Aline

J’ai vu sur la colline,
Pieds nus, cheveux au vent,
Aline
Qui s’en allait rêvant.

Les roses éphémères
Couronnaient son beau front.
Chimères
Qui s’évanouiront.

J’ai vu sur la colline,
Le sein tout palpitant,
Aline
Qui s’en allait chantant.

Riant de la rebelle,
Un soldat avait pris
La belle :
L’innocence a son prix.

J’ai vu sur la colline,
Son chagrin était grand !
Aline
Qui s’en allait pleurant.

Le soldat infidèle
Buvait, en vert galant,
Loin d’elle,
L’amour et le vin blanc.

J’ai vu sur la colline
Une fosse au printemps :
Aline
Y dormait pour longtemps.

Revint le mauvais hôte
Au seuil qu’il assiégea ;
Bien haute
L’herbe y poussait déjà.

De La Terre Au Ciel

Chanson.

Un rayon de soleil se brise
Sur la branche et sur les buissons.
Je m’assieds à l’ombre, où la brise
M’apporte parfums et chansons :

Parfum de la fraise rougie
Qui tremble sur le vert sentier ;
Chanson — palpitante élégie —
De l’oiseau sur le chêne altier ;

Parfum de la rose sauvage,
Doux trésor du pâtre amoureux ;
Chanson égayant le rivage,
Qui parle à tous les cœurs heureux :

Parfum de la source qui coule
Dans un lit de fleurs ombragé ;
Chanson du ramier qui roucoule,
Et me chante l’amour que j’ai ;

Parfum de l’herbe qui s’emperle
À la brume des soirs d’été ;
Chanson éclatante du merle,
Qui bat de l’aile en sa gaieté ;

Parfum de toute la nature,
Fleur, arôme, ambroisie et miel,
Chanson de toute créature,
Qui parle de la terre au ciel.

La Fontaine

Il est une claire fontaine,
Qui murmure nonchalamment
Non loin d’un cabaret flamand.

Le soir, dès que l’ombre incertaine
A jeté ses voiles flottants
Sur la vieille épaule du Temps ;

Quand l’abeille rentre à la ruche,
La Flamande portant sa cruche
Y va rêver à son amant.

Son amant, dans l’ombre incertaine,
Vient s’enivrer à la fontaine
Bien mieux qu’au cabaret flamand.