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Recueil : Les Pieds Sur Les Chenets

Pour Ignace Paderewski

Maître, quand j’entendis, de par tes doigts magiques, Vibrer ce grand Nocturne, à des bruits d’or pareil ; Quand j’entendis, en un sonore et pur éveil, Monter sa voix, parfum des astrales musiques ; Je crus que, revivant ses rythmes séraphiques Sous l’éclat merveilleux de quelque bleu soleil, En toi,…

Rêves Enclos

Enfermons-nous mélancoliques Dans le frisson tiède des chambres, Où les pots de fleurs des septembres Parfument comme des reliques. Tes cheveux rappellent les ambres Du chef des vierges catholiques Aux vieux tableaux des basiliques, Sur les ors charnels de tes membres. Ton clair rire d’émail éclate Sur le vif écrin…

Rondel À Ma Pipe

Les pieds sur les chenets de fer Devant un bock, ma bonne pipe, Selon notre amical principe Rêvons à deux, ce soir d’hiver. Puisque le ciel me prend en grippe (N’ai-je pourtant assez souffert ?) les pieds sur les chenets, ma pipe. Preste, la mort que j’anticipe Va me tirer…

Soir D’hiver

Ah ! comme la neige a neigé ! Ma vitre est un jardin de givre. Ah ! comme la neige a neigé ! Qu’est-ce que le spasme de vivre À la douleur que j’ai, que j’ai. Tous les étangs gisent gelés, Mon âme est noire ! où-vis-je? où vais-je ?…

Soirs D’octobre

— Oui, je souffre, ces soirs, démons mornes, chers Saints. — On est ainsi toujours au soupçon des Toussaints. — Mon âme se fait dune à funèbres hantises. — Ah ! Donne-moi ton front, que je calme tes crises. — Que veux-tu ? je suis tel, je suis tel dans…

Violon D’adieu

Vous jouiez Mendelssohn ce soir-là ; les flammèches Valsaient dans l’âtre clair, cependant qu’au salon Un abat-jour mêlait en ondulement long Ses rêves de lumière au châtain de nos mèches. Et tristes, comme un bruit frissonnant de fleurs sèches Éparses dans le vent vespéral du vallon, Les notes sanglotaient sur…

Lied Fantasque

Casqués de leurs shakos de riz, Vieux de la vieille au mousquet noir, Les hauts toits, dans l’hivernal soir, Montent la consigne à Paris. Les spectres sur le promenoir S’ébattent en défilés gris. Restons en intime pourpris, Comme cela, sans dire ou voir. Pose immobile la guitare, Gretchen, ne distrait…

Five O’clock

Comme Liszt se dit triste au piano voisin ! Le givre a ciselé de fins vases fantasques, Bijoux d’orfèvrerie, orgueils de Cellini, Aux vitres du boudoir dont l’embrouillamini Désespère nos yeux de ses folles bourrasques. Comme Haydn est triste au piano voisin ! Ne sors pas ! Voudrais-tu défier les…

Frisson D’hiver

Les becs de gaz sont presque clos : Chauffe mon cœur dont les sanglots S’épanchent dans ton cœur par flots, Gretchen ! Comme il te dit de mornes choses, Ce clavecin de mes névroses, Rythmant le deuil hâtif des roses, Gretchen ! Prends-moi le front, prends-moi les mains, Toi, mon…

Hiver Sentimental

Loin de vitres ! Clairs yeux dont je bois les liqueurs Et ne vus souillez pas à contempler les plèbes. Des gels norvégiens métallisent les glèbes, Que le froid des hivers nous réchauffe les cœurs ! Tels des guerriers pleurant les ruines de Thèbes, Ma mie, ainsi toujours courtisons nos…