Elle est allée au pays du silence,
Où tout est noir, où tous les yeux sont clos.

Un Cœur

Sitôt que j’eus le franc usage de mon cœur,
Je le mis en des mains qui s’ouvraient pour le prendre ;
C’étaient de douces mains, si belles de blancheur,
Dont le toucher était délicieux et tendre.

Heureux et frémissant de les sentir sur lui.
Mon cœur, comme un oiseau, resta dans leur caresse ;
Les vents n’ont parfumé, le clair soleil n’a lui
Qu’à travers leur tiédeur de nid et leur mollesse.

Mais, un jour, ces deux mains aux fins doigts cerclés d’or,
Devinrent brusquement glaciales et roides,
Et, le serrant toujours par un dernier effort,
Se crispèrent sur lui dans des étreintes froides.

La Cigogne

À Paul Vérola.

Quand la blanche cigogne, à travers le ciel bleu,
Frappant à larges coups d’air de sa puissante aile,
Le col tendu, ses pieds roses pendant sous elle,
Vole vers les climats d’or, d’azur et de feu,

Emportée à son rêve, et buvant dans l’éther
L’ivresse des éclairs, elle perçoit à peine
Le long déroulement de l’incessante plaine,
Des fleuves, des forêts, des vallons, de la mer ;

Les champs et les coteaux, sortant de l’horizon,
Disparaissent soudain dans une fuite infime ;
Et les grandes cités, comme au fond d’un abîme,
N’existent qu’un instant et s’éloignent d’un bond ;

Un jour lui fait franchir les bornes d’un pays ;
Dans les vents quelle fend ou bien qu’elle devance,
Infatigablement son fort désir la lance
Vers les cieux aux soleils toujours épanouis.

Mais soudain son regard prodigieux a vu,
Dans la fente d’un roc, sous un pied de fougère,
Ramper le glissement furtif d’une vipère ;
Son inflexible vol d’un coup s’est abattu.

Quand sa chute s’arrête et remonte en essor,
Elle emporte, dans l’air frissonnant, le reptile,
Et, dans son bec couleur d’aurore, le mutile,
Tandis qu’en noirs replis il se noue et se tord.

Alors, songeant toujours aux éclatants soleils,
Aux longues stations au bord des eaux sacrées,
Ou sur les minarets aux coupoles dorées
Où le soir lumineux ruisselle en flots vermeils,

Joyeuse, elle reprend, à la calme hauteur
D’où les terres sans fin redeviennent lointaines,
Son vol splendide, dont l’ourlet noir de ses pennes
Isole dans l’azur l’éclatante blancheur.

La Guirlande Du Sommeil

À Francis Tattegrain.

La guirlande du sommeil,
De nuit en nuit suspendue,
Sur le pâle et frêle éveil
Des jours humains est tendue.

Elle part du mur obscur
Dressé sur notre naissance,
Et s’attache à l’autre mur
Fait de nuit et de silence

Qui clôt nos espaces courts
De son obstacle funèbre ;
Ses arcs réguliers et lourds,
De l’une à l’autre ténèbre,

Semblent poser un décor
Sur la façade éphémère
De notre chétif effort ;
Un noir décor funéraire.

La Paix De L’hiver

À Daniel Fouquet.

Dans l’horizon d’hiver, vaste, uniforme et vide,
Le ciel était d’azur, l’air paisible et limpide ;
La neige étincelait sur le sol et les arbres,
En cristaux infinis, plus blancs que ceux des marbres
Qui viennent d’être ouverts par le choc du marteau ;
Nul cri, nul bruit de vent, de ramure, ni d’eau.

Un immense silence avait rempli l’espace ;
Tout était suspendu ; tout ce qui vit et passe,
Bouge, chante, frémit, s’inquiète, désire,
Comme les mouvements aux veines du porphyre,
Semblait être fixé pour le repos final,
Dans un indestructible et lucide cristal,

Mais que tout était beau ! les forfaits de la vie,
Les douleurs dont jamais elle n’est assouvie,
Son exécrable jeu de poursuite et de crainte,
La rumeur de combat dont la terre est étreinte,
Tout le mauvais effort semblait être arrêté,
Sous ce ciel pur et froid comme l’éternité.

Dans ce puissant sommeil de neiges et de givre,
Mon cœur, lourd de chagrin, était surpris de vivre ;
Cette impassible paix, semblable à la sagesse
Du Monde, lui faisait sentir plus sa détresse,
Car seul il palpitait et pensait souffrir seul
Dans cet universel et glorieux linceul.

Et mon cœur, en songeant que crime et que souffrance
Sont les couleurs du fleuve obscur de l’existence,
Se dit :  » La blanche Mort seule est pure et sereine !
Sera-t-elle jamais la pitoyable reine
D’un univers soustrait aux jours et aux instants ?
Quand se terminera l’angoisse des printemps ?  »

Mais, par dessus le front blême d’une colline,
Dans la clarté de l’air, si froide et cristalline
Que des pleurs n’auraient pu naître en sa sécheresse,
Montant comme un présage et comme une promesse,
Et s’emparant du ciel par son éclat accru,
Le grand globe gelé de la lune apparut !

La Saint-valentin

À Léopold Lacour.

Février vient, c’est la Saint-Falentin,
Février vient, il fait rougir les saules,
Et, sous les rais d’un soleil argentin,
Encor frileux découvre ses épaules.

Dès qu’au ciel gris, c’est la Saint-Valentin,
Dès qu’au ciel gris, un peu d’aube prochaine,
Un pli d’argent et de jour indistinct
Ont soulevé les ombres sur la plaine,

Tous les oiseaux, c’est la Saint-Valentin,
Tous les oiseaux, rouge-gorges, fauvettes,
Merles, geais, pics, tout le peuple mutin
Des moineaux francs, les vives alouettes,

Se réveillant, c’est la Saint-Valentin,
Se réveillant, et secouant leurs plumes,
D’un fou désir et d’un vol incertain
Se sont cherchés dans les dernières bruines.

Dans les buissons, c’est la Saint-Valentin,
Dans les buissons, les lierres et les haies
Où le houx vert offre un rouge festin,
Dans les roseaux, les halliers, les coudraies.

Dans les vieux murs, c’est la Saint-Valentin,
Dans les vieux murs, pleins d’heureuses nouvelles,
Ce fut des cris, des chants, un bruit lointain
De gazouillis et de battements d’ailes.

Tous échangeaient, c’est la Saint-Valentin,
Tous échangeaient, en palpitant de joie,
Maint propos tendre ou leste ou libertin,
Après lesquels il faut qu’on se tutoie.

De temps en temps, c’est la Saint-Valentin,
De temps en temps, se détachait un couple ;
Et tous les deux avaient bientôt atteint,
Pour y causer tout seuls, un rameau souple.

Puis ils cherchaient, c’est la Saint-Valentin,
Puis ils cherchaient les branches élevées
Ou l’humble touffe où blottir leur destin,
Et faire un nid aux futures couvées.

Et tout le jour, c’est la Saint-Valentin,
Et tout le jour ce fut des mariages,
Conclus sans prêtre et francs de sacristain,
Et dont les lits sont les premiers feuillages.

Voici le soir, c’est la Saint-Valentin,
Voici le soir, sortant de ses repaires
L’ombre a rampé vers le soleil éteint :
Tous les oiseaux sont endormis par paires.

La Tristesse Du Vent

À Gaston Stiegler.

Que veux-tu répondre au vent qui soupire,
Au vent qui te dit le chagrin des choses,
Le trépas des lis, des lilas, des roses,
Et des clairs essaims gelés dans la cire ;
Que veux-tu répondre au vent qui soupire ?

Il dit qu’il est triste et las de conduire
Le gémissement de tout ce qui souffre,
De frôler toujours ce qui tombe au gouffre,
De passer partout où la vie expire ;
Que veux-tu répondre au vent qui soupire ?

Lui répondras-tu qu’un cœur peut suffire.
Un seul cœur humain chantant dans la joie,
Pour le consoler de sa longue voie
Sur les champs sans fin que l’hiver déchire ;
Que veux-tu répondre au vent qui soupire ?

Où trouveras-tu ce cœur qui désire
Rester ce qu’il est en sa calme fête,
Le cœur qui n’ait point de douleur secrète,
Pour laquelle il n’est ni baume, ni myrrhe ;
Que veux-tu répondre au vent qui soupire ?

Sera-ce ton cœur, et faut-il te dire
Que le vent prendrait sur tes lèvres closes
Un chagrin plus grand que celui des choses,
Et dans ton regard, un plus haut martyre ;
Que veux-tu répondre au vent qui soupire ?

Alors réponds-lui, de ton cher sourire,
Qu’il ne frôle pas les âmes humaines,
S’il ne veut porter de plus lourdes peines
Que celles qu’il cueille en son vaste empire ;
Que veux-tu répondre au vent qui soupire ?

Le Balcon Sur La Mer

Ma demeure est bâtie au bord de la mer grise ;
Les grèbes, les pétrels et les blanches mouettes
Entrecoupent leurs vols parmi ses girouettes
Dont les flèches de fer criaillent dans la bise ;

Du côté de la mer, le lichen la recouvre ;
Un lierre la revêt du côté de la terre ;
De ma porte je vois la lande âpre et sévère ;
Mais c’est sur les grands flots que ma fenêtre s’ouvre.

Si parfois je regarde, un bref instant, l’espace
Parsemé de dolmens, dominé de calvaires,
Où, parmi les genêts sans fin et les bruyères,
Çà et là un bosquet de chênes se ramasse ;

Si j’écoute, un instant, le son faible des cloches
Arriver jusqu’à moi d’un village invisible,
Aux jours de brume douce où la mer plus paisible
A suspendu son bruit farouche entre les roches ;

Je passe de longs jours et les nuits presque entières,
Appuyée au balcon d’où j’aperçois la houle,
Dont l’ondulation sans repos se déroule,
Sous des nuages lourds ou des clartés légères.

Je vois l’âpre combat des vents contre les lames,
Les vagues se dresser, se courber et reluire,
Les courants d’un vert pâle où de l’argent s’étire,
Et des flots gris jouant avec des flots de flammes ;

J’écoute une musique incessante et profonde,
Les lents soupirs traînant et mourant sur la grève,
Le courroux que le choc des falaises soulève,
Et l’émoi dont la mer enveloppe le monde.

Et surtout je regarde, à l’horizon, les voiles
Qui passent en rayant le ciel de leurs cordages,
Ô voiles, rentrez-vous de vos lointains voyages ?
Cinglez-vous vers des cieux semés d’autres étoiles ?

Et, toujours appuyée au balcon solitaire,
Mon cœur vit dans la brume où l’horizon expire,
Car celui que j’attends partit sur un navire,
Et ne reviendra pas du côté de la terre.

Le Faisan Doré

Quand le Faisan doré courtise sa femelle,
Et fait, pour l’éblouir, la roue, il étincelle
De feux plus chatoyants qu’un oiseau de vitrail.
Dressant sa huppe d’or, hérissant son camail
Couleur d’aube et zébré de rayures d’ébène,
Gonflant suri plastron rouge ardent, il se promène,
Chaque aile soulevée, en hautaines allures ;
Son plumage s’emplit de lueurs, les marbrures
De son col vert bronzé, l’ourlet d’or de ses pennes,
L’incarnat de son dos, les splendeurs incertaines
De sa queue où des grains serrés de vermillon
Sont alternés avec des traits noirs sur un fond
De riche, somptueuse et lucide améthyste,
Tout s’allume, tout luit…

… Et, sur ces yeux muants de claires pierreries
S’unissant, se brisant en des joailleries
Que sertissent le bronze et l’acier, et l’argent,
Court encore un frisson d’or mobile et changeant,
Qui naît, s’étale, fuit, se rétrécit, tressaille,
Éclate, glisse, meurt, coule, ondule, s’écaille,
S’écarte en lacis d’or, en plaques d’or s’éploie,
Palpite, s’alanguit, se disperse, poudroie,
Et d’un insaisissable et féerique réseau
Enveloppe le corps enflammé de l’oiseau.