Et Le Soleil

Et le soleil boule de feu, déclive sur la mer vermeille.

Au bord de la brousse et de l’abîme, je m’égare dans

le dédale du sentier.

Elle me suit, cette senteur haute altière qui irrite mes

narines

Délicieusement. Elle me suit et tu me suis, mon double.
Le soleil plonge dans l’angoisse

Dans un foisonnement de lumières, dans un tressaillement

de couleurs de cris de colères.

Une pirogue, fine comme une aiguille dans une mer

immense étale

Un rameur et son double.

Saignent les grès du cap de Nase quand s’allume le

phare des Mamelles

Au loin. Le chagrin tel me point à ta pensée.
Je pense à toi quand je marche je nage

Assis ou debout, je pense à toi le matin et le soir

La nuit quand je pleure, eh oui quand je ris

Quand je parle je me parle et quand je me tais

Dans mes joies et mes peines. Quand je pense et ne

pense pas

Chère je pense à toi !

Le Salut Du Jeune Soleil

Le salut du jeune soleil

Sur mon lit, la lumière de ta lettre

Tous les bruits qui fusent du matin

Les cris métalliques des merles, les clochettes des gonoleks

Ton sourire sur le gazon, sur la rosée splendide.
Dans la lumière innocente, des milliers de libellules

Des frisselants, comme des abeilles d’or ailes noires

Et comme des hélicoptères aux virages de grâce et de douceur

Sur la plage limpide, or et noir les Tramiae basilares

Je dis la danse des princesses du Mali.
Me voici à ta quête, sur le sentier des chats-tigres.

Ton parfum toujours ton parfum, de la brousse bourdonnant des buissons

Plus exaltant que l’odeur du lys dans sa surrection.

Me guide, ta gorge odorante, ton parfum levé par l’Afrique

Quand sous mes pieds de berger, je foule les menthes sauvages.

Au bout de l’épreuve et de la saison, au fond du gouffre

Dieu ! que je te retrouve, retrouve ta voix, ta fragrance de lumière vibrante.

Ta Lettre Sur Le Drap

Ta lettre sur le drap, sous ma lampe odorante

Bleue comme la chemise neuve que lisse le jeune homme

En chantonnant, comme le ciel et la mer et mon rêve

Ta lettre. Et la mer a son sel, et l’air le lait le pain le riz, je dis son sel

La vie contient sa sève, et la terre son sens

Le sens de Dieu et son mouvement.

Ta lettre sans quoi la vie ne serait pas vie

Tes lèvres mon sel mon soleil, mon air frais et ma neige.

Tu Parles

Tu parles de ton âge, de tes fils de soie blanche.

Regarde tes mains pétales de laurier-rose, ton cou le

seul pli de la grâce.

J’aime les cendres sur tes cils tes paupières, et tes yeux

d’or mat et tes yeux

Soleil sur la rosée d’or vert, sur le gazon du matin

Tes yeux en Novembre comme la mer d’aurore autour

du Castel de Gorée.

Que de forces en leurs fonds, fortunes des caravelles,

jetées au dieu d’ébène !
J’aime tes jeunes rides, ces ombres que colore d’un

vieux rose

Ton sourire de Septembre, ces fleurs commissures de

tes yeux de ta bouche.

Tes yeux et ton sourire, les baumes de tes mains le

velours la fourrure de ton corps

Qu’ils me charment longtemps au jardin de l’Eden

Femme ambiguë, toute fureur toute douceur.
Mais au coeur de la saison froide

Quand les courbes de ton visage plus pures se

présenteront

Tes joues plus creuses, ton regard plus distant, ma

Dame

Quand de sillons seront striés, comme les champs

l’hiver, ta peau ton cou ton corps sous les fatigues

Tes mains minces diaphane, j’atteindrai le trésor de

ma quête rythmique

Et le soleil derrière la longue nuit d’angoisse

La cascade et la même mélopée, les murmures des

sources de ton âme.
Viens, la nuit coule sur les terrasses blanches, et tu

viendras

La lune caresse la mer de sa lumière de cendres

transparentes.

Au loin, reposent des étoiles sur les abîmes de la nuit

marine

L’Île s’allonge comme une voie lactée.

Mais écoute, entends-tu? les chapelets d’aboiements

qui montent du cap Manuel

Et monte du restaurant du wharf et de l’anse

Quelle musique inouïe, suave comme un rêve
Chère !.

À Quoi Comment

A quoi comment vis-tu penses-tu, mais à qui?
Je vis ne pense pas, je dis je pense la mer et le ciel.

Ainsi les canards du Dimanche, et mon stylo

Ailé est comme le canard sauvage a ras de vague.

Je vis la vague vis le bleu, et la blondeur du sable blanc

Et la rougeur rose du cap de Nase comme le nez du cousin portugais

Tout gravelé de blockhaus désuets.

Foin des pirouettes des maubèches sophistiquées

Je hume la mer d’iode, et de sel de laitance

Au crépuscule, la nouba du soleil sous tente flamboyante

Et dans la nuit, la douceur du rire parmi les palmes.
Or à qui pas à quoi, je te pense te vis vivante.