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Recueil : L'idole

Prologue

Le vieux maître excellent de l’école lombarde N’a certes pas créé ses tableaux d’un seul jet, Tant leur style absolu témoigne du projet De ne confier rien à la main qui hasarde. La Joconde n’est point parfaite par mégarde : Il achevait les yeux, la bouche, puis songeait, Chaque ligne…

L’oreille

Elles seraient la nacre au bord des coquillages Si les nacres avaient ces humaines blancheurs ; Elles seraient le rose et le satin des fleurs, Si les roses vivaient aux barreaux des treillages. Il semble qu’une fée, en de lointains pillages, Ait pris leur éclat frais à toutes les fraîcheurs…

Les Yeux

Le soleil des beaux yeux ne brûle que l’été. Plus tard il s’affaiblit ; plus tôt, il faut attendre : C’est un rayon d’avril, pâle encore et trop tendre, N’échauffant que la grâce au lieu de la beauté. Au solstice de l’âge un instant arrêté, C’est un feu qui ferait…

Les Seins

L’éclosion superbe et jeune de ses seins Pour enchaîner mes yeux fleurit sur sa poitrine. Tels deux astres jumeaux dans la clarté marine Palpitent dévolus aux suprêmes desseins. Vous contenez l’esprit loin des rêves malsains, Nobles rondeurs, effroi de la pudeur chagrine ! Et c’est d’un trait pieux que mon…

Les Mains

Blanches, ayant la chair délicate des fleurs, On ne peut pas savoir que les mains sont cruelles. Pourtant l’âme se sèche et se flétrit par elles ; Elles touchent nos yeux pour en tirer des pleurs. Le lait pur et la nacre ont formé leurs couleurs ; Un peu de…

Les Épaules

La courbe n’eut jamais d’inflexions plus douces, Excepté quand elle est le sein pur et charmant. Elles laissent tomber leurs ondes mollement Dans la succession des lignes sans secousses. Une ombre d’or que font des duvets et des mousses ! A l’aisselle en finit l’épanouissement ; Et les songes légers…

Les Dents

Derrière l’épaisseur et le pur incarnat Des lèvres, qu’en passant fait palpiter l’haleine, On entrevoit les dents découvertes à peine, Comme une aube à travers de frais rideaux grenat. Ce n’est rien qu’un rayon, un filet délicat Dans la bouche pourprée étincelante et saine ; La parole les montre en…

Les Corps

Les Grecs, pour honorer une de leurs Vénus, Inscrivaient Callipyge au socle de la pierre. Ils aimaient, par amour de la grande matière, La vérité des corps harmonieux et nus. Je ne crois pas aux sots faussement ingénus A qui l’éclat du beau fait baisser la paupière ; Je veux…

Les Bras

Ô la plus douce et la meilleure des caresses ! Autour du cou deux bras enlacés simplement. Premier mot du désir, premier rêve d’amant, Et premier abandon de toutes les maîtresses ! Puis vaincus et jetés parmi le flot des tresses Comme le fer tenace arraché de l’aimant ; A…

Les Cheveux

Le flot de ses cheveux a baisé le soleil : Il en est demeuré rouge comme une aurore. Il brille sur la tête auguste et la décore Comme un ruisseau coulant dans un pays vermeil. Les profonds cheveux bruns embaument le sommeil ; Les cheveux blonds sont doux ; un…

Le Ventre

Appuyé sur les reins et sur les contours blancs Des cuisses, au-dessous des merveilles du buste, Le ventre épanouit sa tension robuste Et joint par une courbe exacte les deux flancs. Les tissus de la peau sont à peine tremblants Du souffle qui descend de la poitrine auguste ; Et…

Le Pied

Je veux, humiliant mon front et mes genoux, Prosterné devant toi comme on est quand on prie, Sous le ciel de tes yeux qui font ma rêverie, Baiser pieusement tes pieds petits et doux. J’étancherai, gardant tout mon désir pour vous, La grande soif d’aimer qui n’est jamais tarie, Ô…

Le Nez

Ouvert à la fraîcheur des roses embaumées, Le nez, suite du front classiquement étroit, Se dessine un peu grand, irréprochable et droit, Dans la convention plastique des camées. La plus belle parmi les mortes bien-aimées, Cléopâtre, la reine à qui mon rêve croit, Avait ce nez petit dont, mieux qu’un…

Le Front

Ainsi que la lueur d’une lampe d’opale Veillant dans une alcôve ou devant un autel, Ainsi, rayon d’amour ou soupir immortel, Le feu de la pensée éclaire le front pâle. Ta lucide beauté ne connaît point le hâle, Ni les molles langueurs des roses de pastel : Et l’impeccable orgueil…

Le Cou

Un grain d’ambre fondant et roulant dans du lait Ou la goutte de miel d’une abeille importune, Un éclair de soleil dans un rayon de lune, Un peu d’or sous la peau pris comme en un filet, Voilà les tons subtils du cou, si l’on voulait L’avouer, que l’on soit…