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Recueil : Les vaines tendresses

Vœu

Quand je vois des vivants la multitude croître Sur ce globe mauvais de fléaux infesté, Parfois je m’abandonne à des pensers de cloître, Et j’ose prononcer un vœu de chasteté. Du plus aveugle instinct je me veux rendre maître, Hélas ! Non par vertu, mais par compassion ; Dans l’invisible…

Prière

Ah ! Si vous saviez comme on pleure De vivre seul et sans foyers, Quelquefois devant ma demeure Vous passeriez. Si vous saviez ce que fait naître Dans l’âme triste un pur regard, Vous regarderiez ma fenêtre Comme au hasard. Si vous saviez quel baume apporte Au coeur la présence…

Silence

La pudeur n’a pas de clémence, Nul aveu ne reste impuni, Et c’est par le premier nenni Que l’ère des douleurs commence. De ta bouche où ton coeur s’élance Que l’aveu reste donc banni ! Le coeur peut offrir l’infini Dans la profondeur du silence. Baise sa main sans la…

Souhait

Sonnet. Par moments je souhaite une esclave au beau corps, Sans ouïe et sans voix, pour toute bien-aimée. À son oreille close, aux rougeurs de camée, Le feu de mon soupir dirait seul mes transports, Et sa bouche, semblable aux coupes dont les bords Distillent en silence une ivresse enflammée,…

Sur La Mort

I. On ne songe à la Mort que dans son voisinage : Au sépulcre éloquent d’un être qui m’est cher, J’ai, pour m’en pénétrer, fait un pèlerinage, Et je pèse aujourd’hui ma tristesse d’hier. Je veux, à mon retour de cette sombre place Où semblait m’envahir la funèbre torpeur, Je…

Sur Un Album

Elle était blanche, cette page, Mieux valait la laisser ainsi ; Du plus innocent griffonnage Son état vierge est obscurci. Il valait mieux n’y rien écrire, Elle était blanche, et je pouvais Y voir seul pleurer ou sourire Les vers amis que je rêvais ; Ces vers que vous dictiez…

Sursum Corda

Si tous les astres, ô nature, Trompant la main qui les conduit, S’entre-choquaient par aventure Pour se dissoudre dans la nuit ; Ou comme une flotte qui sombre, Si ces foyers, grands et petits, Lentement dévorés par l’ombre, Y disparaissaient engloutis, Tu pourrais repeupler l’abîme, Et rallumer un firmament Plus…

Trop Tard

Nature, accomplis-tu tes oeuvres au hasard, Sans raisonnable loi ni prévoyant génie ? Ou bien m’as-tu donné par cruelle ironie Des lèvres et des mains, l’ouïe et le regard ? Il est tant de saveurs dont je n’ai point ma part, Tant de fruits à cueillir que le sort me…

Un Rendez-vous

Dans ce nid furtif où nous sommes, Ô ma chère âme, seuls tous deux, Qu’il est bon d’oublier les hommes, Si près d’eux ! Pour ralentir l’heure fuyante, Pour la goûter, il ne faut pas Une félicité bruyante ; Parlons bas. Craignons de la hâter d’un geste, D’un mot, d’un…

Une Larme

En tes yeux nage une factice opale, Et le charbon t’allonge les sourcils, Mais ton regard sans douceur n’est que pâle Sous tes gros cils de sépia noircis. Ah ! Pauvre femme, il règne un froid de pierre Dans la langueur menteuse de ce fard ; Quand tu mettrais l’azur…

L’obstacle

Les lèvres qui veulent s’unir, À force d’art et de constance, Malgré le temps et la distance, Y peuvent toujours parvenir. On se fraye toujours des routes ; Flots, monts, déserts n’arrêtent point, De proche en proche on se rejoint, Et les heures arrivent toutes. Mais ce qui fait durer…

Les Deux Chutes

Sonnet. D’un seul mot, pénétrant comme un acier pointu, Vous nous exaspérez pour nous dompter d’un signe, Sachant que notre cœur s’emporte et se résigne, Rebelle subjugué sitôt qu’il a battu. Triomphez pleinement, ô femmes sans vertu, De notre souple hommage à votre empire indigne ! Quand vous nous faites…

Les Fils

Sonnet. Toi que tes grands aïeux, du fond de leur sommeil, Accablent sous le poids d’une illustre mémoire, Tu n’auras pas senti ton nom dans la nuit noire Éclore, et comme une aube y faire un point vermeil ! Je te plains, car peut-être à tes aïeux pareil, Tu les…

Les Infidèles

Sonnet. Je t’aime, en attendant mon éternelle épouse, Celle qui doit venir à ma rencontre un jour, Dans l’immuable éden, loin de l’ingrat séjour Où les prés n’ont de fleurs qu’à peine un mois sur douze. Je verrai devant moi, sur l’immense pelouse Où se cherchent les morts pour l’hymen…