Prière Au Printemps

Toi qui fleuris ce que tu touches,

Qui, dans les bois, aux vieilles souches

Rends la vigueur,

Le sourire à toutes les bouches,

La vie au coeur ;
Qui changes la boue en prairies,

Sèmes d’or et de pierreries

Tous les haillons,

Et jusqu’au seuil des boucheries

Mets des rayons !
Ô printemps, alors que tout aime,

Que s’embellit la tombe même,

Verte au dehors,

Fais naître un renouveau suprême

Au coeur des morts !
Qu’ils ne soient pas les seuls au monde

Pour qui tu restes inféconde,

Saison d’amour !

Mais fais germer dans leur poussière

L’espoir divin de la lumière

Et du retour !

Scrupule

Je veux lui dire quelque chose,

Je ne peux pas ;

Le mot dirait plus que je n’ose,

Même tout bas.
D’où vient que je suis plus timide

Que je n’étais ?

Il faut parler, je m’y décide

Et je me tais.
Les aveux m’ont paru moins graves

A dix-huit ans ;

Mes lèvres ne sont plus si braves

Depuis longtemps.
J’ai peur, en sentant que je l’aime,

De mal sentir ;

Dans mes yeux une larme même

Pourrait mentir,
Car j’aurais beau l’y laisser naître

De bonne foi,

C’est quelque ancien amour peut-être

Qui pleure en moi.

Scrupule (i)

Je veux lui dire quelque chose,
Je ne peux pas ;
Le mot dirait plus que je n’ose,
Même tout bas.

D’où vient que je suis plus timide
Que je n’étais ?
Il faut parler, je m’y décide…
Et je me tais.

Les aveux m’ont paru moins graves
À dix-huit ans ;
Mes lèvres ne sont plus si braves
Depuis longtemps.

J’ai peur, en sentant que je l’aime,
De mal sentir ;
Dans mes yeux une larme même
Pourrait mentir,

Car j’aurais beau l’y laisser naître
De bonne foi,
C’est quelque ancien amour peut-être
Qui pleure en moi.

Silence Et Nuit Des Bois

Il est plus d’un silence, il est plus d’une nuit,Car chaque solitude a son propre mystère :Les bois ont donc aussi leur façon de se taireEt d’être obscurs aux yeux que le rêve y conduit.On sent dans leur silence errer l’âme du bruit,Et dans leur nuit filtrer des sables de lumière.Leur mystère est vivant : chaque homme à sa manièreSelon ses souvenirs l’éprouve et le traduit.La nuit des bois fait naître une aube de pensées ;Et, favorable au vol des strophes cadencées,Leur silence est ailé comme un oiseau qui dort.Et le coeur dans les bois se donne sans effort :Leur nuit rend plus profonds les regards qu’on y lance,Et les aveux d’amour se font de leur silence.

Soupir

Ne jamais la voir ni l’entendre,
Ne jamais tout haut la nommer,
Mais, fidèle, toujours l’attendre,
Toujours l’aimer.

Ouvrir les bras et, las d’attendre,
Sur le néant les refermer,
Mais encor, toujours les lui tendre,
Toujours l’aimer.

Ah ! Ne pouvoir que les lui tendre,
Et dans les pleurs se consumer,
Mais ces pleurs toujours les répandre,
Toujours l’aimer.

Ne jamais la voir ni l’entendre,
Ne jamais tout haut la nommer,
Mais d’un amour toujours plus tendre
Toujours l’aimer.

Un Exil

Je plains les exilés qui laissent derrière eux
L’amour et la beauté d’une amante chérie ;
Mais ceux qu’elle a suivis au désert sont heureux :
Ils ont avec la femme emporté la patrie.

Ils retrouvent le jour de leur pays natal
Dans la clarté des yeux qui leur sourient encor,
Et des champs paternels, sur un front virginal,
Les lis abandonnés recommencent d’éclore.

Le ciel quitté les suit sous les nouveaux climats ;
Car l’amante a gardé, dans l’âme et sur la bouche,
Un fidèle reflet des soleils de là-bas
Et les anciennes nuits pour la nouvelle couche.

Je ne plains point ceux-là ; ceux-là n’ont rien perdu :
Ils vont, les yeux ravis et les mains parfumées
D’un vivant souvenir ! Et tout leur est rendu,
Saisons, terre et famille, au sein des bien-aimées.

Je plains ceux qui, partant, laissent, vraiment bannis,
Tout ce qu’ils possédaient sur terre de céleste !
Mais plus encor, s’il n’a dans son propre pays
Point d’amante à pleurer, je plains celui qui reste.

Ah ! Jour et nuit chercher dans sa propre maison
Cet être nécessaire, une amante chérie !
C’est plus de solitude avec moins d’horizon ;
Oui, c’est le pire exil, l’exil dans la patrie.

Et ni le ciel, ni l’air, ni le lis virginal,
Ni le champ paternel, n’en guérissent la peine :
Au contraire, l’amour tendre du sol natal
Rend l’absente plus douce au cœur et plus lointaine.

Les Stalactites

J’aime les grottes où la torche

Ensanglante une épaisse nuit,

Où l’écho fait, de porche en porche,

Un grand soupir du moindre bruit.
Les stalactites à la voûte

Pendent en pleurs pétrifiés

Dont l’humidité, goutte à goutte,

Tombe lentement à mes pieds.
Il me semble qu’en ces ténèbres

Règne une douloureuse paix ;

Et devant ces longs pleurs funèbres

Suspendus sans sécher jamais,
Je pense aux âmes affligées

Où dorment d’anciennes amours :

Toutes les larmes sont figées,

Quelque chose y pleure toujours.

Les Vieilles Maisons

Je n’aime pas les maisons neuves :
Leur visage est indifférent ;
Les anciennes ont l’air de veuves
Qui se souviennent en pleurant.

Les lézardes de leur vieux plâtre
Semblent les rides d’un vieillard ;
Leurs vitres au reflet verdâtre
Ont comme un triste et bon regard !

Leurs portes sont hospitalières,
Car ces barrières ont vieilli ;
Leurs murailles sont familières
À force d’avoir accueilli.

Les clés s’y rouillent aux serrures,
Car les cœurs n’ont plus de secrets ;
Le temps y ternit les dorures,
Mais fait ressembler les portraits.

Des voix chères dorment en elles,
Et dans les rideaux des grands lits
Un souffle d’âmes paternelles
Remue encor les anciens plis.

J’aime les âtres noirs de suie,
D’où l’on entend bruire en l’air
Les hirondelles ou la pluie
Avec le printemps ou l’hiver ;

Les escaliers que le pied monte
Par des degrés larges et bas
Dont il connaît si bien le compte,
Les ayant creusés de ses pas ;

Le toit dont fléchissent les pentes ;
Le grenier aux ais vermoulus,
Qui fait rêver sous ses charpentes
À des forêts qui ne sont plus.

J’aime surtout, dans la grand’salle
Où la famille a son foyer,
La poutre unique, transversale,
Portant le logis tout entier ;

Immobile et laborieuse,
Elle soutient comme autrefois
La race inquiète et rieuse
Qui se fie encore à son bois.

Elle ne rompt pas sous la charge,
Bien que déjà ses flancs ouverts
Sentent leur blessure plus large
Et soient tout criblés par les vers ;

Par une force qu’on ignore
Rassemblant ses derniers morceaux,
Le chêne au grand cœur tient encore
Sous la cadence des berceaux.

Mais les enfants croissent en âge,
Déjà la poutre plie un peu ;
Elle cédera davantage ;
Les ingrats la mettront au feu…

Et, quand ils l’auront consumée,
Le souvenir de son bienfait
S’envolera dans sa fumée.
Elle aura péri tout à fait,

Dans ses restes de toutes sortes
Éparses sous mille autres noms ;
Bien morte, car les choses mortes
Ne laissent pas de rejetons.

Comme les servantes usées
S’éteignent dans l’isolement,
Les choses tombent méprisées,
Et finissent entièrement.

C’est pourquoi, lorsqu’on livre aux flammes
Les débris des vieilles maisons,
Le rêveur sent brûler des âmes
Dans les bleus éclairs des tisons.

L’une D’elles

Les grands appartements qu’elle habite l’hiver

Sont tièdes. Aux plafonds, légers comme l’éther,

Planent d’amoureuses peintures.
Nul bruit ; partout les voix, les pas sont assoupis

Par la laine opulente et molle des tapis

Et l’ample velours des tentures.
Aux fenêtres, dehors, la grêle a beau sévir,

Sous ses balles de glace à peine on sent frémir

L’épais vitrail qui les renvoie ;
Et la neige et le givre aux glaciales fleurs

Restent voilés aux yeux sous les chaudes couleurs

De longs rideaux brochés de soie.
Là, dans de vieux tableaux, le ciel vénitien

Prête au soleil de France un effluve du sien ;

Et sur la haute cheminée,
Dans des vases ravis en Grèce à des autels,

Des lis renouvelés qu’on dirait immortels

Ne font qu’un printemps de l’année.
Sa chambre est toute bleue et suave ; on y sent

Le vestige embaumé de quelque oeillet absent

Dont l’air a gardé la mémoire ;
Ses genoux, pour prier, posent sur du satin,

Et ses aïeux tenaient d’un maître florentin

Son crucifix de vieil ivoire.
Elle peut, lasse enfin des salons somptueux,

Goûter de son boudoir le jour voluptueux

Où sommeille un vague mystère ;
Et là ses yeux levés rencontrent un Watteau

Où de sveltes amants, un pied sur le bateau,

Vont appareiller pour Cythère.
L’hiver passe, elle émigre en sa villa d’été.

Elle y trouve le ciel, l’immense aménité

Des monts, des vallons et des plaines ;
Depuis les dahlias qui bordent la maison

Jusques au dernier flot des blés à l’horizon,

Elle ne voit que ses domaines.
Puis c’est la promenade en barque sur les lacs,

La sieste à l’ombre au fond des paresseux hamacs,

La course aux prés en jupes blanches,
Et le roulement doux des calèches au bois,

Et le galop, voilette au front, badine aux doigts,

Sous le mobile arceau des branches ;
Et, par les midis lourds, les délices du bain :

Deux jets purs inondant la vasque dont sa main

Tourne à son gré les cols de cygnes,
Et le charme du frais, suave abattement

Où, rêveuse, elle voit sous l’eau, presque en dormant,

De son beau corps trembler les lignes.
Ainsi coulent ses jours, pareils aux jours heureux ;

Mais un secret fardeau s’appesantit sur eux,

Ils ne sont pas dignes d’envie.
On lit dans son regard fiévreux ou somnolent,

Dans son rare sourire et dans son geste lent

Le dégoût amer de la vie.
Oh ! Quelle âme entendra sa pauvre âme crier ?

Quel sauveur magnanime et beau, quel chevalier

Doit survenir à l’improviste,
Et l’enlever en croupe, et l’emporter là-bas,

Sous un chaume enfoui dans l’herbe et les lilas,

Loin, bien loin de ce luxe triste ?
Personne. Elle dédaigne un criminel espoir,

Et se plaît à languir, en proie à son devoir.

Morte sous ses parures neuves,
Elle n’a pas d’amour, l’honneur le lui défend ;

Misérablement riche, elle n’a pas d’enfant ;

Elle est plus seule que les veuves.

Mars

En mars, quand s’achève l’hiver,

Que la campagne renaissante

Ressemble à la convalescente

Dont le premier sourire est cher ;
Quand l’azur, tout frileux encore,

Est de neige éparse mêlé,

Et que midi, frais et voilé,

Revêt une blancheur d’aurore ;
Quand l’air doux dissout la torpeur

Des eaux qui se changeaient en marbres ;

Quand la feuille aux pointes des arbres

Suspend une verte vapeur ;
Et quand la femme est deux fois belle,

Belle de la candeur du jour,

Et du réveil de notre amour

Où sa pudeur se renouvelle,
Oh ! Ne devrais-je pas saisir

Dans leur vol ces rares journées

Qui sont les matins des années

Et la jeunesse du désir ?
Mais je les goûte avec tristesse ;

Tel un hibou, quand l’aube luit,

Roulant ses grands yeux pleins de nuit,

Craint la lumière qui les blesse,
Tel, sortant du deuil hivernal,

J’ouvre de grands yeux encore ivres

Du songe obscur et vain des livres,

Et la nature me fait mal.

Midi Au Village

Nul troupeau n’erre ni ne broute ;

Le berger s’allonge à l’écart ;

La poussière dort sur la route,

Le charretier sur le brancard.
Le forgeron dort dans la forge ;

Le maçon s’étend sur un banc ;

Le boucher ronfle à pleine gorge,

Les bras rouges encor de sang.
La guêpe rôde au bord des jattes ;

Les ramiers couvrent les pignons ;

Et, la gueule entre les deux pattes,

Le dogue a des rêves grognons.
Les lavandières babillardes

Se taisent. Non loin du lavoir,

En plein azur, sèchent les hardes

D’une blancheur blessante à voir.
La férule à peine surveille

Les écoliers inattentifs ;

Le murmure épars d’une abeille

Se mêle aux alphabets plaintifs
Un vent chaud traîne ses écharpes

Sur les grands blés lourds de sommeil,

Et les mouches se font des harpes

Avec des rayons de soleil.
Immobiles devant les portes

Sur la pierre des seuils étroits,

Les aïeules semblent des mortes

Avec leurs quenouilles aux doigts.
C’est alors que de la fenêtre

S’entendent, tout en parlant bas,

Plus libres qu’à minuit peut-être,

Les amants, qui ne dorment pas.

Ne Nous Plaignons Pas

Va, ne nous plaignons pas de nos heures d’angoisse.

Un trop facile amour n’est pas sans repentir ;

Le bonheur se flétrit, comme une fleur se froisse

Dès qu’on veut l’incliner vers soi pour la sentir.
Regarde autour de nous ceux qui pleuraient naguère

Les voilà l’un à l’autre, ils se disent heureux,

Mais ils ont à jamais violé le mystère

Qui faisait de l’amour un infini pour eux.
Ils se disent heureux ; mais, dans leurs nuits sans fièvres,

Leurs yeux n’échangent plus les éclairs d’autrefois ;

Déjà sans tressaillir ils se baisent les lèvres,

Et nous, nous frémissons rien qu’en mêlant nos doigts.
Ils se disent heureux, et plus jamais n’éprouvent

Cette vive brûlure et cette oppression

Dont nos coeurs sont saisis quand nos yeux se retrouvent ;

Nous nous sommes toujours une apparition !
Ils se disent heureux, parce qu’ils peuvent vivre

De la même fortune et sous le même toit ;

Mais ils ne sentent plus un cher secret les suivre ;

Ils se disent heureux, et le monde les voit !

Passion Malheureuse

J’ai mal placé mon cœur, j’aime l’enfant d’un autre ;
Et c’est pour m’exploiter qu’il fait le bon apôtre,
Ce petit traître ! Je le sais.
Sa mère, quand je viens, me devine, et l’appelle,
Sentant que je suis là pour lui plus que pour elle,
Mais elle ne m’en veut jamais.

Le marmot prend alors sa voix flûtée et tendre
(Les enfants ont deux voix) et dit, sans la comprendre,
Sa fable, avec expression ;
Puis il me fait ranger des soldats sur la table,
Et m’obsède, et je trouve un plaisir ineffable
À sa gentille obsession.

Je m’y laisse duper toutes les fois : j’espère
Qu’à force de bonté je serai presque un père :
Ne dit-il pas qu’il m’aime bien ?
Mais voici tout à coup le vrai père, ô disgrâce !
L’enfant court, bat des mains, lui saute au cou, l’embrasse,
Et le pauvre oncle n’est plus rien.

Première Solitude

On voit dans les sombres écoles

Des petits qui pleurent toujours ;

Les autres font leurs cabrioles,

Eux, ils restent au fond des cours.
Leurs blouses sont très bien tirées,

Leurs pantalons en bon état,

Leurs chaussures toujours cirées ;

Ils ont l’air sage et délicat.
Les forts les appellent des filles,

Et les malins des innocents :

Ils sont doux, ils donnent leurs billes,

Ils ne seront pas commerçants.
Les plus poltrons leur font des niches,

Et les gourmands sont leurs copains ;

Leurs camarades les croient riches,

Parce qu’ils se lavent les mains.
Ils frissonnent sous l’oeil du maître,

Son ombre les rend malheureux.

Ces enfants n’auraient pas dû naître,

L’enfance est trop dure pour eux !
Oh ! La leçon qui n’est pas sue,

Le devoir qui n’est pas fini !

Une réprimande reçue,

Le déshonneur d’être puni !
Tout leur est terreur et martyre :

Le jour, c’est la cloche, et, le soir,

Quand le maître enfin se retire,

C’est le désert du grand dortoir ;
La lueur des lampes y tremble

Sur les linceuls des lits de fer ;

Le sifflet des dormeurs ressemble

Au vent sur les tombes, l’hiver.
Pendant que les autres sommeillent,

Faits au coucher de la prison,

Ils pensent au dimanche, ils veillent

Pour se rappeler la maison ;
Ils songent qu’ils dormaient naguères

Douillettement ensevelis

Dans les berceaux, et que les mères

Les prenaient parfois dans leurs lits.
Ô mères, coupables absentes,

Qu’alors vous leur paraissez loin !

A ces créatures naissantes

Il manque un indicible soin ;
On leur a donné les chemises,

Les couvertures qu’il leur faut :

D’autres que vous les leur ont mises,

Elles ne leur tiennent pas chaud.
Mais, tout ingrates que vous êtes,

Ils ne peuvent vous oublier,

Et cachent leurs petites têtes,

En sanglotant, sous l’oreiller.

Les Caresses

Les caresses ne sont que d’inquiets transports,

Infructueux essais du pauvre amour qui tente

L’impossible union des âmes par les corps.

Vous êtes séparés et seuls comme les morts,

Misérables vivants que le baiser tourmente !
O femme, vainement tu serres dans tes bras

Tes enfants, vrais lambeaux de ta plus pure essence :

Ils ne sont plus toi-même, ils sont eux, les ingrats !

Et jamais, plus jamais, tu ne les reprendras,

Tu leur as dit adieu le jour de leur naissance.
Et tu pleures ta mère, ô fils, en l’embrassant ;

Regrettant que ta vie aujourd’hui t’appartienne,

Tu fais pour la lui rendre un effort impuissant :

Va ! Ta chair ne peut plus redevenir son sang,

Sa force ta santé, ni sa vertu la tienne.
Amis, pour vous aussi l’embrassement est vain,

Vains les regards profonds, vaines les mains pressées :

Jusqu’à l’âme on ne peut s’ouvrir un droit chemin ;

On ne peut mettre, hélas ! Tout le coeur dans la main,

Ni dans le fond des yeux l’infini des pensées.
Et vous, plus malheureux en vos tendres langueurs

Par de plus grands désirs et des formes plus belles,

Amants que le baiser force à crier :  » Je meurs !  »

Vos bras sont las avant d’avoir mêlé vos coeurs,

Et vos lèvres n’ont pu que se brûler entre elles.
Les caresses ne sont que d’inquiets transports,

Infructueux essais d’un pauvre amour qui tente

L’impossible union des âmes par les corps.

Vous êtes séparés et seuls comme les morts,

Misérables vivants que le baiser tourmente.