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Recueil : Les poèmes dorés

Vénus, Étoile Du Soir

La nuit vient nous ravir en ses puissants arcanes ; L’ombre avec des frissons envahit les platanes; De légères vapeurs montent des chemins creux. Les vieillards sont assis, et les voix alternées Sous le feuillage obscur se perdent égrenées. C’est l’heure où l’esprit rêve, heureux ou malheureux. Le crépuscule expire…

Théra

Cette outre en peau de chèvre, ô buveur, est gonflée De l’esprit éloquent des vignes que Théra, Se tordant sur les flots, noire, déchevelée, Étendit au puissant soleil qui les dora. Théra ne s’orne plus de myrtes ni d’yeuses, Ni de la verte absinthe agréable aux troupeaux. Depuis que, remplissant…

Marine

Sous les molles pâleurs qui voilaient en silence La falaise, la mer et le sable, dans l’anse Les embarcations se réveillaient déjà. Du gouffre oriental le soleil émergea Et couvrit l’Océan d’une nappe embrasée. La dune au loin sourit, ondoyante et rosée. On voyait des éclairs aux vitres des maisons.…

Les Sapins

On entend l’Océan heurter les promontoires; De lunaires clartés blêmissent le ravin Où l’homme perdu, seul, épars, se cherche en vain; Le vent du nord, sonnant dans les frondaisons noires. Sur les choses sans forme épand l’effroi divin. Paisibles habitants aux lentes destinées, Les grands sapins, pleins d’ombre et d’agrestes…

Les Choses De L’amour Ont De Profonds Secrets

Les choses de l’amour ont de profonds secrets. L’instinct primordial de l’antique Nature Qui mêlait les flancs nus dans le fond des forêts Trouble l’épouse encor sous sa riche ceinture; Et, savante en pudeur, attentive à nos lois. Elle garde le sang de l’Ève des grands bois.

Les Choses De L’amour

Les choses de l’amour ont de profonds secrets. L’instinct primordial de l’antique Nature Qui mêlait les flancs nus dans le fond des forêts Trouble l’épouse encor sous sa riche ceinture ; Et, savante en pudeur, attentive à nos lois. Elle garde le sang de l’Ève des grands bois.

Les Affinités

Le noir château, couvert de chiffres et d’emblèmes Et ceint des froides fleurs dormant sur les eaux blêmes, En un doux ciel humide effile ses toits bleus. Dans le parc, où jadis on vit flotter des fées, Les Nymphes, par le lierre en leur marbre étouffées. Méditent longuement leurs amours…

Les Cerfs

Aux vapeurs du matin, sous les fauves ramures Que le vent automnal emplit de longs murmures, Les rivaux, les deux cerfs luttent dans les halliers : Depuis l’heure du soir où leur fureur errante Les entraîna tous deux vers la biche odorante, Ils se frappent l’un l’autre à grands coups…

Les Arbres

Ô vous qui, dans la paix et la grâce fleuris, Animez et les champs et vos forêts natales. Enfants silencieux des races végétales. Beaux arbres, de rosée et de soleil nourris, La Volupté par qui toute race animée Est conçue et se dresse à la clarté du jour, La mère…

Âmes Obscures

Tout dans l’immuable Nature Est miracle aux petits enfants : Ils naissent, et leur âme obscure Éclôt dans des enchantements. Le reflet de cette magie Donne à leur regard un rayon. Déjà la belle illusion Excite leur frêle énergie. L’inconnu, l’inconnu divin, Les baigne comme une eau profonde; On les…

Le Désir

Je sais la vanité de tout désir profane. À peine gardons-nous de tes amours défunts, Femme, ce que la fleur qui sur ton sein se fane Y laisse d’âme et de parfums. Ils n’ont, les plus beaux bras, que des chaînes d’argile, Indolentes autour du col le plus aimé ;…

Le Chêne Abandonné

Dans la tiède forêt que baigne un jour vermeil, Le grand chêne noueux, le père de la race, Penche sur le coteau sa rugueuse cuirasse Et, solitaire aïeul, se réchauffe au soleil. Du fumier de ses fils étouffés sous son ombre. Robuste, il a nourri ses siècles florissants. Fait bouillonner…

La Vision Des Ruines

Le fleuve qui, libre et tranquille, Traîne ses marnes et ses eaux Au milieu des pâles roseaux. Presse en ses bras une longue île, Qui semble un navire échoué Par quelque héroïque aventure, Perdant sa forme et sa nature. Dormeur à l’oubli dévoué. Le cri rauque et le vol des…

La Perdrix

Hélas! celle qui, jeune en la belle saison, Causa dans les blés verts une ardente querelle Et suivit le vainqueur ensanglanté pour elle, La compagne au bon cœur qui bâtit la maison Et nourrit les petits aux jours de la moisson, Vois : les chiens ont forcé sa retraite infidèle.…