Printemps

Il y a sur la plage quelques flaques d’eau

Il y a dans les bois des arbres fous d’oiseaux

La neige fond dans la montagne

Les branches des pommiers brillent de tant de fleurs

Que le pâle soleil recule
C’est par un soir d’hiver dans un monde très dur

Que je vis ce printemps près de toi l’innocente

Il n’y a pas de nuit pour nous

Rien de ce qui périt n’a de prise sur toi

Et tu ne veux pas avoir froid
Notre printemps est un printemps qui a raison.

Sérénité

Mes sommets étaient à ma taille

J’ai roulé dans tous mes ravins

Et je suis bien certain que ma vie est banale

Mes amours ont poussé dans un jardin commun

Mes vérités et mes erreurs

J’ai pu les peser comme on pèse

Le blé qui double le soleil

Ou bien celui qui manque aux granges

J’ai donné à ma soif l’ombre d’un gouffre lourd

J’ai donné à ma joie de comprendre la forme

D’une jarre parfaite.

Marine

Je te regarde et le soleil grandit

Il va bientôt couvrir notre journée

Éveille-toi cœur et couleur en tête

Pour dissiper les malheurs de la nuit
Je te regarde tout est nu

Dehors les barques ont peu d’eau

Il faut tout dire en peu de mots

La mer est froide sans amour
C’est le commencement du monde

Les vagues vont bercer le ciel

Toi tu te berces dans tes draps

Tu tires le sommeil à toi
Éveille-toi que je suive tes traces

J’ai un corps pour t’attendre, pour te suivre

Des portes de l’aube aux portes de l’ombre

Un corps pour passer ma vie à t’aimer
Un cœur pour rêver hors de ton sommeil.

Noux Deux

Nous deux nous tenant par la main

Nous nous croyons partout chez nous

Sous l’arbre doux sous le ciel noir

Sous tous les toits au coin du feu

Dan la rue vide en plein soleil

Dans les yeux vagues de la foule

Auprès des sages et des fous

Parmi les enfants et les grands

L’amour n’a rien de mystérieux

Nous sommes l’évidence même

Les amoureux se croient chez nous.

Certitude

Si je te parle c’est pour mieux t’entendre

Si je t’entends je suis sûr de comprendre
Si tu souris c’est pour mieux m’envahir

Si tu souris je vois le monde entier
Si je t’étreins c’est pour me continuer

Si nous vivons tout sera à plaisir
Si je te quitte nous nous souviendrons

Et nous quittant nous nous retrouverons.

Chanson

Dans l’amour la vie a encore

L’eau pure de ses yeux d’enfant

Sa bouche est encore une fleur

Qui s’ouvre sans savoir comment
Dans l’amour la vie a encore

Ses mains agrippantes d’enfant

Ses pieds partent de la lumière

Et ils s’en vont vers la lumière
Dans l’amour la vie a toujours

Un cœur léger et renaissant

Rien n’y pourra jamais finir

Demain s’y allège d’hier.

Dominique Aujourd’hui Présente

Toutes les choses au hasard

Tous les mots dits sans y penser

Et qui sont pris comme ils sont dits

Et nul n’y perd et nul n’y gagne
Les sentiments à la dérive

Et l’effort le plus quotidien

Le vague souvenir des songes

L’avenir en butte à demain
Les mots coincés dans un enfer

De roues usées de lignes mortes

Les choses grises et semblables

Les hommes tournant dans le vent
Muscles voyants squelette intime

Et la vapeur des sentiments

Le cœur réglé comme un cercueil

Les espoirs réduits à néant
Tu es venue l’après-midi crevait la terre

Et la terre et les hommes ont changé de sens

Et je me suis trouvé réglé comme un aimant

Réglé comme une vigne
À l’infini notre chemin le but des autres

Des abeilles volaient futures de leur miel

Et j’ai multiplié mes désirs de lumière

Pour en comprendre la raison
Tu es venue j’étais très triste j’ai dit oui

C’est à partir de toi que j’ai dit oui au monde

Petite fille je t’aimais comme un garcon

Ne peut aimer que son enfance
Avec la force d’un passé très loin très pur

Avec le feu d’une chanson sans fausse note

La pierre intacte et le courant furtif du sang

Dans la gorge et les lèvres
Tu es venue le vœu de vivre avait un corps

Il creusait la nuit lourde il caressait les ombres

Pour dissoudre leur boue et fondre leurs glacons

Comme un œil qui voit clair
L’herbe fine figeait le vol des hirondelles

Et l’automne pesait dans le sac des ténèbres

Tu es venue les rives libéraient le fleuve

Pour le mener jusqu’à la mer
Tu es venue plus haute au fond de ma douleur

Que l’arbre séparé de la forêt sans air

Et le cri du chagrin du doute s’est brisé

Devant le jour de notre amour
Gloire l’ombre et la honte ont cédé au soleil

Le poids s’est allégé le fardeau s’est fait rire

Gloire le souterrain est devenu sommet

La misère s’est effacée
La place d’habitude où je m’abêtissais

Le couloir sans réveil l’impasse et la fatigue

Se sont mis à briller d’un feu battant des mains

L’éternité s’est dépliée
Ô toi mon agitée et ma calme pensée

Mon silence sonore et mon écho secret

Mon aveugle voyante et ma vue dépassée

Je n’ai plus eu que ta présence
Tu m’as couvert de ta confiance.

Et Un Sourire

La nuit n’est jamais complète

Il y a toujours puisque je le dis

Puisque je l’affirme

Au bout du chagrin une fenêtre ouverte

Une fenêtre éclairée

Il y a toujours un rêve qui veille

Désir à combler faim à satisfaire

Un cœur généreux

Une main tendue une main ouverte

Des yeux attentifs

Une vie la vie à se partager.

Il Faut Bien Y Croire

Les jeux de ces curieux enfants qui sont les nôtres

Jeux simples qui leur font les yeux émerveillés

Pleins d’une fièvre qui les rapproche et les éloigne

Du monde où nous rêvons de faire place aux autres
Les jeux d’azur et de nuages

De gentillesses et de courses à la mesure d’un cœur futur

Qui ne sera jamais coupable

Les yeux de ces enfants qui sont nos yeux anciens
Nous eûmes plus de charmes que jamais les fées.

Je T’aime

Je t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues

Je t’aime pour tous les temps où je n’ai pas vécu

Pour l’odeur du grand large et l’odeur du pain chaud

Pour la neige qui fond pour les premières fleurs

Pour les animaux purs que l’homme n’effraie pas

Je t’aime pour aimer

Je t’aime pour toutes les femmes que je n’aime pas
Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu

Sans toi je ne vois rien qu’une étendue déserte

Entre autrefois et aujourd’hui

Il y a eu toutes ces morts que j’ai franchies sur de la paille

Je n’ai pas pu percer le mur de mon miroir

Il m’a fallu apprendre mot par mot la vie

Comme on oublie
Je t’aime pour ta sagesse qui n’est pas la mienne

Pour la santé

Je t’aime contre tout ce qui n’est qu’illusion

Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas

Tu crois être le doute et tu n’es que raison

Tu es le grand soleil qui me monte à la tête

Quand je suis sûr de moi.
1950

Air Vif

J’ai regardé devant moi

Dans la foule je t’ai vue

Parmi les blés je t’ai vue

Sous un arbre je t’ai vue
Au bout de tous mes voyages

Au fond de tous mes tourments

Au tournant de tous les rires

Sortant de l’eau et du feu
L’été l’hiver je t’ai vue

Dans ma maison je t’ai vue

Entre mes bras je t’ai vue

Dans mes rêves je t’ai vue
Je ne te quitterai plus.