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Recueil : Les Poèmes de Provence

Un Cimetière

Au versant d’un coteau, par-dessus des murs bas, Tout le champ apparaît, et l’on ne croirait pas, Tant les cyprès (dont bien des bastides sont closes) Sont charmants, tant la joie éclate dans les choses, Que ce soit là le sol où les morts sont couchés. Les cyprès par instants,…

Marseille

La ville c’est le port, où tout s’agite et crie, Où la voile gaîment revient se reployer ; Le quai, seuil de la mer et seuil de la patrie, Première marche, sûre et large, du foyer. Venez là, sur ce quai : là, vous verrez Marseille ; On respire l’odeur…

Mignon

 » Connais-tu le pays où fleurit l’oranger ?  » Ainsi chante Mignon sous un ciel étranger, Les yeux vers l’horizon immense. Elle voit en esprit ce que nomme son chant, Et quand le dernier mot se meurt, triste et touchant, La vierge aux grands yeux recommence. Je l’écoute chanter et…

Nice

Nice, trop petite naguère, S’agrandit, libre de tout mur, Ni port marchand, ni port de guerre, Toute blanche au bord de l’azur. Nice a pour orgueil d’être blanche Dès que luit le soleil levant ; Les vaisseaux vont à Villefranche Qui veulent s’abriter du vent. Son quai nouveau n’est que…

Nuits D’été

La nuit vient d’effacer les formes sur la terre ; Mon cœur, plein de cette ombre où flotte le mystère, Soupire, tout chargé de tristesse et d’espoir ; D’où vient ce triste espoir, nuits d’été, qu’en silence Sous le ciel constellé le vent du sud balance, Et que le jour…

Retour Par Mer

On carguait lentement les lourdes voiles rondes Qui poussaient le vaisseau sous les vents réguliers, Et l’Occident brisait ses flèches moribondes Sur leurs rondeurs s’offrant comme des boucliers. Derrière nous l’effroi de l’infini, le large. La houle nous faisait un lent et doux roulis ; Nos dix vergues en croix…

Thestylis

Un dimanche matin, mettant la veste à bas, Les garçons, montrant nus les muscles de leurs bras, Jouent aux boules, ou bien, corps à corps, à la lutte. L’un, entouré d’enfants, se façonne une flûte, Et leur dit, abaissant et relevant les doigts, Comment du roseau creux sort une douce…

Toulon

La frégate retourne au port, voiles tendues, Et, pour mieux voir la côte aux falaises ardues, Je monte dans la hune où me suit un gabier. La vergue tremble; il court sur cet étroit sentier :  » J’y suis habitué, dit-il, mais prenez garde.  » Du haut de mon balcon…

Tout L’été

—  » Je suis la petite Cigale Qu’un rayon de soleil régale Et qui meurt quand elle a chanté Tout l’été.  » Tout l’été j’ai redit ma chanson coutumière : Mais la bise est venue : adieu l’azur vermeil ! Je fus l’âme des blés vibrant dans la lumière :…

L’âme Du Blé

En juin, on voit sortir de terre, germe obscur, Une larve bizarre et qu’étonne l’azur, Ayant l’aspect d’un ver et des rudiments d’ailes. Telles sont tout d’abord les cigales nouvelles. Mais bientôt, s’enfantant soi-même avec effort, De sa légère peau morte l’insecte sort, Frais, humide, étalant ses quatre ailes ouvertes,…

L’aire

Sur l’aire, dont on a brûlé l’herbe et les mousses Qui poussèrent, tout l’an, entre les briques rousses, Et dont un parapet décrépi fait le tour, Dès juillet, sous l’azur torride d’un beau jour, On étale l’amas des gerbes déliées, Et les pailles au loin brillent ensoleillées, S’enchevêtrant, croisant leurs…

Le Laurier Du Pays Natal

Ô Provence natale, et toi, Toulon, ma ville, Interrogeons-les tous, de Ronsard à Banville :  » Poètes, qu’êtes-vous ?  » et tous vont s’écrier :  » Des chercheurs qui vivons pour l’amour du laurier, Des marcheurs éternels, voilà ce que nous sommes, Et partout, dans les bois, sur les monts,…

Le Mal Du Pays

 » On sait mieux le français au pays de la neige : Éloignons cet enfant de nous, se dirent-ils ; Il faut que les garçons apprennent les exils.  » Et l’on m’envoya loin, à Mâcon, au collège. Oh ! comme je pleurais là-bas, pauvre petit ! Mes compagnons de classe…

Le Mistral

Ce vent, qui jette aux flots les galets de la grève, Pour sortir de son outre avec de longs cris sourds, Brusquement, sans attendre aucun ordre, la crève ! Lors il souffle par trois, par six et par neuf jours, Car Trois étant sacré pour les dieux et les mondes…

Le Puits

L’été hurle de soif ; la terre ardente éclate. Le lézard bâille et dort sous le pampre écarlate. Le chaume craque, l’ombre est nette sur le sol, Et, pour s’y reposer des chansons et du vol, L’alouette choisit une vigne encore verte. Les oliviers au loin dans la plaine déserte,…