Grande Bête Dorée, Amour Couleur De Femme

Grande bête dorée, Amour couleur de femme

Les bras ouverts, debout au milieu du chemin

Que faites-vous de moi dans cette blanche flamme ?

Soutiendrais-je longtemps son éclat inhumain ?
Laissez donc ma sagesse étendre un peu ses ailes,

Passer ce bel oiseau sur mes livres déserts ;

Laissez aller mon chant à des amis fidèles

Et battre ce coeur dur quand je forme un beau vers.
Je retrouve partout votre force pliante

Vos longues mains, partout vos mains toutes-puissantes,

Ces délices sur moi sans que j’ouvre les yeux
Hélas ! et ce plaisir où le corps se dénoue,

– Comme un soldat fuyard s’empêtre dans la boue

Tombe parmi les morts et se perd avec eux.

Histoire D’une Amitié

Le sable et les arbres jouaient

A m’égarer

Le vent et les oiseaux jouaient au plus léger

Plaisir des dunes

Une canne de jonc

Une cravate Un papillon

Écume de mer Pipe d’écume

Avec l’amitié pour enjeu
Ces jeunes gens ne sont pas sérieux

Il Pleut. Je N’ai Plus Rien À Dire De Moi-même

 » La terre montre au ciel ce qu’elle a de plus beau.   »

Simon Senne.
A Robert De Geynst
Il pleut. je n’ai plus rien à dire de moi-même

Et tout ce que j’aimais, comme le sable fin

Sans peser sur la plage où les vents le dispersent

(Amour dont je traçais un émouvant dessin)
S’évanouit La seule étendue inutile

Mais seule, mais unie, en pente vers la mer,

Me laisse par l’écume aller d’un pas tranquille

Qu’elle efface après moi. Toi, paysage amer,
Paysage marin, le seul où je sois libre,

Qui parle mieux qu’un homme, avec plus de grandeur,

Donne-moi, pour un soir, cette raison de vivre,

– Le secret de ta grâce au milieu du malheur :
Sans faiblesses, sans fleurs charmantes ni flétries

Mais tellement plus beau qu’aucun ouvrage humain,

La terre unie au ciel par la foudre ou la pluie

Et les quatre éléments tenus dans une main.
Vous faites ces beautés, lumières de l’orage,

Dunes, léger trésor, mouvement des éclairs,

– Mais il reste à traduire un si noble langage

Et vous n’aurez de sens que celui de mes vers
– Quand je n’avais plus rien à dire de moi-même

Ce paysage m’a répondu sagement :

Car la création est le jeu que je mène

Et jusqu’à mes ennuis doivent former un chant.

La Blessure

A René Purnal
Les mains dans le brouillard et mon orgueil en bouche

Comme une bête tient sa proie ou ses petits,

Je respire, je vais. Le monde me saisit,

Les couleurs de la vie autour de moi se couchent.
Bariolé de sang, chargé d’un picador,

Le cheval éventré trébuche dans sa traîne.

Ainsi je porte au dos mon brillant capitaine,

Je sens les éperons d’un ange chercheur d’or.
Mais la belle vivante aux mains immaculées,

De feuillage, de ciel, et de formes ailées

Couvre le champ désert où je plantais mon pic.
Filon d’or égaré sous l’herbe, qui scintille !

Faiblesses de l’amour dans un jardin public

– L’ange que je portais saigne comme une fille.

Les Fontaines Ornées D’écume Et D’armes Blanches

Les fontaines ornées d’écume et d’armes blanches

Les fontaines, ce soir, parlent à haute voix
La vitre des cafés

Murmure, où la buée, les baisers se mélangent

Le souffle de l’amour et les lèvres mouillées

Que je goûte sur toi.
Douces choses, ce soir, et qui fondent en larmes

Haleines et cheveux Promesses dénouées

De caresse en caresse Et d’année en année
Quand tous les amoureux parlent à haute voix.

Les Rues Et Les Verres Vides

Les rues et les verres vides

La grande fraîcheur des mains

Rien de cassé Rien de sali Rien d’inhumain
Cordialement bonjour, bonsoir

Je suis paresseux tu vois

En bonne santé
A la santé du paysage

L’amateur de rues aérées

Si vous voulez que je vous aime

Ouvrez des mains immaculées
Je ne suis pas désaltéré.

Mon Amie

La pluie fait une ville

Difficile à aimer

Point du jour Point du soir

Et pointe du plaisir.

Des goûts et des couleurs

Plus vives que jamais

Ainsi la pluie me parle

Au coeur
Ô patrie légère

Ô maison de fil

Mes amis, mes frères

Vous connaissent-ils ?

Ils parlent d’amour

Je n’en ai que faire
Je chante à mon tour

Et je vis d’eau claire.

Pour Veiller Ce Soir D’hiver

A Eric de Haulleville

Pour veiller ce soir d’hiver

Verse le thé, plus amer

Et violent que le fer,

Où est le plaisir des sages.

Tu te penches sur ce thé

Tu y cherches la santé

Les vertus, la vérité

D’une eau vive et sans nuages.
Or un visage sans prix

Comme de l’or dépoli

Apparaît et te sourit

Dans la liqueur agitée

– Ce ne sont pas là tes yeux

Mais d’un messager des dieux

Le silence sérieux

L’ombre à peine dessinée
Une confidence pure

De l’adorable figure

S’élève, dans un murmure

Que tu ne veux écouter,

– Et, sans plus d’inquiétude,

Pour une moins fine étude

Tu reprends ta solitude,

– Tu bois le reste du thé.
Va ! Détourne ton regard

Des merveilles du hasard

Mais tu pleureras plus tard,

Homme vaniteux et vide,

Ce visage qui chantait

Sans le dire, le secret

D’un si étrange reflet

Dans ce peu de thé limpide.
– Oui, tu empoignes la lyre !

Mais tu ne sais plus sourire,

Et ce sonore délire

Stupide nous touche peu.

A ta chanson toute prête

Manque une vertu secrète

Pour être vraiment poète

Il faut compter avec Dieu.

Que M’importe De Vivre Heureux, Silencieux

A Marcel Arland

Que m’importe de vivre heureux, silencieux,

Un nuage doré pour maison, pour patrie.

Je caresse au hasard le corps de mon amie,

Aussi lointaine, hélas ! et fausse qu’elle veut.
Qui êtes-vous enfin ? qui parle ? et qui m’écoute ? –

Un homme vraiment seul entend battre son coeur.

Je cherche parmi vous les signes du bonheur :

Je ne vois qu’un ciel blanc, qu’une étoile de routes.
Vaste image de terre abandonnée au jour

Comme un jeune visage embelli par l’amour

Quelle grande leçon votre dessin me donne
Silencieusement s’élève autour de moi

La plus douce lueur de vie, et cette voix

Merveilleuse, la voix que n’attend plus personne.

Amour, Je Ne Viens Pas Dénouer Vos Cheveux

Amour, je ne viens pas dénouer vos cheveux.

Déserte, toute armée, inutile étrangère,

Je vous laisse debout dans un peu de lumière

Et je garde ce corps pur et mystérieux.
Mais pardonnerez-vous ce merveilleux ouvrage ?

Vous perdez un trésor à suivre mon conseil.

– Comme une eau solitaire où descend le soleil

Renonce pour tant d’or aux plus beaux paysages,
Ainsi les mouvements, les ruses de la vie,

Ces faiblesses, ces jeux, cette douce agonie,

Vous n’en connaîtrez pas le redoutable prix.
Toute pure à jamais mais toute prisonnière,

Vous resterez debout comme un peu de lumière,

Sans vivre, sans mourir, dans les vers que j’écris.

Chaque Jour Un Oiseau Rencontre Ce Garçon

Chaque jour un oiseau rencontre ce garçon

Aux yeux baissés, qui se promène sous les arbres,

Vers la nuit, qui n’est pas plus gai que de raison

Ni triste, mais l’oiseau l’écoute qui se parle :
Il ne regarde pas les hommes dans la rue,

Leurs yeux pâles (dit-il) ni les bêtes du soir,

Ni cet ange, ni cette femme de chair pure

Dont le visage aime à sourire sans miroir ;
Il est sage, si fatigué que les passants

Aimeraient mieux le voir pleurer à leur manière,

Et lui font signe, et vont à lui le coeur battant,

Mais il s’éloigne seul.
Un reste de lumière

Au ciel, une couleur de l’air, le vent, la pluie

Lui font plus de plaisir que ces aimables gens,

Le mènent à penser plus de bien de sa vie

Et lui donnent le coeur de poursuivre son chant,
S’il chante, s’il se porte à la source des larmes

Pour s’étonner de ce mystérieux pouvoir

Et laisser, humblement, qu’on lui prenne ses armes

Des mains, qu’il soit enfin poète, sans espoir.
Ce qu’il touche s’altère et s’en va dans un rêve ;

Les merveilles qu’il forme au gré de ses désirs

Je sais trop qu’il ne peut y trouver de plaisir

Et qu’un songe, aussitôt qu’il l’incline, s’achève.
– Ainsi passe cet homme, oublié, sans histoire,

Portant l’hostie en bouche et par elle émouvant,

Prisonnier de son dieu comme sont les avares,

Qui se perd sans bouger au milieu des vivants.

Comme Parle Et Se Tait Une Fille Des Hommes

Comme parle et se tait une fille des hommes

Comme de grands secrets sont formés par son corps

Quel étrange plaisir, à cette heure où nous sommes

Aussi libres de tout que les esprits des morts,
Aussi légers, abandonnés, sûrs de nous-mêmes,

Aussi loin de la vie aux doux yeux égarés,

Bien sages, sans vouloir connaître qui nous aime,

Comme de beaux miroirs souriants et brisés.
J’écoute sommeiller cette rose nombreuse,

Lointaine, en son langage espérant un baiser

– Mais je retiens mon souffle auprès de l’amoureuse.

Et me garderais bien de la désaltérer.