Pourtant Si Ta Maîtresse Est Un Petit Putain

Pourtant si ta maîtresse est un petit putain,Tu ne dois pour cela te courroucer contre elle.Voudrais-tu bien haïr ton ami plus fidèlePour être un peu jureur, ou trop haut à la main ?Il ne faut prendre ainsi tous péchés à dédain,Quand la faute en péchant n’est pas continuelle ;Puis il faut endurer d’une maîtresse belleQui confesse sa faute, et s’en repent soudain.Tu me diras qu’honnête et gentille est t’amie,Et je te répondrai qu’honnête fut Cynthie,L’amie de Properce en vers ingénieux,Et si ne laissa pas de faire amour diverse.Endure donc, Ami, car tu ne vaux pas mieuxQue Catulle valut, que Tibulle et Properce.

Les Amours De Marie (vi)

Vous méprisez nature, êtes-vous si cruelle
De ne vouloir aimer ? voyez les Passereaux,
Qui démènent (1) l’Amour, voyez les Colombeaux,
Regardez le Ramier, voyez la Tourterelle :

Voyez, deçà, delà, d’une frétillante aile
Voleter par les bois les amoureux oiseaux,
Voyez la jeune vigne embrasser les ormeaux,
Et toute chose rire en la saison nouvelle.

Ici la bergerette, en tournant son fuseau,
Desgoise (3) ses amours, et là le pastoureau
Répond à sa chanson : ici toute chose aime,

Tout parle de l’amour, tout s’en veut enflammer :
Seulement votre cœur, froid d’une glace extrême,
Demeure opiniâtre et ne veut point aimer.

1. Démener : Faire.
2. Desgoise : Chanter, raconter.

Les Amours De Marie (xix)

Comme on voit sur la branche, au mois de Mai, la rose
En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le Ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l’Aube, de ses pleurs, au point du jour, l’arrose :

La Grâce dans sa feuille, et l’Amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d’odeur :
Mais battue ou de pluie ou d’excessive ardeur,
Languissante, elle meurt feuille à feuille déclose.

Ainsi, en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le Ciel honoraient ta beauté,
La Parque t’a tué, et cendre tu reposes.

Pour obsèques reçoit mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses.

Bonjour Mon Coeur

Bonjour mon coeur, bonjour ma douce vie.
Bonjour mon oeil, bonjour ma chère amie,
Hé ! bonjour ma toute belle,
Ma mignardise, bonjour,
Mes délices, mon amour,
Mon doux printemps, ma douce fleur nouvelle,
Mon doux plaisir, ma douce colombelle,
Mon passereau, ma gente tourterelle,
Bonjour, ma douce rebelle.

Hé ! faudra-t-il que quelqu’un me reproche
Que j’aie vers toi le coeur plus dur que roche
De t’avoir laissée, maîtresse,
Pour aller suivre le Roi,
Mendiant je ne sais quoi
Que le vulgaire appelle une largesse ?
Plutôt périsse honneur, court, et richesse,
Que pour les biens jamais je te relaisse,
Ma douce et belle déesse.