Tu Arbores Parfois Cette Grâce Bénigne

Tu arbores parfois cette grâce bénigne

Du matinal jardin tranquille et sinueux

Qui déroule, là-bas, parmi les lointains bleus,

Ses doux chemins courbés en cols de cygne.
Et, d’autres fois, tu m’es le frisson clair

Du vent rapide et exaltant

Qui passe, avec ses doigts d’éclair,

Dans les crins d’eau de l’étang blanc.
Au bon toucher de tes deux mains

Je sens comme des feuilles

Me doucement frôler ;

Que midi brûle le jardin,

Les ombres, aussitôt, recueillent

Les paroles chères dont ton être a tremblé.
Chaque moment me semble, grâce à toi,

Passer ainsi, divinement en moi ;

Aussi, quand l’heure vient de la nuit blême,

Où tu te cèles en toi-même

En refermant les yeux,

Sens-tu mon doux regard dévotieux,

Plus humble et long qu’une prière,

Remercier le tien sous tes closes paupières

Viens Lentement T’asseoir

Viens lentement t’asseoir

Près du parterre dont le soir

Ferme les fleurs de tranquille lumière,

Laisse filtrer la grande nuit en toi :

Nous sommes trop heureux pour que sa mer d’effroi

Trouble notre prière.
Là-haut, le pur cristal des étoiles s’éclaire :

Voici le firmament plus net et translucide

Qu’un étang bleu ou qu’un vitrail d’abside ;

Et puis voici le ciel qui regarde à travers.
Les mille voix de l’énorme mystère

Parlent autour de toi,

Les mille lois de la nature entière

Bougent autour de toi,

Les arcs d’argent de l’invisible

Prennent ton âme et sa ferveur pour cible.

Mais tu n’as peur, oh ! simple coeur,

Mais tu n’as peur, puisque ta foi

Est que toute la terre collabore

A cet amour que fit éclore

La vie et son mystère en toi.
Joins donc les mains tranquillement

Et doucement adore ;

Un grand conseil de pureté

Flotte, comme une étrange aurore,

Sous les minuits du firmament.

Vivons, Dans Notre Amour Et Notre Ardeur

Vivons, dans notre amour et notre ardeur,
Vivons si hardiment nos plus belles pensées
Qu’elles s’entrelacent harmonisées
A l’extase suprême et l’entière ferveur,

Parce qu’en nos âmes pareilles,
Quelque chose de plus sacré que nous
Et de plus pur, et de plus grand s’éveille,
Joignons les mains pour l’adorer à travers nous.

Il n’importe que nous n’ayons que cris ou larmes
Pour humblement le définir
Et que si rare et si puissant en soit le charme,
Qu’à le goûter nos coeurs soient près de défaillir.

Restons quand même, et pour toujours, les fous
De cet amour implacable
Et les fervents, à deux genoux,
Du Dieu soudain qui règne en nous,
Si violent et si ardemment doux
Qu’il nous fait mal et nous accable.

Sitôt Que Nos Bouches Se Touchent

Sitôt que nos bouches se touchent,

Nous nous sentons tant plus clairs de nous-mêmes

Que l’on dirait des Dieux qui s’aiment

Et qui s’unissent en nous-mêmes ;
Nous nous sentons le coeur si divinement frais

Et si renouvelé par leur lumière

Première

Que l’univers, sous leur clarté, nous apparaît.
La joie est à nos yeux le seul ferment du monde

Qui se mûrit et se féconde,

Innombrable, sur nos routes d’en bas ;

Comme là-haut, par tas,

Parmi des lacs de soie où voyagent des voiles

Naissent les fleurs myriadaires des étoiles.
L’ordre nous éblouit, comme les feux la cendre,

Tout nous éclaire et nous paraît flambeau

Nos simples mots ont un sens si beau

Que nous les répétons pour les sans cesse entendre.
Nous sommes les victorieux sublimes

Qui conquérons l’éternité

Sans nul orgueil, et sans songer au temps minime,

Et notre amour nous semble avoir toujours été.

Ô La Splendeur De Notre Joie

Ô la splendeur de notre joie

Tissée en or dans l’air de soie !
Voici la maison douce et son pignon léger,

Et le jardin et le verger.
Voici le banc, sous les pommiers

D’où s’effeuille le printemps blanc,

A pétales frôlants et lents.
Voici des vols de lumineux ramiers

Planant, ainsi que des présages,

Dans le ciel clair du paysage
Voici, pareils à des baisers tombés sur terre

De la bouche du frêle azur,

Deux bleus étangs simples et purs,

Bordés naïvement de fleurs involontaires.
Ô la splendeur de notre joie et de nous-mêmes,

En ce jardin où nous vivons de nos emblèmes.

Oh ! Ce Bonheur

Oh ! ce bonheur

Si rare et si frêle parfois

Qu’il nous fait peur
Nous avons beau taire nos voix

Et nous faire comme une tente,

Avec toute ta chevelure,

Pour nous créer un abri sûr,

Souvent l’angoisse en nos âmes fermente.
Mais notre amour étant comme un ange à genoux

Prie et supplie

Que l’avenir donne à d’autres que nous

Même tendresse et même vie,

Pour que leur sort, de notre sort, ne soit jaloux.
Et puis, aux jours mauvais, quand les grands soirs

Illimitent, jusques au ciel, le désespoir,

Nous demandons pardon à la nuit qui s’enflamme

De la douceur de notre âme.

Oh ! Laisse Frapper À La Porte

Oh ! laisse frapper à la porte

La main qui passe avec ses doigts futiles ;

Notre heure est si unique, et le reste qu’importe ;

Le reste avec ses doigt futiles.
Laisse passer, par le chemin,

La triste et fatigante joie,

Avec ses crécelles en main.
Laisse monter, laisse bruire

Et s’en aller le rire ;

Laisse passer la foule et ses milliers de voix.
L’instant est si beau de lumière,

Dans le jardin, autour de nous ;

L’instant est si rare de lumière première,

Dans notre coeur, au fond de nous ;
Tout nous prêche de n’attendre plus rien

De ce qui vient ou passe,

Avec des chansons lasses

Et des bras las par les chemins,
Et de rester les doux qui bénissons le jour,

Même devant la nuit d’ombre barricadée,

Aimant en nous, par-dessus tout, l’idée

Que, bellement, nous nous faisons de notre amour.

Pour Nous Aimer Des Yeux

Pour nous aimer des yeux,

Lavons nos deux regards de ceux

Que nous avons croisés, par milliers, dans la vie

Mauvaise et asservie.
L’aube est en fleur et en rosée

Et en lumière tamisée

Très douce ;

On croirait voir de molles plumes

D’argent et de soleil, à travers brumes,

Frôler et caresser, dans le jardin, les mousses.

Nos bleus et merveilleux étangs

Tremblent et s’animent d’or miroitant ;
Des vols émeraudés, sous les arbres, circulent ;

Et la clarté, hors des chemins, des clos, des haies,

Balaie

La cendre humide, où traîne encor le crépuscule.

Pour Que Rien De Nous Deux N’échappe À Notre Étreinte

Pour que rien de nous deux n’échappe à notre étreinte,

Si profonde qu’elle en est sainte

Et qu’à travers le corps même, l’amour soit clair ;

Nous descendons ensemble au jardin de la chair.
Tes seins sont là ainsi que des offrandes,

Et tes deux mains me sont tendues ;

Et rien ne vaut la naïve provende

Des paroles dites et entendues.
L’ombre des rameaux blancs voyage

Parmi ta gorge et ton visage

Et tes cheveux dénouent leur floraison,

En guirlandes, sur les gazons.
La nuit est toute d’argent bleu,

La nuit est un beau lit silencieux,

La nuit douce, dont les brises vont, une à une,

Effeuiller les grands lys dardés au clair de lune.

Que Tes Yeux Clairs, Tes Yeux D’été

Que tes yeux clairs, tes yeux d’été,

Me soient, sur terre,

Les images de la bonté.
Laissons nos âmes embrasées

Revêtir d’or chaque flamme de nos pensées.
Que mes deux mains contre ton coeur

Te soient, sur terre,

Les emblèmes de la douceur.
Vivons pareils à deux prières éperdues

L’une vers l’autre, à toute heure, tendues.
Que nos baisers sur nos bouches ravies

Nous soient sur terre

Les symboles de notre vie.

Quoique Nous Le Voyions Fleurir

Quoique nous le voyions fleurir devant nos yeux

Ce jardin clair où nous passons silencieux,

C’est plus encor en nous que se féconde

Le plus candide et doux jardin du monde.
Car nous vivons toutes les fleurs,

Toutes les herbes, toutes les palmes

En nos rires et en nos pleurs

De bonheur pur et calme.
Car nous vivons toute la joie

Dardée en cris de fête et de printemps,

En nos aveux où se côtoient

Les mots fervents et exaltants.
Oh! dis, c’est bien en nous que se féconde

Le plus joyeux et doux jardin du monde.

Le Beau Jardin Fleuri De Flammes

Le beau jardin fleuri de flammes

Qui nous semblait le double ou le miroir

Du jardin clair que nous portions dans l’âme

Se cristallise en gel et or, ce soir.
Un grand silence blanc est descendu s’asseoir

Là-bas, aux horizons de marbre,

Vers où s’en vont, par défilé, les arbres

Avec leur ombre immense et bleue

Et régulière, à côté d’eux.
Aucun souffle de vent, aucune haleine.

Les grands voiles du froid

Se déplient seuls, de plaine en plaine,

Sur des marais d’argent ou des routes en croix.
Les étoiles paraissent vivre.

Comme l’acier, brille le givre,

A travers l’air translucide et glacé.

De clairs métaux pulvérisés

A l’infini semblent neiger

De la pâleur d’une lune de cuivre.

Tout est scintillement dans l’immobilité.
Et c’est l’heure divine, où l’esprit est hanté

Par ces mille regards que projette sur terre,

Vers les hasards de l’humaine misère,

La bonne et pure et inchangeable éternité.

Le Ciel En Nuit, S’est Déplié

Le ciel en nuit, s’est déplié

Et la lune semble veiller

Sur le silence endormi.
Tout est si pur et clair,

Tout est si pur et si pâle dans l’air

Et sur les lacs du paysage ami,

Qu’elle angoisse, la goutte d’eau

Qui tombe d’un roseau

Et tinte, et puis se tait dans l’eau.
Mais j’ai tes mains entre les miennes

Et tes yeux sûrs ; qui me retiennent,

De leurs ferveurs, si doucement ;

Et je te sens si bien en paix de toute chose

Que rien, pas même un fugitif soupçon de crainte,

Ne troublera, fût-ce un moment,

La confiance sainte

Qui dort en nous comme un enfant repose.

Le Printemps Jeune Et Bénévole

Le printemps jeune et bénévole

Qui vêt le jardin de beauté

Elucide nos voix et nos paroles

Et les trempe dans sa limpidité.
La brise et les lèvres des feuilles

Babillent, et lentement effeuillent

En nous les syllabes de leur clarté.
Mais le meilleur de nous se gare

Et fuit les mots matériels ;

Un simple et doux élan muet

Mieux que tout verbe amarre
Notre bonheur à son vrai ciel :

Celui de ton âme, à deux genoux,

Tout simplement, devant la mienne,

Et de mon âme, à deux genoux,

Très doucement, devant la tienne.

Dis-moi, Ma Simple Et Ma Tranquille Amie

Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie,

Dis, combien l’absence, même d’un jour,

Attriste et attise l’amour ,

Et le réveille, en ses brûlures endormies ?
Je m’en vais au-devant de ceux

Qui reviennent des lointains merveilleux

Où, dès l’aube, tu es allée ;

Je m’assieds sous un arbre, au détour de l’allée ;

Et, sur la route, épiant leur venue,

Je regarde et regarde, avec ferveur, leurs yeux

Encor clairs de t’avoir vue.
Et je voudrais baiser leurs doigts qui t’ont touchée,

Et leur crier des mots qu’ils ne comprendraient pas,

Et j’écoute longtemps se cadencer leur pas

Vers l’ombre où les vieux soirs tiennent la nuit penchée.