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Recueil : Les contemplations

Quia Pulvis Es

Ceux-ci partent, ceux-là demeurent. Sous le sombre aquilon, dont les mille voix pleurent, Poussière et genre humain, tout s’envole à la fois. Hélas ! le même vent souffle, en l’ombre où nous sommes, Sur toutes les têtes des hommes, Sur toutes les feuilles des bois. Ceux qui restent à ceux qui…

Religio

L’ombre venait ; le soir tombait, calme et terrible. Hermann me dit : — Quelle est ta foi, quelle est ta bible ? Parle. Es-tu ton propre géant ? Si tes vers ne sont pas de vains flocons d’écume, Si ta strophe n’est pas un tison noir qui fume Sur…

Saturne

I Il est des jours de brume et de lumière vague, Où l’homme, que la vie à chaque instant confond, Étudiant la plante, ou l’étoile, ou la vague, S’accoude au bord croulant du problème sans fond ; Où le songeur, pareil aux antiques augures, Cherchant Dieu, que jadis plus d’un…

Sous Les Arbres

Ils marchaient à côté l’un de l’autre; des danses Troublaient le bois joyeux; ils marchaient, s’arrêtaient, Parlaient, s’interrompaient, et, pendant les silences, Leurs bouches se taisant, leurs âmes chuchotaient. Ils songeaient; ces deux coeurs, que le mystère écoute, Sur la création au sourire innocent Penchés, et s’y versant dans l’ombre…

Spes

De partout, de l’abîme où n’est pas Jéhovah, Jusqu’au zénith, plafond où l’espérance va Se casser l’aile et d’où redescend la prière, En bas, en haut, au fond, en avant, en arrière, L’énorme obscurité qu’agitent tous les vents, Enveloppe, linceul, les morts et les vivants, Et sur le monstrueux, sur…

Trois Ans Après

Il est temps que je me repose ; Je suis terrassé par le sort. Ne me parlez pas d’autre chose Que des ténèbres où l’on dort ! Que veut-on que je recommence ? Je ne demande désormais À la création immense Qu’un peu de silence et de paix ! Pourquoi…

Un Jour Je Vis

Un jour je vis, debout au bord des flots mouvants, Un jour jPasser, gonflant ses voiles, Un rapide navire enveloppé de vents, Un jour jDe vagues et d’étoiles ; Et j’entendis, penché sur l’abîme des cieux, Un jour jQue l’autre abîme touche, Me parler à l’oreille une voix dont mes yeux…

Unité

Par-dessus l’horizon aux collines brunies, Le soleil, cette fleur des splendeurs infinies, Se penchait sur la terre à l’heure du couchant; Une humble marguerite, éclose au bord d’un champ, Sur un mur gris, croulant parmi l’avoine folle, Blanche épanouissait sa candide auréole; Et la petite fleur, par-dessus le vieux mur,…