Quand Je Suis Vingt Ou Trente Mois

Quand je suis vingt ou trente mois

Sans retourner en Vendômois,

Plein de pensées vagabondes,

Plein d’un remords et d’un souci,

Aux rochers je me plains ainsi,

Aux bois, aux antres et aux ondes.
Rochers, bien que soyez âgés

De trois mil ans, vous ne changez

Jamais ni d’état ni de forme ;

Mais toujours ma jeunesse fuit,

Et la vieillesse qui me suit,

De jeune en vieillard me transforme.
Bois, bien que perdiez tous les ans

En l’hiver vos cheveux plaisants,

L’an d’après qui se renouvelle,

Renouvelle aussi votre chef ;

Mais le mien ne peut derechef

R’avoir sa perruque nouvelle.
Antres, je me suis vu chez vous

Avoir jadis verts les genoux,

Le corps habile, et la main bonne ;

Mais ores j’ai le corps plus dur,

Et les genoux, que n’est le mur

Qui froidement vous environne.
Ondes, sans fin vous promenez

Et vous menez et ramenez

Vos flots d’un cours qui ne séjourne ;

Et moi sans faire long séjour

Je m’en vais, de nuit et de jour,

Au lieu d’où plus on ne retourne.
Si est-ce que je ne voudrois

Avoir été rocher ou bois

Pour avoir la peau plus épaisse,

Et vaincre le temps emplumé ;

Car ainsi dur je n’eusse aimé

Toi qui m’as fait vieillir, Maîtresse.

Verson Ces Roses Pres Ce Vin

Verson ces roses pres ce vin,

De ce vin verson ces roses,

Et boyvon l’un à l’autre, afin

Qu’au coeur noz tristesses encloses

Prennent en boyvant quelque fin.
La belle Rose du Printemps

Aubert, admoneste les hommes

Passer joyeusement le temps,

Et pendant que jeunes nous sommes

Esbatre la fleur de noz ans.
Tout ainsi qu’elle défleurit

Fanie en une matinée,

Ainsi nostre âge se flestrit,

Làs ! et en moins d’une journée

Le printemps d’un homme perit.
Ne veis-tu pas hier Brinon

Parlant, et faisant bonne chere,

Qui làs ! aujourd’huy n’est sinon

Qu’un peu de poudre en une biere,

Qui de luy n’a rien que le nom ?
Nul ne desrobe son trespas,

Caron serre tout en sa nasse,

Rois et pauvres tombent là bas :

Mais ce-pendant le temps se passe

Rose, et je ne te chante pas.
La Rose est l’honneur d’un pourpris,

La Rose est des fleurs la plus belle,

Et dessus toutes a le pris :

C’est pour cela que je l’appelle

La violette de Cypris.
La Rose est le bouquet d’Amour,

La Rose est le jeu des Charites,

La Rose blanchit tout au tour

Au matin de perles petites

Qu’elle emprunte du Poinct du jour.
La Rose est le parfum des Dieux,

La Rose est l’honneur des pucelles,

Qui leur sein beaucoup aiment mieux

Enrichir de Roses nouvelles,

Que d’un or, tant soit precieux.
Est-il rien sans elle de beau ?

La Rose embellit toutes choses,

Venus de Roses a la peau,

Et l’Aurore a les doigts de Roses,

Et le front le Soleil nouveau.
Les Nymphes de Rose ont le sein,

Les coudes, les flancs et les hanches :

Hebé de Roses a la main,

Et les Charites, tant soient blanches,

Ont le front de Roses tout plein.
Que le mien en soit couronné,

Ce m’est un Laurier de victoire :

Sus, appellon le deux-fois-né,

Le bon pere, et le fàison boire

De ces Roses environné.
Bacchus espris de la beauté

Des Roses aux fueilles vermeilles,

Sans elles n’a jamais esté,

Quand en chemise sous les treilles

Beuvoit au plus chaud de l’Esté.

Versons Ces Roses Près Ce Vin

Verson ces roses pres ce vin,
De ce vin verson ces roses,
Et boyvon l’un à l’autre, afin
Qu’au coeur noz tristesses encloses
Prennent en boyvant quelque fin.

La belle Rose du Printemps
Aubert, admoneste les hommes
Passer joyeusement le temps,
Et pendant que jeunes nous sommes
Esbatre la fleur de noz ans.

Tout ainsi qu’elle défleurit
Fanie en une matinée,
Ainsi nostre âge se flestrit,
Làs ! et en moins d’une journée
Le printemps d’un homme perit.

Ne veis-tu pas hier Brinon
Parlant, et faisant bonne chere,
Qui làs ! aujourd’huy n’est sinon
Qu’un peu de poudre en une biere,
Qui de luy n’a rien que le nom ?

Nul ne desrobe son trespas,
Caron serre tout en sa nasse,
Rois et pauvres tombent là bas :
Mais ce-pendant le temps se passe
Rose, et je ne te chante pas.

La Rose est l’honneur d’un pourpris,
La Rose est des fleurs la plus belle,
Et dessus toutes a le pris :
C’est pour cela que je l’appelle
La violette de Cypris.

La Rose est le bouquet d’Amour,
La Rose est le jeu des Charites,
La Rose blanchit tout au tour
Au matin de perles petites
Qu’elle emprunte du Poinct du jour.

La Rose est le parfum des Dieux,
La Rose est l’honneur des pucelles,
Qui leur sein beaucoup aiment mieux
Enrichir de Roses nouvelles,
Que d’un or, tant soit precieux.

Est-il rien sans elle de beau ?
La Rose embellit toutes choses,
Venus de Roses a la peau,
Et l’Aurore a les doigts de Roses,
Et le front le Soleil nouveau.

Les Nymphes de Rose ont le sein,
Les coudes, les flancs et les hanches :
Hebé de Roses a la main,
Et les Charites, tant soient blanches,
Ont le front de Roses tout plein.

Que le mien en soit couronné,
Ce m’est un Laurier de victoire :
Sus, appellon le deux-fois-né,
Le bon pere, et le fàison boire
De ces Roses environné.

Bacchus espris de la beauté
Des Roses aux fueilles vermeilles,
Sans elles n’a jamais esté,
Quand en chemise sous les treilles
Beuvoit au plus chaud de l’Esté.

Mignonne, Allons Voir Si La Rose

A Cassandre
Mignonne, allons voir si la rose

Qui ce matin avoit desclose

Sa robe de pourpre au Soleil,

A point perdu ceste vesprée

Les plis de sa robe pourprée,

Et son teint au vostre pareil.
Las ! voyez comme en peu d’espace,

Mignonne, elle a dessus la place

Las ! las ses beautez laissé cheoir !

Ô vrayment marastre Nature,

Puis qu’une telle fleur ne dure

Que du matin jusques au soir !
Donc, si vous me croyez, mignonne,

Tandis que vostre âge fleuronne

En sa plus verte nouveauté,

Cueillez, cueillez vostre jeunesse :

Comme à ceste fleur la vieillesse

Fera ternir vostre beauté.

Ô Fontaine Bellerie

Ô Fontaine Bellerie,

Belle fontaine chérie

De nos Nymphes, quand ton eau

Les cache au creux de ta source,

Fuyantes le Satyreau,

Qui les pourchasse à la course

Jusqu’au bord de ton ruisseau,
Tu es la Nymphe éternelle

De ma terre paternelle :

Pource en ce pré verdelet

Vois ton Poète qui t’orne

D’un petit chevreau de lait,

A qui l’une et l’autre corne

Sortent du front nouvelet.
L’Été je dors ou repose

Sur ton herbe, où je compose,

Caché sous tes saules verts,

Je ne sais quoi, qui ta gloire

Enverra par l’univers,

Commandant à la Mémoire

Que tu vives par mes vers.
L’ardeur de la Canicule

Ton vert rivage ne brûle,

Tellement qu’en toutes parts

Ton ombre est épaisse et drue

Aux pasteurs venant des parcs,

Aux boeufs las de la charrue,

Et au bestial épars.
Iô ! tu seras sans cesse

Des fontaines la princesse,

Moi célébrant le conduit

Du rocher percé, qui darde

Avec un enroué bruit

L’eau de ta source jasarde

Qui trépillante se suit.

Odelette

Pourtant, si j’ai le chef plus blanc

Que n’est d’un lis la fleur éclose,

Et toi le visage plus franc

Que n’est le bouton d’une rose
Pour cela, cruelle, il ne faut

Fuir ainsi ma tête blanche ;

Si j’ai la tête blanche en haut,

J’ai en bas la queue bien franche.
Ne sais-tu pas, toi qui me fuis,

Que pour bien faire une couronne,

Ou quelque beau bouquet, d’un lis

Toujours la rose on environne ?

Odelette À Une Jeune Maîtresse

Pourquoi, comme une jeune Poutre,

De travers guignes-tu vers moi ?

Pourquoi, farouche, fuis-tu outre,

Quand je veux approcher de toi ?
Tu ne veux pas que l’on te touche,

Mais si je t’avais sous ma main,

Assure-toi que dans la bouche

Bientôt je t’aurais mis le frein.
Puis, te voltant à toute bride,

Soudain je te ferais au cours,

Et te piquant, serais ton guide

Dans la carrière des Amours.
Mais par l’herbe tu ne fais ore

Que suivre des prés la fraîcheur,

Parce que tu n’as point encore

Trouvé quelque bon chevaucheur.

J’ai L’esprit Tout Ennuyé

J’ai l’esprit tout ennuyé

D’avoir trop étudié

Les Phénomènes d’Arate ;

Il est temps que je m’ébatte

Et que j’aille aux champs jouer.

Bons Dieux ! qui voudrait louer

Ceux qui, collés sus un livre,

N’ont jamais souci de vivre ?
Que nous sert l’étudier,

Sinon de nous ennuyer ?

Et soin dessus soin accroître

A nous, qui serons peut-être

Ou ce matin, ou ce soir

Victime de l’Orque noir ?

De l’Orque qui ne pardonne,

Tant il est fier, à personne.
Corydon, marche devant ;

Sache où le bon vin se vend ;

Fais rafraîchir la bouteille,

Cherche une feuilleuse treille

Et des fleurs pour me coucher.

Ne m’achète point de chair,

Car, tant soit-elle friande,

L’été je hais la viande ;
Achète des abricots,

Des pompons, des artichauts,

Des fraises et de la crème

C’est en été ce que j’aime,

Quand, sur le bord d’un ruisseau,

Je les mange au bruit de l’eau,

Etendu sur le rivage

Ou dans un antre sauvage.
Ores que je suis dispos,

Je veux rire sans repos,

De peur que la maladie

Un de ces jours ne me die,

Me happant à l’impourvu :

 » Meurs, galant, c’est trop vécu ! « 

Contre Denise Sorcière

L’inimitié que je te porte,

Passe celle, tant elle est forte,

Des aigneaux et des loups,

Vieille sorcîere deshontée,

Que les bourreaux ont fouëttée

Te honnissant de coups.
Tirant apres toy une presse

D’hommes et de femmes espesse,

Tu monstrois nud le flanc,

Et monstrois nud parmy la rue

L’estomac, et l’espaule nue

Rougissante de sang.
Mais la peine fut bien petite,

Si Ion balance ton merite :

Le Ciel ne devoit pas

Pardonner à si lasche teste,

Ains il devoit de sa tempeste

L’acravanter à bas.
La Terre mere encor pleurante

Des Geans la mort violante

Bruslez du feu des cieux,

(Te laschant de son ventre à peine)

T’engendra, vieille, pour la haine

Qu’elle portait aux Dieux.
Tu sçais que vaut mixtionnée

La drogue qui nous est donnée

Des pays chaleureux,

Et en quel mois, en quelles heures

Les fleurs des femmes sont meilleures

Au breuvage amoureux.
Nulle herbe, soit elle aux montagnes,

Ou soit venimeuse aux campagnes,

Tes yeux sorciers ne fuit,

Que tu as mille fois coupée

D’une serpe d’airain courbée,

Beant contre la nuit.
Le soir, quand la Lune fouëtte

Ses chevaux par la nuict muette,

Pleine de rage, alors

Voilant ta furieuse teste

De la peau d’une estrange beste

Tu t’eslances dehors.
Au seul soufler de son haleine

Les chiens effroyez par la plaine

Aguisent leurs abois :

Les fleuves contremont reculent,

Les loups effroyablement hurlent

Apres toy par les bois.
Adonc par les lieux solitaires,

Et par l’horreur des cimetaires

Où tu hantes le plus,

Au son des vers que tu murmures

Les corps des morts tu des-emmures

De leurs tombeaux reclus.
Vestant de l’un l’image vaine

Tu viens effroyer d’une peine

(Rebarbotant un sort)

Quelque veufve qui se tourmente,

Ou quelque mere qui lamente

Son seul heritier mort.
Tu fais que la Lune enchantée

Marche par l’air toute argentée,

Luy dardant d’icy bas

Telle couleur aux jouës palles,

Que le son de mille cymbales

Ne divertirait pas.
Tu es la frayeur du village :

Chacun craignant ton sorcelage

Te ferme sa maison,

Tremblant de peur que tu ne taches

Ses boeufs, ses moutons et ses vaches

Du just de ta poison.
J’ay veu souvent ton oeil senestre,

Trois fois regardant de loin paistre

La guide du troupeau,

L’ensorceler de telle sorte,

Que tost apres je la vy morte

Et les vers sur la peau.
Comme toy, Medée exécrable

Fut bien quelquefois profitable :

Ses venins ont servy,

Reverdissant d’Eson l’escorce :

Au contraire, tu m’as par force

Mon beau printemps ravy.
Dieux ! si là haut pitié demeure,

Pour récompense qu’elle meure,

Et ses os diffamez

Privez d’honneur de sépulture,

Soient des oiseaux goulus pasture,

Et des chiens affamez.

À Cupidon

Le jour pousse la nuit,

Et la nuit sombre

Pousse le jour qui luit

D’une obscure ombre.
L’Autonne suit l’Esté,

Et l’aspre rage

Des vents n’a point esté

Apres l’orage.
Mais la fièvre d’amours

Qui me tourmente,

Demeure en moy tousjours,

Et ne s’alente.
Ce n’estoit pas moy, Dieu,

Qu’il falloit poindre,

Ta fleche en autre lieu

Se devoit joindre.
Poursuy les paresseux

Et les amuse,

Mais non pas moy, ne ceux

Qu’aime la Muse.
Helas, delivre moy

De ceste dure,

Qui plus rit, quand d’esmoy

Voit que j’endure.
Redonne la clarté

A mes tenebres,

Remets en liberté

Mes jours funebres.
Amour sois le support

De ma pensée,

Et guide à meilleur port

Ma nef cassée.
Tant plus je suis criant

Plus me reboute,

Plus je la suis priant

Et moins m’escoute.
Ne ma palle couleur

D’amour blesmie

N’a esmeu à douleur

Mon ennemie.
Ne sonner à son huis

De ma guiterre,

Ny pour elle les nuis

Dormir à terre.
Plus cruel n’est l’effort

De l’eau mutine

Qu’elle, lors que plus fort

Le vent s’obstine.
Ell’ s’arme en sa beauté,

Et si ne pense

Voir de sa cruauté

La récompense.
Monstre toy le veinqueur,

Et d’elle enflame

Pour exemple le coeur

De telle flame,
Qui la soeur alluma

Trop indiscrete,

Et d’ardeur consuma

La Royne en Crete.

À La Forêt De Gastine

Couché sous tes ombrages verts,

Gastine, je te chante

Autant que les Grecs, par leurs vers

La forêt d’Érymanthe :
Car, malin, celer je ne puis

À la race future

De combien obligé je suis

À ta belle verdure,
Toi qui, sous l’abri de tes bois,

Ravi d’esprit m’amuses ;

Toi qui fais qu’à toutes les fois

Me répondent les Muses ;
Toi par qui de l’importun soin

Tout franc je me délivre,

Lorsqu’en toi je me perds bien loin,

Parlant avec un livre.
Tes bocages soient toujours pleins

D’amoureuses brigades

De Satyres et de Sylvains,

La crainte des Naïades !
En toi habite désormais

Des Muses le collège,

Et ton bois ne sente jamais

La flamme sacrilège !