Qui Voudra Voir Comme Un Dieu

Qui voudra voir comme un Dieu me surmonte,
Comme il m’assaut, comme il se fait vainqueur,
Comme il renflamme et renglace mon coeur,
Comme il reçoit un honneur de ma honte,

Qui voudra voir une jeunesse prompte
A suivre en vain l’objet de son malheur,
Me vienne voir : il verra ma douleur,
Et la rigueur de l’Archer qui me dompte.

Il connaîtra combien la raison peut
Contre son arc, quand une fois il veut
Que notre coeur son esclave demeure :

Et si verra que je suis trop, heureux,
D’avoir au flanc l’aiguillon amoureux,
Plein du venin dont il faut que je meure.

Ni Voir Flamber Au Point Du Jour Les Roses

Ni voir flamber au point du jour les roses,
Ni lys planté sur le bord d’un ruisseau,
Ni son de luth, ni ramage d’oiseau,
Ni dedans l’or les gemmes bien encloses,

Ni des Zéphyrs les gorgettes décloses,
Ni sur la mer le ronfler d’un vaisseau,
Ni bal de Nymphe au gazouillis de l’eau,
Ni voir fleurir au printemps toutes choses,

Ni camp armé de lances hérissé,
Ni antre vert de mousse tapissé,
Ni des forêts les cimes qui se pressent,

Ni des rochers le silence sacré,
Tant de plaisirs ne me donnent qu’un Pré,
Où sans espoir mes espérances paissent.