Poisson

Les Animaux et leurs hommes

Les poissons, les nageurs, les bateaux

Transforment l’eau.

L’eau est douce et ne bouge

Que pour ce qui la touche.
Le poisson avance

Comme un doigt dans un gant,

Le nageur danse lentement

Et la voile respire.
Mais l’eau douce bouge

Pour ce qui la touche,

Pour le poisson, pour le nageur, pour le bateau

Qu’elle porte

Et qu’elle emporte.

Porc

Les Animaux et leurs hommes
Du soleil sur le dos, du soleil sur le ventre,

La tête grosse et immobile

Comme un canon,

Le porc travaille.

Poule

Les Hommes et leurs animaux
Il faut que la poule ponde :

Poule avec ses fruits mûrs,

Poule avec notre gain.

Salon

Amour des fantaisies permises,

Du soleil,

Des citrons,

Du mimosa léger.
Clarté des moyens employés :

Vitre claire,

Patience

Et vase à transpercer.
Du soleil, des citrons, du mimosa léger

Au fort de la fragilité

Du verre qui contient

Cet or en boules,

Cet or qui roule.

Vache

Les Hommes et leurs animaux
Adieu !

Vaches plus précieuses

Que mille bouteilles de lait,
Précieuses aux jeunes qui se marient

Et dont la femme est jolie,
Précieuses aux vieux avec leur canne

Dont la richesse est chair, lait, terre,
Précieuses à qui veut bien vivre

De la nourriture ordinaire,

Adieu !

Manger

Les Hommes et leurs animaux
Si vous désirez la lourde chair,

Arrachez les bras, les mains et les doigts,

Déchirez les branches

Qui contenaient le ciel, l’espace.
Et vous tombez, c’est votre poids.

Modèle

Les Hommes et leurs animaux
Les filets des arbres ont pris beaucoup d’oiseaux

Natures,

Les pattes des oiseaux ont pris les branches sûres

À leurs os.

Mouillé

Les Hommes et leurs animaux
La pierre rebondit sur l’eau,

La fumée n’y pénètre pas.

L’eau, telle une peau

Que nul ne peut blesser

Est caressée

Par l’homme et par le poisson.
Claquant comme corde d’arc,

Le poisson, quand l’homme l’attrape,

Meurt, ne pouvant avaler

Cette planète d’air et de lumière.
Et l’homme sombre au fond des eaux

Pour le poisson

Ou pour la solitude amère

De l’eau souple et toujours close.

Oiseau

Les Animaux et leurs hommes
Charmée Oh ! Pauvre fille !

Les oiseaux mettent en désordre

Le soleil aveuglant du toit,

Les oiseaux jouent à remplacer

Le soleil plus léger que l’huile

Qui coule entre nous.

Patte

Les Hommes et leurs animaux
Le chat s’établit dans la nuit pour crier,

Dans l’air libre, dans la nuit, le chat crie.

Et, triste, à hauteur d’homme, l’homme entend son cri.

Plumes

Les Hommes et leurs animaux
L’homme voudrait être sorti

D’un fouillis d’ailes.

Très haut, le vent coule en criant

Le long d’une aile.
Mais la mère n’était pas là

Quand le nid s’envola,

Mais le ciel battait de l’aile

Quand le nid s’envola.
Et, désespoir du sol,

L’homme est couché dans ses paroles,

Au long des branches mortes,

Dans des coquilles d’œufs.

Fuir

Les Hommes et leurs animaux
L’araignée rapide,

Pieds et mains de la peur,

Est arrivée.
L’araignée,

Heureuse de son poids,

Reste immobile

Comme le plomb du fil à plomb.
Et quand elle repart,

Brisant tous les fils,

C’est la poursuite dans le vide

Qu’il faut imaginer,
Toute chose détruite.

Homme Utile

Les Hommes et leurs animaux

Tu ne peux plus travailler. Rêve,

Les yeux ouverts, les mains ouvertes

Dans le désert,

Dans le désert qui joue

Avec les animaux — les inutiles.
Après l’ordre, après le désordre,

Dans les champs plats, les forêts creuses,

Dans la mer lourde et claire,

Un animal passe — et ton rêve

Est bien le rêve du repos.

Chat

Les Animaux et leurs hommes

Pour ne poser qu’un doigt dessus

Le chat est bien trop grosse bête.

Sa queue rejoint sa tête,

Il tourne dans ce cercle

Et se répond à la caresse.
Mais, la nuit l’homme voit ses yeux

dont la pâleur est le seul don.

Ils sont trop gros pour qu’il les cache

Et trop lourds pour le vent perdu du rêve.
Quand le chat danse

C’est pour isoler sa prison

Et quand il pense

C’est jusqu’aux murs de ses yeux.

Cheval

Les Animaux et leurs hommes
Cheval seul, cheval perdu,

Malade de la pluie, vibrant d’insectes,

Cheval seul, vieux cheval.
Aux fêtes du galop,

Son élan serait vers la terre,

Il se tuerait.
Et, fidèle aux cailloux,

Cheval seul attend la nuit

Pour n’être pas obligé

De voir clair et de se sauver.