Skip to content

Recueil : Les névroses

Violette

De violette et de cinname, De corail humide et rosé, De marbre vif, d’ombre et de flamme Est suavement composé Ton joli petit corps de femme. Pour mon amour qui te réclame Ton reproche vite apaisé Est ce qu’est pour la brise un blâme De violette. Ton savoir a toute…

Villanelle Du Diable

À Théodore de Banville. L’Enfer brûle, brûle, brûle. Ricaneur au timbre clair, Le Diable rôde et circule. Il guette, avance ou recule En zigzags, comme l’éclair ; L’Enfer brûle, brûle, brûle. Dans le bouge et la cellule, Dans les caves et dans l’air Le Diable rôde et circule. Il se…

Un Bohème

Toujours la longue faim me suit comme un recors ; La ruelle sinistre est mon seul habitacle ; Et depuis si longtemps que je traîne mes cors, J’accroche le malheur et je bute à l’obstacle. Paris m’étale en vain sa houle et ses décors : Je vais sourd à tout…

Les Étoiles Bleues

Sonnet. Au creux de mon abîme où se perd toute sonde, Maintenant, jour et nuit, je vois luire deux yeux, Amoureux élixirs de la flamme et de l’onde, Reflets changeants du spleen et de l’azur des cieux. Ils sont trop singuliers pour être de ce monde, Et pourtant ces yeux…

Les Frissons

À Albert Wolff. De la tourterelle au crapaud, De la chevelure au drapeau, À fleur d’eau comme à fleur de peau Les frissons courent : Les uns furtifs et passagers, Imperceptibles ou légers, Et d’autres lourds et prolongés Qui vous labourent. Le vent par les temps bruns ou clairs Engendre…

Les Larmes Du Monde

À la mémoire de mon frère Émile Rollinat. Dans les yeux de l’Humanité La Douleur va mirer ses charmes. Tous nos rires, tous nos vacarmes Sanglotent leur inanité ! En vain l’orgueil et la santé Sont nos boucliers et nos armes, Dans les yeux de l’Humanité La Douleur va mirer…

Les Parfums

À Georges Lorin. Un parfum chante en moi comme un air obsédant : Tout mon corps se repaît de sa moindre bouffée, Et je crois que j’aspire une haleine de fée, Qu’il soit proche ou lointain, qu’il soit vague ou strident. Fils de l’air qui les cueille ou bien qui…

Les Plaintes

À Charles Keller. Venus des quatre coins de l’horizon farouche, De la cime des pics et du fond des remous, Les aquilons rageurs sont d’invisibles fous Qui fouettent sans lanière et qui hurlent sans bouche. Les ruisseaux n’ont jamais que des bruits susurreurs Dans leur tout petit lit qui serpente…

Les Reflets

À André Gill. Mon œil halluciné conserve en sa mémoire Les reflets de la lune et des robes de moire, Les reflets de la mer et ceux des cierges blancs Qui brûlent pour les morts près des rideaux tremblants. Oui, pour mon œil épris d’ombre et de rutilance, Ils ont…

Les Vierges

À Paul Eudel. Le cœur des vierges de vingt ans Est inquiet comme la feuille, Et tout leur corps aspire et cueille Les confidences du Printemps. Le jour, aux parfums excitants Du lilas et du chèvrefeuille, Le cœur des vierges de vingt ans Est inquiet comme la feuille. Le soir,…

Les Yeux

Partout je les évoque et partout je les vois, Ces yeux ensorceleurs si mortellement tristes. Oh ! comme ils défiaient tout l’art des coloristes, Eux qui mimaient sans geste et qui parlaient sans voix ! Yeux lascifs, et pourtant si noyés dans l’extase, Si friands de lointain, si fous d’obscurité…

Les Yeux Bleus

Tes yeux bleus comme deux bluets Me suivaient dans l’herbe fanée Et près du lac aux joncs fluets Où la brise désordonnée Venait danser des menuets. Chère Ange, tu diminuais Les ombres de ma destinée, Lorsque vers moi tu remuais Tes yeux bleus. Mes spleens, tu les atténuais, Et ma…

L’espérance

L’Espérance est un merle blanc Dont nous sommes la triste haie : Elle voltige sur la plaie Et siffle au bord du cœur tremblant. Mais son vol n’est qu’un faux semblant ; Sa sérénade n’est pas vraie. L’Espérance est un merle blanc Dont nous sommes la triste haie. Et tandis…

L’habitude

La goutte d’eau de l’Habitude Corrode notre liberté Et met sur notre volonté La rouille de la servitude. Elle infiltre une quiétude Pleine d’incuriosité : La goutte d’eau de l’Habitude Corrode notre liberté. Qui donc fertilise l’étude Et fait croupir l’oisiveté ? Qui donc endort l’adversité Et moisit la béatitude…