Skip to content

Recueil : Les floraisons matutinales

Québec

Comme un factionnaire immobile au port d’arme, Dans ces murs où l’on croit ouïr se prolonger Le grave écho lointain d’un qui vive d’alarme, À ses gloires Québec semble encore songer. L’humble paix pastorale a replié son aile Sur l’âpre terre où gît le sombre camp des morts : Du…

Primeroses

Ces délicieuses fleurs roses, Grandes ouvertes ou mi-closes, Me soufflent de tant douces choses Et fleurent si frais et si doux, Que, bien sûr, et corolle et tige, Recèlent par quelque prodige, Quelque chose qui vient de vous. Troublant et capiteux arôme ! Mon cœur, comme l’air s’en embaume, Et,…

Missive

À M. et Mme Louis Fréchette. Le poète, À la grâce comme au talent, Souhaite Un long cycle de jours de l’an. Le ciel veuille Que nul âpre souffle inhumain N’effeuille Les fleurs qui sèment leur chemin. Que la lyre Toujours unisse au clair accord Du rire Le rythme des…

Mirages

Dans le repli d’une anse fraîche Où tremble le moelleux reflet D’un clair ciel rose et violet, Sommeille le bateau de pêche. Sur l’eau qui s’est agatisée, Dès le jour, encore endormi, Un vent léger souffle à demi Par brève et rythmique risée. Mais la vague au large moutonne. Et…

Lumière

Perdu dans les brouillards du sophisme et du doute, Le monde, dans un noir tournoîment emporté, S’effarait, quand soudain retentit sur la route La voix de l’immanente infaillibilité. Et l’on vit, aveuglant les fils de Zoroastre, Perçant l’ombre où la haine occulte écume encor, Brillante des clartés que verse un…

L’idylle Dorée

Au vent joyeux de la bonne nouvelle L’étable s’ouvre ; et sa merveille est telle Que les naïfs bergers en sont troublés. Illuminant la crèche sombre encore, L’Enfant paraît en un orbe d’aurore, Plus blond que l’or des méteils et des blés. Tout reluit sous l’humble chaume en ruine ;…

L’hirondelle Pieuse

Un soir, je vis une hirondelle Descendre du haut du ciel bleu Et s’élancer à tire d’aile Sous les absides du saint lieu. Et depuis, dans les vapeurs blanches De l’encens, à vol doux, léger, On voit, par l’église, aux dimanches, Le pieux oiseau voltiger. Au plein air, à la…

Les Corbeaux

Les noirs corbeaux au noir plumage, Que chassa le vent automnal, Revenus de leur long voyage, Croassent dans le ciel vernal. Les taillis, les buissons moroses Attendent leurs joyeux oiseaux : Mais, au lieu des gais virtuoses, Arrivent premiers les corbeaux. Pour charmer le bois qui s’ennuie, Ces dilettantes sans…

Les Clochettes

Le carillon multicolore Des clochettes au timbre clair Tinte, étincelle, tinte encore Et tintinnabule dans l’air. C’est plaisir, quand la neige crie, D’ouïr, mêlée au bruit banal Du vent, l’allègre sonnerie Du joyeux solstice hivernal. Aux heures de la promenade, Sur les places, de trois à cinq, De l’esplanade à…

Le Viatique

La cloche, lente, à voix éteinte, Tinte au clocher paroissial, Et l’écho tremblant de sa plainte Tinte et meurt dans l’air glacial. L’airain sonne en branle. On écoute. Pour qui le glas a-t-il tinté ? Et le son grave, avec le doute, Tombe sur le cœur attristé. C’est dans un…

Le Lac

En forêt. À M. W. Parker. Au creux des humides savanes, Ceint des herbes et des lianes Qui foisonnent dans les roseaux, Calme, à l’abri de la rafale, Le lac en plein soleil étale Le miroir de ses claires eaux. Baignant dans les détours pleins d’ombre Leur manteau de velours…

Le Dernier Gîte

Je te reviens, ô paroisse natale. Patrie intime où mon coeur est resté ; Avant d’entrer dans la nuit glaciale, Je viens frapper à ton seuil enchanté. Pays d’amour, en vain j’ai fait la route Pour saluer encore ton ciel bleu, Mon oeil se mouille et ma chair tremble toute,…

L’avril Boréal

Est-ce l’avril ? Sur la colline Rossignole une voix câline, De l’aube au soir. Est-ce le chant de la linotte ? Est-ce une flûte ? est-ce la note Du merle noir ? Malgré la bruine et la grêle, Le virtuose à la voix frêle Chante toujours ; Sur mille tons…

La Muse

Bluet aux regards d’améthyste, Bluet aux yeux de ciel, dis-nous Ce qui te fait être si triste ? – J’ai vu ses yeux, j’en suis jaloux. Et toi, simple églantine rose, Payse aux lèvres de carmin, Pourquoi sembles-tu si morose ? – Je suis jalouse de son teint. Toi, beau…