Passe-temps

Blanc satin neuf, oeuf de couvée fraîche,
Neige qui ne fond,
Que vos tétins, l’un à l’autre revêche,
Si tant clairs ne sont.

Chapelets de fine émeraude, ophites,
Ambre coscoté,
Semblables aux yeux dont soulas me fîtes,
Onques n’ont été.

Votre crêpe chef le soleil efface,
Et votre couleur
Fait se dépiter la cerise, et passe
La rose en sa fleur.

Joncade, coings farcis de frite crème,
Pâté, tarte (ô vous ! ),
Que vos gras baisers, voire de carême,
Ne sont pas plus doux.

Un Troupeau

Un troupeau gracieux de jeunes courtisanes

S’ébat et rit dans la forêt de mon âme.

Un bûcheron taciturne et fou frappe

De sa cognée dans la forêt de mon âme.
Mais n’ai-je pas fait chanter sous mes doigts

(Bûcheron, frappe !) la lyre torse trois fois ?

(Bûcheron, frappe !) n’est-elle pas, mon âme,

Comme un qui presse de rapides coursiers ?

Le Judicieux Conseil

Pourquoi cette rage,

Ô ma chair, tu ne rêves

Que de carnage,

De baisers !

Mon âme te regarde,

En tes joutes, hagarde :

Mon âme ne veut pas

De ces folâtres pas.

Aussi, parmi cette flamme,

Que venez-vous faire,

Ô mon âme !

Ah, laissez

Vos bouquets d’ancolie,

Et faites de façon

Que l’on vous oublie.

L’investiture

Nous longerons la grille du parc,A l’heure où la Grande Ourse décline ;Et tu porteras car je le veux -Parmi les bandeaux de tes cheveuxLa fleur nommée asphodèle.Tes yeux regarderont mes yeux ;A l’heure où la grande Ourse décline. -Et mes yeux auront la couleurDe la fleur nommée asphodèle.Tes yeux regarderont mes yeux,Et vacillera tout ton être,Comme le mythique rocherVacillait, dit-on, au toucherDe la fleur nommée asphodèle.

Chanson

Vous, avec vos yeux, avec tes yeux,

Dans la bastille que tu hantes !

Celui qui dormait s’est éveillé

Au tocsin des heures beuglantes.

Il prendra sans doute

Son bâton de route

Dans ses mains aux paumes sanglantes.
Il ira, du tournoi au combat,

À la défaite réciproque ;

Qu’il fende heaumes beaux et si clairs,

Son pennon, qu’il ventèle, est loque !

Le haubert qui lace

Sa poitrine lasse,

Si léger ! il fait qu’il suffoque.
Ah, que de tes jeux, que de tes pleurs

Aux rémissions tu l’exhortes,

Ah laisse ! tout l’orage a passé

Sur les lys, sur les roses fortes.

Comme un feu de flamme

Ton âme et son âme,

Toutes deux vos âmes sont mortes.

Choeur

Hors des cercles que de ton regard tu surplombes,Démon concept, tu t’ériges et tu suspendsLes males heures à ta robe, dont les pansErrent au prime ciel comme un vol de colombes.Toi, pour qui sur l’autel fument en hécatombesLes lourds désirs plus cornus que des égipans,Electuaire sûr aux bouches des serpents,Et rite apotropée à la fureur des trombes ;Toi, sistre et plectre d’or, et médiation,Et seul arbre debout dans l’aride vallée,Ô démon, prends pitié de ma contrition ;Eblouis-moi de ta tiare constellée,Et porte en mon esprit la résignation,Et la sérénité en mon âme troublée.