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Recueil : Le chemin des saisons

Vanités

Hélas ! combien de fois j’ai déjà vu le cierge S’allumer tristement auprès d’un cher cercueil, Et suivi l’huissier noir qui frappe de sa verge Le pavé de l’église aux tentures de deuil ! Notre existence brève est une étroite berge, Et nous des naufragés sur ce rebord d’écueil ;…

Un Cœur

Sitôt que j’eus le franc usage de mon cœur, Je le mis en des mains qui s’ouvraient pour le prendre ; C’étaient de douces mains, si belles de blancheur, Dont le toucher était délicieux et tendre. Heureux et frémissant de les sentir sur lui. Mon cœur, comme un oiseau, resta…

Suzanne

À H. Lantoine. Dans la clarté renaissante et légère Qui bondissait par les airs radieux, Ses yeux charmants avaient plus de lumière, Plus de rayons, plus d’azur que les cieux. Il y tenait plus d’aube et plus d’aurore ; Et par-dessus la chanson des oiseaux Qu’un vent tiédi venait de…

Séparation

Ainsi donc tu t’en es allée ; Tu suivis, sans te retourner, La pâle et jaunissante allée Qu’Octobre allait découronner ! Je vis s’éloigner ta démarche, Qui vers moi se hâtait jadis ; Mes yeux, plus tristes à chaque arche De rameaux déjà déverdis Dont allait s’accroissant l’espace Qui nous…

Rêves

J’ai rêvé parfois que vos yeux Me regardaient avec tristesse, Que vos grands yeux bleus sérieux Me regardaient avec tendresse ; J’ai rêvé que vous écoutiez Ces mots sur qui la voix hésite, Et qui s’arrêtent effrayés De l’aveu qui sous eux palpite ; Que, dans mes mains, vos fines…

Promesses De Mars

Quand Mars sème ses giboulées Dont la grêle folle étincelle, Quand, de ses blanches aiguillées, Le givre brode de dentelle Les noires branches des allées, Dans les herbes renouvelées Déjà prêtes pour l’asphodèle, D’exquises senteurs exhalées Annoncent le retour fidèle Des douces brises exilées : Et des collines aux vallées,…

Printemps Marin

Les premiers azurs printaniers Reculent au loin les écumes Des flots verts, longtemps prisonniers Sous les brouillards gris et les brumes ; Les mouettes, de nouveau blanches, S’entrecroisent dans le ciel pur ; Les falaises, en lignes franches, Redressent dans l’air leur grand mur, Dont hier encor le contour, Presque…

L’habitude

À Léon Chailley. La tranquille Habitude aux mains silencieuses Panse, de jour en jour, nos plus grandes blessures ; Elle met sur nos cœurs ses bandelettes sûres Et leur verse sans fin ses huiles oublieuses ; Les plus nobles chagrins, qui voudraient se défendre, Désireux de durer pour l’amour qu’ils…

Le Faisan Doré

Quand le Faisan doré courtise sa femelle, Et fait, pour l’éblouir, la roue, il étincelle De feux plus chatoyants qu’un oiseau de vitrail. Dressant sa huppe d’or, hérissant son camail Couleur d’aube et zébré de rayures d’ébène, Gonflant suri plastron rouge ardent, il se promène, Chaque aile soulevée, en hautaines…

Le Vieux Pont

Sur le vieux pont verdi de mousse, Et tout rongé de lichens roux, Deux amants parlaient à voix douce : Et c’était nous ! Lui, penché tendrement vers elle, Lui disait l’amour et la foi Qu’il portait en son cœur fidèle ; Et c’était moi ! Elle semblait, pâle, incertaine,…

Le Printemps

Les bourgeons verts, les bourgeons blancs Percent déjà le bout des branches, Et, près des ruisseaux, des étangs Aux bords parsemés de pervenches, Teintent les arbustes tremblants ; Les bourgeons blancs, les bourgeons roses, Sur les buissons, les espaliers, Vont se changer en fleurs écloses ; Et les oiseaux, dans…

La Saint-valentin

À Léopold Lacour. Février vient, c’est la Saint-Falentin, Février vient, il fait rougir les saules, Et, sous les rais d’un soleil argentin, Encor frileux découvre ses épaules. Dès qu’au ciel gris, c’est la Saint-Valentin, Dès qu’au ciel gris, un peu d’aube prochaine, Un pli d’argent et de jour indistinct Ont…