N’es-tu Pas Notre Géométrie

N’es-tu pas notre géométrie,

fenêtre, très simple forme

qui sans effort circonscris

notre vie énorme ?
Celle qu’on aime n’est jamais plus belle

que lorsqu’on la voit apparaître

encadrée de toi ; c’est, ô fenêtre,

que tu la rends presque éternelle.
Tous les hasards sont abolis. L’être

se tient au milieu de l’amour,

avec ce peu d’espace autour

dont on est maître.

Sanglot, Sanglot, Pur Sanglot

Sanglot, sanglot, pur sanglot !

Fenêtre, où nul ne s’appuie !

Inconsolable enclos,

plein de ma pluie !
C’est le trop tard, le trop tôt

qui de tes formes décident :

tu les habilles, rideau,

robe du vide !

Tu Me Proposes, Fenêtre Étrange, D’attendre

Tu me proposes, fenêtre étrange, d’attendre ;

déjà presque bouge ton rideau beige.

Devrais-je, ô fenêtre, à ton invite me rendre ?

Ou me défendre, fenêtre ? Qui attendrais-je ?
Ne suis-je intact, avec cette vie qui écoute,

avec ce coeur tout plein que la perte complète ?

Avec cette route qui passe devant, et le doute

que tu puisses donner ce trop dont le rêve m’arrête ?

Elle Passe Des Heures Émues

Elle passe des heures émues

appuyée à sa fenêtre,

tout au bord de son être,

distraite et tendue.
Comme les lévriers en

se couchant leurs pattes disposent,

son instinct de rêve surprend

et règle ces belles choses
que sont ses mains bien placées.

C’est par là que le reste s’enrôle.

Ni les bras, ni les seins, ni l’épaule,

ni elle-même ne disent : assez !

Fenêtre, Qu’on Cherche Souvent

Fenêtre, qu’on cherche souvent

pour ajouter à la chambre comptée

tous les grands nombres indomptés

que la nuit va multipliant.
Fenêtre, où autrefois était assise

celle qui, en guise de tendresse,

faisait un lent travail qui baisse

et immobilise
Fenêtre, dont une image bue

dans la claire carafe germe.

Boucle qui ferme

la vaste ceinture de notre vue.

C’est Pour T’avoir Vue

C’est pour t’avoir vue

penchée à la fenêtre ultime,

que j’ai compris, que j’ai bu

tout mon abîme.
En me montrant tes bras

tendus vers la nuit,

tu as fait que, depuis,

ce qui en moi te quitta,

me quitte, me fuit
Ton geste, fut-il la preuve

d’un adieu si grand,

qu’il me changea en vent,

qu’il me versa dans le fleuve ?