Mois D’août

Par les branches désordonnées

Le coin d’étang est abrité,

Et là poussent en liberté

Campanules et graminées.

Caché par le tronc d’un sapin,

J’y vais voir, quand midi flamboie,

Les petits oiseaux, pleins de joie,

Se livrer au plaisir du bain.

Aussi vifs que des étincelles,

Ils sautillent de l’onde au sol,

Et l’eau, quand ils prennent leur vol,

Tombe en diamants de leurs ailes.

Mais mon cœur, lassé de souffrir,

En les admirant les envie,

Eux qui ne savent de la vie

Que chanter, aimer et mourir !

Mois D’avril

Lorsqu’un homme n’a pas d’amour,

Rien du printemps ne l’intéresse ;

Il voit même sans allégresse,

Hirondelles, votre retour ;

Et, devant vos troupes légères

Qui traversent le ciel du soir,

Il songe que d’aucun espoir

Vous n’êtes pour lui messagères.

Chez moi ce spleen a trop duré,

Et quand je voyais dans les nues

Les hirondelles revenues,

Chaque printemps, j’ai bien pleuré.

Mais depuis que toute ma vie

A subi ton charme subtil,

Mignonne, aux promesses d’Avril

Je m’abandonne et me confie.

Depuis qu’un regard bien-aimé

A fait refleurir tout mon être,

Je vous attends à ma fenêtre,

Chères voyageuses de Mai.

Venez, venez vite, hirondelles,

Repeupler l’azur calme et doux,

Car mon désir qui va vers vous

S’accuse de n’avoir pas d’ailes.

Mois De Décembre

Le hibou parmi les décombres

Hurle, et Décembre va finir ;

Et le douloureux souvenir

Sur ton cœur jette encor ses ombres.

Le vol de ces jours que tu nombres,

L’aurais-tu voulu retenir ?

Combien seront, dans l’avenir,

Brillants et purs ; et combien, sombres ?

Laisse donc les ans s’épuiser.

Que de larmes pour un baiser,

Que d’épines pour une rose !

Le temps qui s’écoule fait bien ;

Et mourir ne doit être rien,

Puisque vivre est si peu de chose.

Mois De Février

Hélas ! dis-tu, la froide neige

Recouvre le sol et les eaux ;

Si le bon Dieu ne les protège,

Le printemps n’aura plus d’oiseaux !

Rassure-toi, tendre peureuse ;

Les doux chanteurs n’ont point péri.

Sous plus d’une racine creuse

Ils ont un chaud et sûr abri.

Là, se serrant l’un contre l’autre

Et blottis dans l’asile obscur,

Pleins d’un espoir pareil au nôtre,

Ils attendent l’Avril futur ;

Et, malgré la bise qui passe

Et leur jette en vain ses frissons,

Ils répètent à voix très basse

Leurs plus amoureuses chansons.

Ainsi, ma mignonne adorée,

Mon cœur où rien ne remuait,

Avant de t’avoir rencontrée,

Comme un sépulcre était muet ;

Mais quand ton cher regard y tombe,

Aussi pur qu’un premier beau jour,

Tu fais jaillir de cette tombe

Tout un essaim de chants d’amour.

Mois De Janvier

Songes-tu parfois, bien-aimée,

Assise près du foyer clair,

Lorsque sous la porte fermée

Gémit la bise de l’hiver,

Qu’après cette automne clémente,

Les oiseaux, cher peuple étourdi,

Trop tard, par un jour de tourmente,

Ont pris leur vol vers le Midi ;

Que leurs ailes, blanches de givre,

Sont lasses d’avoir voyagé ;

Que sur le long chemin à suivre

Il a neigé, neigé, neigé ;

Et que, perdus dans la rafale,

Ils sont là, transis et sans voix,

Eux dont la chanson triomphale

Charmait nos courses dans les bois ?

Hélas ! comme il faut qu’il en meure

De ces émigrés grelottants !

Y songes-tu ? Moi, je les pleure,

Nos chanteurs du dernier printemps.

Tu parles, ce soir où tu m’aimes,

Des oiseaux du prochain Avril ;

Mais ce ne seront plus les mêmes,

Et ton amour attendra-t-il ?

Mois De Juillet

Le ciel flambe et la terre fume,

La caille frémit dans le blé ;

Et, par un spleen lourd accablé,

Je dévore mon amertume.

Sous l’implacable Thermidor

Souffre la nature immobile ;

Et dans le regret et la bile

Mon chagrin s’aigrit plus encor.

Crève donc, cœur trop gonflé, crève,

Cœur sans courage et sans raison,

Qui ne peux vomir ton poison

Et ne peux oublier ton rêve !

Par cet insultant jour d’été,

Cœur torturé d’amour, éclate !

Et que, de ta fange écarlate

Me voyant tout ensanglanté,

Ainsi que l’apostat antique,

Avec un blasphème impuissant,

Je jette à pleines mains mon sang

A ce grand soleil ironique !

Mois De Juin

Dans cette vie ou nous ne sommes

Que pour un temps si tôt fini,

L’instinct des oiseaux et des hommes

Sera toujours de faire un nid ;

Et d’un peu de paille ou d’argile

Tous veulent se construire, un jour,

Un humble toit, chaud et fragile,

Pour la famille et pour l’amour.

Par les yeux d’une fille d’Ève

Mon cœur profondément touché

Avait fait aussi ce doux rêve

D’un bonheur étroit et caché.

Rempli de joie et de courage,

A fonder mon nid je songeais ;

Mais un furieux vent d’orage

Vient d’emporter tous mes projets ;

Et sur mon chemin solitaire

Je vois, triste et le front courbé,

Tous mes espoirs brisés à terre

Comme les œufs d’un nid tombé.

Mois De Mars

Parfois un caprice te prend,

Méchante amie, et tu me boudes,

Et sur le balcon tu t’accoudes

Malgré l’eau qui tombe à torrent.

Mais, vois-tu ! Mars, avec ses grêles

A qui succède un gai soleil,

Chère boudeuse, est tout pareil

A nos fugitives querelles.

Tels ces oiseaux, pauvres petits,

Sous ce fronton, pendant l’averse,

Et telle ta bouche perverse

Où des sourires sont blottis.

Vienne un rayon, et, la première,

Tu tourneras vers moi les yeux,

Et les oiselets tout joyeux

S’envoleront dans la lumière.

Mois De Novembre

Captif de l’hiver dans ma chambre

Et las de tant d’espoirs menteurs,

Je vois dans un ciel de novembre,

Partir les derniers migrateurs.

Ils souffrent bien sous cette pluie ;

Mais, au pays ensoleillé,

Je songe qu’un rayon essuie

Et réchauffe l’oiseau mouillé.

Mon âme est comme une fauvette

Triste sous un ciel pluvieux ;

Le soleil dont sa joie est faite

Est le regard de deux beaux yeux ;

Mais loin d’eux elle est exilée ;

Et, plus que ces oiseaux, martyr,

Je ne puis prendre ma volée

Et n’ai pas le droit de partir.

Mois De Septembre

Après ces cinq longs mois que j’ai passés loin d’elle,

J’interroge mon cœur ; il est resté fidèle.

En Mai, dans la jeunesse exquise du printemps,

J’ai souffert en songeant à ses beaux dix-sept ans.

Quand la nature, en Juin, de roses était pleine,

J’ai souffert en songeant à sa suave haleine.

En Juillet, quand la nuit peuplait d’astres les cieux,

J’ai souffert en songeant à l’éclat de ses yeux.

Août a flambé, Septembre enfin mûrit la vigne,

Sans que mon triste cœur s’apaise et se résigne.

Toujours son souvenir a le même pouvoir,

Et je n’ai qu’à fermer les yeux pour la revoir.

Mois D’octobre

Avant que le froid glace les ruisseaux

Et voile le ciel de vapeurs moroses,

Écoute chanter les derniers oiseaux,

Regarde fleurir les dernières roses.

Octobre permet un moment encor

Que dans leur éclat les choses demeurent ;

Son couchant de pourpre et ses arbres d’or

Ont le charme pur des beautés qui meurent.

Tu sais que cela ne peut pas durer,

Mon cœur ! mais, malgré la saison plaintive,

Un moment encor tâche d’espérer

Et saisis du moins l’heure fugitive.

Bâtis en Espagne un dernier château,

Oubliant l’hiver, qui frappe à nos portes

Et vient balayer de son dur râteau

Les espoirs brisés et les feuilles mortes.