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Recueil : Les Bords De La Route

Un Soir

Avec les doigts de ma torture Gratteurs de mauvaise écriture, Maniaque inspecteur de maux, J’écris encor des mots, des mots Quant à mon âme, elle est partie. Morosement et pour extraire L’arrière-faix de ma colère, Aigu d’orgueil, crispé d’effort, Je râcle en vain mon cerveau mort. Quant à mon âme,…

Sur La Côte

Un vent rude soufflait par les azurs cendrés, Quand du côté de l’aube, ouverte à l’avalanche, L’horizon s’ébranla dans une charge blanche Et dans un galop fou de nuages cabrés. Le jour entier, jour clair, jour sans pluie et sans brume, Les crins sautants, les flancs dorés, la croupe en…

Sonnet

Par les pays des soirs, au nord de ma tristesse, Mous d’automne, le vent se pleure en de la pluie Et m’angoisse soudain d’une nuée enfuie, Avec un geste au loin d’âpre scélératesse. Est-ce la mort qu’annoncerait la prophétesse, Au fond de ce grand ciel d’octobre où je m’ennuie –…

Silencieusement

En un plein jour, larmé de lampes, Qui brûlent en l’honneur De tout l’inexprimé du coeur, Le silence, par un chemin de rampes, Descend vers ma rancoeur. Il circule très lentement Par ma chambre d’esseulement ; Je vis tranquillement en lui ; Il me frôle de l’ombre de sa robe…

Parabole

Parmi l’étang d’or sombre Et les nénuphars blancs, Un vol passant de hérons lents Laisse tomber des ombres. Elles s’ouvrent et se ferment sur l’eau Toutes grandes, comme des mantes ; Et le passage des oiseaux, là-haut, S’indéfinise, ailes ramantes. Un pêcheur grave et théorique Tend vers elles son filet…

Minuit Blanc

Dalles au fond des lointains clairs et lacs d’opales, Pendant les grands hivers, lorsque les nuits sont pâles Et qu’un autel de froid s’éclaire au choeur des neiges ! Le gel se râpe en givre ardent à travers branches, Le gel ! et de grandes ailes qui volent blanches Font…

Légendes

Les horizons cuivrés des suprêmes automnes Meurent là-bas, au loin, dans un carnage d’or. Où sont-ils les héros des ballades teutonnes Qui cornaient, par les bois, les marches de la Mort ? Ils passaient par les monts, les rivières, les havres, Les burgs et brusquement ils s’écroulaient, vermeils, Saignant leurs…

Les Horloges

La nuit, dans le silence en noir de nos demeures, Béquilles et bâtons qui se cognent, là-bas; Montant et dévalant les escaliers des heures, Les horloges, avec leurs pas ; Émaux naifs derrière un verre, emblèmes Et fleurs d’antan, chiffres maigres et vieux; Lunes des corridors vides et blêmes, Les…

Les Corneilles

Le plumage lustré de satins et de moires, Les corneilles, oiseaux placides et dolents, Parmi les champs d’hiver, que la neige a fait blancs, Apparaissent ainsi que des floraisons noires. L’une marque les longs rameaux d’un chêne ami ; Elle est penchée au bout d’une branche tordue, Et, fleur d’encre,…

Les Cierges

Ongles de feu, cierges ! Ils s’allument, les soirs, Doigts mystiques dressés sur des chandeliers d’or, A minces et jaunes flammes, dans un décor Et de cartels et de blasons et de draps noirs. Ils s’allument dans le silence et les ténèbres, Avec le grésil bref et méchant de leur…

Les Brumes

Brumes mornes d’hiver, mélancoliquement Et douloureusement, roulez sur mes pensées Et sur mon coeur vos longs linceuls d’enterrement Et de rameaux défunts et de feuilles froissées Et livides, tandis qu’au loin, vers l’horizon, Sous l’ouatement mouillé de la plaine dormante, Parmi les échos sourds et souffreteux, le son D’un angelus…

Le Gel

Sous le fuligineux étain d’un ciel d’hiver, Le froid gerce le sol des plaines assoupies, La neige adhère aux flancs râpés d’un talus vert Et par le vide entier grincent des vols de pies. Avec leurs fins rameaux en serres de harpies, De noirs taillis méchants s’acharnent à griffer, Un…

Là-bas

Calmes voluptueux, avec des encensoirs Et des rythmes lointains par le soir solitaire, Claire heure alanguissante et fondante des soirs, Le soir sur des lits d’or s’endort avec la terre, Sous des rideaux de pourpre, et longuement se tait ! Calmes voluptueux, avec de grands nuages, Et des îles de…

La Nuit

Depuis que dans la plaine immense il s’est fait soir, Avec de lourds marteaux et des blocs taciturnes, L’ombre bâtit ses murs et ses donjons nocturnes Comme un Escurial revêtu d’argent noir. Le ciel prodigieux domine, embrasé d’astres, – Voûte d’ébène et d’or où fourmillent des yeux – Et s’érigent,…

La Barque

Il gèle et des arbres pâlis de givre clair Montent au loin, ainsi que des faisceaux de lune ; Au ciel purifié, aucun nuage ; aucune Tache sur l’infini silencieux de l’air. Le fleuve où la lueur des astres se réfracte Semble dallé d’acier et maçonné d’argent ; Seule une…