Saison Fidèle Aux Cœurs

Saison fidèle aux cœurs qu’importune la joie,

Te voilà, chère Automne, encore de retour.

La feuille quitte l’arbre, éclatante, et tournoie

Dans les forêts à jour.

Les aboiements des chiens de chasse au loin déchirent

L’air inerte où l’on sent l’odeur des champs mouillés.

Gonflés d’humidité, les prés mornes soupirent

En cédant sous les pieds.

Les oiseaux voyageurs, par bandes, dans les nues,

Emigrent vers le Sud et les soleils plus chauds.

Les laboureurs, penchés sur les lentes charrues,

Couronnent les coteaux.

Le soir, à l’horizon, parfois le ciel est rose ;

Des troupes de corbeaux traversent le couchant.

Dans le creux des sillons de la plaine repose,

Pensive, une eau d’argent.

Saison Fidèle Aux Coeurs Qu’importune La Joie

Saison fidèle aux coeurs qu’importune la joie,

Te voilà, chère Automne, encore de retour.

La feuille quitte l’arbre, éclatante, et tournoie

Dans les forêts à jour.
Les aboiements des chiens de chasse au loin déchirent

L’air inerte où l’on sent l’odeur des champs mouillés.

Gonflés d’humidité, les prés mornes soupirent

En cédant sous les pieds.
Les oiseaux voyageurs, par bandes, dans les nues,

Emigrent vers le Sud et les soleils plus chauds.

Les laboureurs, penchés sur les lentes charrues,

Couronnent les coteaux.
Le soir, à l’horizon, parfois le ciel est rose ;

Des troupes de corbeaux traversent le couchant.

Dans le creux des sillons de la plaine repose,

Pensive, une eau d’argent.

Ton Image En Tous Lieux Peuple Ma Solitude

Ton image en tous lieux peuple ma solitude.

Quand c’est l’hiver, la ville et les labeurs d’esprit,

Elle s’accoude au bout de ma table d’étude,

Muette, et me sourit.
A la campagne, au temps où le blé mûr ondule,

Amis du soir qui tombe et des vastes couchants,

Elle et moi nous rentrons ensemble au crépuscule

Par les chemins des champs.
Elle écoute avec moi sous les pins maritimes

La vague qui s’écroule en traînant des graviers.

Parfois, sur la montagne, ivre du vent des cimes,

Elle dort à mes pieds.
Elle retient sa part des tourments et des joies

Dont mon âme inégale est pleine chaque jour ;

Où que j’aille, elle porte au-devant de mes voies

La lampe de l’amour.
Enfin, comme elle est femme et sait que le poète

Ne voudrait pas sans elle oublier de souffrir,

Lorsqu’elle me voit triste elle étend sur ma tête

Ses mains pour me guérir.

Ma Fenêtre Était Large Ouverte Sur La Nuit

Ma fenêtre était large ouverte sur la nuit.

La maison reposant autour de moi sans bruit,

J’écrivais, douloureux poète d’élégies,

A la clarté dansante et douce des bougies.

Un souffle d’air chargé des parfums du jardin

Me ravit en entrant la lumière soudain,

Et je me trouvai seul dans l’ombre avec mon rêve.

Ma montre palpitait, précipitée et brève,

A travers les profonds battements de mon coeur.

J’écoutais l’innombrable et pensive rumeur

Qui monte du sommeil nocturne de la ville.
Les ténèbres nous font l’oreille plus subtile,

L’âme s’enivre mieux, parmi l’obscurité,

Du suave secret des belles nuits d’été.

Je respirais l’odeur de l’herbe et de la terre.

Après de longs instants de calme solitaire

Où les vents familiers eux-mêmes semblaient morts,

Je sentais frissonner le silence au-dehors ;

Et, tout à coup, pareil au flot qui se propage,

Un grand soupir passait de feuillage en feuillage.
Pour l’homme intérieur il n’est pas sous le ciel

De forme qui ne cache un sens spirituel.

Aujourd’hui je reviens sur ces heures passées

A caresser ainsi dans l’ombre mes pensées,

Et, peut-être anxieux de mon propre destin,

Je me laisse conduire à voir dans votre fin,

Ô flambeaux dont le vent du soir cueillait la flamme,

Une image du corps abandonné par l’âme.

Le Temps N’a Point Pâli Ta Souveraine Image

Le temps n’a point pâli ta souveraine image :

Telle qu’un jour d’été, jadis, tu m’apparus,

Debout, battant du linge au bord d’un sarcophage,

Je te revois, fille aux bras nus.
C’est dans une prairie où la chaleur frissonne,

Où, comme un brasier vert, l’herbe s’incline au vent.

Un platane robuste à la belle couronne

T’abrite du soleil brûlant.
Je t’observe à travers les branches d’une haie.

Sur l’auge de granit tu presses tes genoux ;

Du bruit de ton battoir l’écho prochain s’égaie,

Et l’eau rejaillit sous tes coups.
La palette de bois s’abat, et tu te penches ;

Ton bras monte, une part de ta gorge le suit,

Et dans ce mouvement ta chemise sans manches

Découvre l’aisselle qui luit.
Un rayon de soleil mystérieux se traîne

Sous le feuillage où flotte un tendre clair-obscur.

Les toiles que tes mains trempent dans la fontaine

Sortent ruisselantes d’azur.
Et moi, le front soumis à l’immense lumière,

J’assiste avec un plein transport de volupté

Aux gestes que tu fais dans l’ombre, lavandière

Ignorante de ta beauté.

Ma Fenêtre Était Large Ouverte

Ma fenêtre était large ouverte sur la nuit.

La maison reposant autour de moi sans bruit,

J’écrivais, douloureux poète d’élégies,

A la clarté dansante et douce des bougies.

Un souffle d’air chargé des parfums du jardin

Me ravit en entrant la lumière soudain,

Et je me trouvai seul dans l’ombre avec mon rêve.

Ma montre palpitait, précipitée et brève,

A travers les profonds battements de mon cœur.

J’écoutais l’innombrable et pensive rumeur

Qui monte du sommeil nocturne de la ville.

Les ténèbres nous font l’oreille plus subtile,

L’âme s’enivre mieux, parmi l’obscurité,

Du suave secret des belles nuits d’été.

Je respirais l’odeur de l’herbe et de la terre.

Après de longs instants de calme solitaire

Où les vents familiers eux-mêmes semblaient morts,

Je sentais frissonner le silence au-dehors ;

Et, tout à coup, pareil au flot qui se propage,

Un grand soupir passait de feuillage en feuillage.

Pour l’homme intérieur il n’est pas sous le ciel

De forme qui ne cache un sens spirituel.

Aujourd’hui je reviens sur ces heures passées

A caresser ainsi dans l’ombre mes pensées,

Et, peut-être anxieux de mon propre destin,

Je me laisse conduire à voir dans votre fin,

Ô flambeaux dont le vent du soir cueillait la flamme,

Une image du corps abandonné par l’âme.

J’ai Croisé Sur La Route Où Je Vais Dans La Vie

J’ai croisé sur la route où je vais dans la vie

La Mort qui cheminait avec la Volupté,

L’une pour arme ayant sa faux inassouvie,

L’autre, sa nudité.
Voyageur qui se traîne, ivre de lassitude,

Cherchant en vain des yeux une borne où s’asseoir,

Je me trouvais alors dans une solitude

Aux approches du soir.
Tout à coup, comme à l’heure où le vent y circule,

L’herbe haute a frémi sur le bord du fossé,

Et, près de moi, sortant soudain du crépuscule,

Les deux soeurs ont passé.
Poursuivant sans répit leur marche vagabonde,

Des régions de l’ombre aux rives du matin

Elles portaient ainsi leurs oeuvres par le monde,

Servantes du Destin.
D’un sourire cruel m’ayant cloué sur place,

Je les voyais déjà décroître à l’horizon

Que j’éprouvais encor, plein de flamme et de glace,

Un horrible frisson.
La dernière alouette a crié dans les chaumes ;

Et j’ai repris, d’un oeil craintif tâtant la nuit,

Le chemin où, parmi les pas des deux fantômes,

L’Inconnu me conduit.

J’étais Couché Dans L’ombre

J’étais couché dans l’ombre au seuil de la forêt.

Un talus du chemin désert me séparait.

J’écoutais s’écouler près de moi, bruit débile,

Une source qui sort d’une voûte d’argile.

Par ce beau jour de juin brûlant et vaporeux

L’horizon retenait des nuages heureux.

Des faucheurs répandus à travers la prairie

Abattaient ses remparts d’herbe haute et nourrie.

D’un coteau descendaient des voitures de foin.

Ailleurs encore c’était une eau bleue, et, plus loin,

La ville aux toits d’azur liquides de lumière.

Deux hommes cependant au coin de la lisière

Apparurent, avec des fagots sur le dos,

Et qui, laissant glisser à terre leurs fardeaux,

S’assirent sans me voir aux abords de ma place.

Bientôt l’un d’eux tira du fond de sa besace

Un boisseau de fer-blanc plein de fraises des bois.

Il en fit ruisseler tous les fruits à la fois

Sur de la mousse humide au creux d’une racine ;

Il le remplit ensuite à la source voisine,

Et vint, avant d’avoir bu lui-même, l’offrir

A l’autre qui semblait être las et souffrir.

Ô nature, génie éternel, ô grand Etre,

Je mets ma passion et ma gloire à connaître

Tes forêts, tes vergers, ta flore et tes moissons,

Et l’air et les couleurs de tes quatre saisons,

Et je dois à l’amour dont ta beauté m’enivre

Mon regret de n’avoir qu’une existence à vivre ;

Mais, ô vaste univers esclave de ta fin,

Quels que soient les trésors qu’engendre dans ton sein

Une fécondité toujours diverse et neuve,

Tu n’en possèdes point peut-être qui m’émeuve

Autant que ce pauvre homme aperçu l’autre été

Quand il agit selon l’humaine charité.

J’étais Couché Dans L’ombre Au Seuil De La Forêt

J’étais couché dans l’ombre au seuil de la forêt.

Un talus du chemin désert me séparait.

J’écoutais s’écouler près de moi, bruit débile,

Une source qui sort d’une voûte d’argile.

Par ce beau jour de juin brûlant et vaporeux

L’horizon retenait des nuages heureux.

Des faucheurs répandus à travers la prairie

Abattaient ses remparts d’herbe haute et nourrie.

D’un coteau descendaient des voitures de foin.

Ailleurs encor c’était une eau bleue, et, plus loin,

La ville aux toits d’azur liquides de lumière.
Deux hommes cependant au coin de la lisière

Apparurent, avec des fagots sur le dos,

Et qui, laissant glisser à terre leurs fardeaux,

S’assirent sans me voir aux abords de ma place.

Bientôt l’un d’eux tira du fond de sa besace

Un boisseau de fer-blanc plein de fraises des bois.

Il en fit ruisseler tous les fruits à la fois

Sur de la mousse humide au creux d’une racine ;

Il le remplit ensuite à la source voisine,

Et vint, avant d’avoir bu lui-même, l’offrir

A l’autre qui semblait être las et souffrir.
Ô nature, génie éternel, ô grand Etre,

Je mets ma passion et ma gloire à connaître

Tes forêts, tes vergers, ta flore et tes moisssons,

Et l’air et les couleurs de tes quatre saisons,

Et je dois à l’amour dont ta beauté m’enivre

Mon regret de n’avoir qu’une existence à vivre ;

Mais, ô vaste univers esclave de ta fin,

Quels que soient les trésors qu’engendre dans ton sein

Une fécondité toujours diverse et neuve,

Tu n’en possèdes point peut-être qui m’émeuve

Autant que ce pauvre homme aperçu l’autre été

Quand il agit selon l’humaine charité.

L’ambre, Le Seigle Mûr, Le Miel

L’ambre, le seigle mûr, le miel plein de lumière

Dont le gâteau ressemble aux grottes de Fingal,

Comparés aux cheveux dont mon amie est fière

N’offrent pas un éclat égal.

Que mon amie heureuse auprès de moi s’endorme,

Je ne puis me lasser de voir dans son sommeil

Ses cheveux répandus faire à sa blanche forme

Un large berceau de soleil.

Quand, au creux de son bras plié devant sa joue,

Elle a patiemment peigné leur écheveau,

Elle renverse un peu la tête et les secoue

Comme des torches sur sa peau.

Son buste nu frissonne en sentant leur caresse :

Elle est à son miroir, debout ; ils sont si longs

Que leur dernière boucle expire avec mollesse

Sur les roses de ses talons.

L’ambre, Le Seigle Mûr, Le Miel Plein De Lumière

L’ambre, le seigle mûr, le miel plein de lumière

Dont le gâteau ressemble aux grottes de Fingal,

Comparés aux cheveux dont mon amie est fière

N’offrent pas un éclat égal.
Que mon amie heureuse auprès de moi s’endorme,

Je ne puis me lasser de voir dans son sommeil

Ses cheveux répandus faire à sa blanche forme

Un large berceau de soleil.
Quand, au creux de son bras plié devant sa joue,

Elle a patiemment peigné leur écheveau,

Elle renverse un peu la tête et les secoue

Comme des torches sur sa peau.
Son buste nu frissonne en sentant leur caresse :

Elle est à son miroir, debout ; ils sont si longs

Que leur dernière boucle expire avec mollesse

Sur les roses de ses talons.

Ah ! Ce Bruit Affreux De La Vie !

Ah ! ce bruit affreux de la vie !

Et que dormir serait meilleur

Dans la terre où le caillou crie

Sous la bêche du fossoyeur !
Le soleil a toute ma haine ;

Je suis rassasié de voir

Sa lumière quotidienne

Se rire de mon désespoir.
Ah ! pouvoir donc enfin m’étendre

Dans le seul lit où l’on soit seul,

Et dans l’ombre attentive entendre

Les vers découdre mon linceul !
Et, quand en moi l’être qui pense

Sera dissous lui-même, alors,

Au coeur de l’éternel silence

N’être qu’un mort entre les morts !

Avant Que Mon Désir Douloureux Soit Comblé

Avant que mon désir douloureux soit comblé

D’un amour qui l’apaise enfin ou dont je meure,

Entendrai-je souvent encor la mer du blé

Bruire aux alentours de ma chère demeure ?
Trop de fois, taciturne et sombre, et regardant

Mes chiens souples bondir à travers l’herbe haute,

J’ai dispersé ton feu stérile, ô coeur ardent,

A tous les vents du soir qui soufflent sur la côte !
J’ai trop de fois déjà sous un ciel attristé,

Quand les bois abdiquaient à mes pieds leur couronne,

Rêvé d’une tragique amante, ou convoité

Le plaisir qu’un bonheur sans remords environne !
Les jours s’en vont, les mains, hélas ! vides de fleurs,

Me laissant seul avec une âme inassouvie

Qu’ils ont marquée au sceau des plus âpres douleurs.

Aurais-je donc en vain mis ma foi dans la vie ? […]