Toi Qu’empourprait L’âtre D’hiver

Contrerime II.

Toi qu’empourprait l’âtre d’hiver
Comme une rouge nue
Où déjà te dessinait nue
L’arôme de ta chair ;

Ni vous, dont l’image ancienne
Captive encor mon coeur,
Ile voilée, ombres en fleurs,
Nuit océanienne ;

Non plus ton parfum, violier
Sous la main qui t’arrose,
Ne valent la brûlante rose
Que midi fait plier.

D’un Noir Éclair Mêlés, Il Semble

Contrerime XVII.

D’un noir éclair mêlés, il semble
Que l’on n’est plus qu’un seul.
Soudain, dans le même linceul,
On se voit deux ensemble

Près des flots aux chantants adieux
Dinard tient sa boutique…
Ne pleure pas : d’être identique,
C’est un rêve des dieux.

Fô A Dit

Contrerime X.

 » Ce tapis que nous tissons comme
 » Le ver dans son linceul
 » Dont on ne voit que l’envers seul
 » C’est le destin de l’homme.

 » Mais peut-être qu’à d’autres yeux,
 » L’autre côté déploie
 » Le rêve, et les fleurs, et la joie
 » D’un dessin merveilleux.  »

Tel Fô, que l’or noir des tisanes
Enivre, ou bien ses vers,
Chante, et s’en va tout de travers
Entre deux courtisanes.

In Memoriam J. G. M

Contrerime LXVIII.

M. C. M. III.

Dormez, ami ; demain votre âme
Prendra son vol plus haut.
Dormez, mais comme le gerfaut,
Ou la couverte flamme.

Tandis que dans le couchant roux
Passent les éphémères,
Dormez sous les feuilles amères.
Ma jeunesse avec vous.

La Vie Est Plus Vaine Une Image

Contrerime LXX.

La vie est plus vaine une image
Que l’ombre sur le mur.
Pourtant l’hiéroglyphe obscur
Qu’y trace ton passage

M’enchante, et ton rire pareil
Au vif éclat des armes ;
Et jusqu’à ces menteuses larmes
Qui miraient le soleil.

Mourir non plus n’est ombre vaine.
La nuit, quand tu as peur,
N’écoute pas battre ton coeur :
C’est une étrange peine.