Veni, Sancte

 » Esprit-Saint, descendez en  » ceux

Qui raillent l’antique cantique

Où les simples mettent leurs vœux

Sur la plus naïve musique.

Versez les sept dons de la foi,

Versez,  » esprit d’intelligence « ,

Dans les âmes toutes au moi

Surtout l’amour et l’indulgence

Et le goût de la pauvreté

Tant des autres que de soi-même

Qu’ils comprennent la charité

Puisqu’ils sont l’élite et la crème.

Qu’ils estiment leur rire sot,

Visant, non le dogme immuable,

Mais l’humble et le faible (un assaut

Dont le capitaine est le Diable).

Au lieu d’ainsi le profaner,

Ce cantique de nos ancêtres,

Qu’ils le méditent, pour donner

Le bon exemple, eux, les grands maîtres,

Et, tandis qu’ils seront en train

D’édifier le paupérisme

D’esprit et d’argent, qu’ils réin-

Tègrent un peu le Catéchisme.

Vêpres Rustiques

Le dernier coup de vêpres a sonné : l’on tinte.

Entrons donc dans l’Église et couvrons-nous d’eau sainte.

Il y a peu de monde encore. Qu’il fait frais !

C’est bon par ces temps lourds, ça semble fait exprès.

On allume les six grands cierges, l’on apporte

Le ciboire pour le salut. Voici la porte

De la sacristie entr’ouverte, et l’on voit bien

S’habiller les enfants de chœur et le doyen.

Voici venir le court cortège, et les deux chantres

Tiennent de gros antiphonaires sur leurs ventres.

Une clochette retentit et le clergé

S’agenouille devant l’autel, dûment rangé.

Une prière est murmurée à voix si basse

Qu’on entend comme un vol de bons anges qui passe.

Le prêtre, se signant, adjure le Seigneur,

Et les clers, se signant, appellent le Seigneur.

Et chacun exaltant la Trinité, commence,

Prophète-roi, David, ta psalmodie immense :

Le Seigneur dit…  »  » Je vous louerai…  »  » Qu’heureux les saints.

 » Fils, louez le Seigneur…  » et, vibrant par essaims,

Les versets de ce chant militaire et mystique :

 » Quand Israël sortit d’Égypte…  » Et la musique

Du grêle harmonium et du vaste plain-chant !

L’Église s’est remplie. Il fait tiède. L’argent

Pour le culte et celui du denier de Saint-Pierre

Et des pauvres tombe à bruit doux dans l’aumônière.

L’hymme propre et Magnificat aux flots d’encens !

Une langueur céleste envahit tous les sens.

Au court sermon qui suit sur un thème un peu rance,

On somnole sans trop pourtant d’irrévérence.

Le soleil lui faisant un nimbe mordoré,

Le vieux saint du village est tout transfiguré.

Ça sent bon. On dirait des fleurs très anciennes.

S’exhalant, lentes, dans le latin des antiennes.

Et le Salut ayant béni l’humble troupeau

Des fidèles, on rejoint meilleurs le hameau.

Le soir on soupe mieux, et quand la nuit invite

Au sommeil, on s’endort bien à l’aise et plus vite.

Toussaint

Ces vrais vivants qui sont les saints,

Et les vrais morts qui seront nous,

C’est notre double fête à tous,

Comme la fleur de nos desseins,

Comme le drapeau symbolique

Que l’ouvrier plante gaîment

Au faite neuf du bâtiment,

Mais, au lieu de pierre et de brique,

C’est de notre chair qu’il s’agit,

Et de notre âme en ce nôtre œuvre

Qui, narguant la vieille couleuvre,

A force de travaux surgit.

Notre âme et notre chair domptées

Par la truelle et le ciment

Du patient renoncement

Et des heures dûment comptées.

Mais il est des âmes encor,

Il est des chairs encore comme

En chantier, qu’à tort on dénomme

Les morts, puisqu’ils vivent, trésor

Au repos, mais que nos prières

Seulement peuvent monnayer

Pour, l’architecte, l’employer

Aux grandes dépenses dernières.

Prions, entre les morts, pour maints

De la terre et du Purgatoire,

Prions de façon méritoire

Ceux de là-haut qui sont les saints.

Noël

Petit Jésus qu’il nous faut être,

Si nous voulons voir Dieu le Père,

Accordez-nous d’alors renaître

En purs bébés, nus, sans repaire

Qu’une étable, et sans compagnie

Qu’une âne et qu’un bœuf, humble paire ;

D’avoir l’ignorance infinie

Et l’immense toute-faiblesse

Par quoi l’humble enfance est bénie ;

De n’agir sans qu’un rien ne blesse

Notre chair pourtant innocente

Encor même d’une caresse,

Sans que notre œil chétif ne sente

Douloureusement l’éclat même

De l’aube à peine pâlissante,

Du soir venant, lueur suprême,

Sans éprouver aucune envie

Que d’un long sommeil tiède et blême…

En purs bébés que l’âpre vie

Destine, — pour quel but sévère

Ou bienheureux ? — foule asservie

Ou troupe libre, à quel calvaire ?

Opportet Hæreses Esse

Opportet hæreses esse.

Car il faut, en effet, encore,

Que notre foi, donc, s’édulcore

Opportet hæreses esse.

Il fallait quelque humilité,

Ma Foi qui poses et grimaces,

Afin que tu t’édulcorasses ;

Et l’hérésiarque entêté

T’a tenté, ne nous dis pas non,

Jusque vers les pires péchés,

T’entraînant du doute impur chez

Le Diable t’ouvrant son fanon.

Or maintenant, courage ! assez

De larmes sur l’erreur d’un jour,

Songe au pardon du Dieu d’amour.

Opportet hæreses esse.

Immaculée Conception

Vous fûtes conçue immaculée,

Ainsi l’Église l’a constaté

Pour faire notre âme consolée

Et notre fois plus fort conseillée,

Et notre esprit plus ferme et bandé.

La raison veut ce dogme et l’assume.

La charité l’embrasse et s’y tient,

Et Satan grince et l’enfer écume

Et hurle :  » L’Ève prédite vient

Dont le Serpent saura l’amertume  » :

Sous la tutelle et dans l’onction

De votre chaste et sainte mère Anne,

Vous grandissez en perfection

Jusqu’à votre présentation

Au temple saint, loin du bruit profane,

Du monde vain que fuira Jésus

Et, comme lui, toute au pauvre monde.

Vous atteignez dans de pieux us

L’époque où, dans sa pitié profonde.

Dieu veut que de vous sorte Jésus !

L’ange qui vous salua la mère

Du Rédempteur que Dieu nous donnait

Ne troubla pas votre candeur fière

Qui dit comme Dieu de la lumière :

 » Ce que vous m’annoncez me soit fait.  »

Et tout le temps que vivra le Maître,

Vous le passerez obscurément,

Sans rien vouloir savoir ou connaître

Que de l’aimer comme il daigne l’être,

Jusqu’à sa mort, prise saintement.

Aussi, quand vous-même rendez l’âme,

Pendant à votre conception

Immaculée, un décret proclame

Pour vous la tombe un séjour infâme,

Vous soustrait à la corruption,

Et vous enlève au séjour de la gloire

D’où vous régnez sur l’Ange et sur nous.

Participant à toute l’histoire

De notre vie intime et de tous

Les hauts débats de la grande histoire.

In Initio

Chez mes pays, qui sont rustiques

Dans tel cas simplement pieux,

Voire un peu superstitieux,

Entre autres pratiques antiques,

Sur la tête du paysan,

Rite profond, vaste symbole,

Le prêtre, étendant son étole,

Dit l’évangile de saint Jean :

 » Au commencement était le Verbe

Et le Verbe était en Dieu.

Et le verbe était Dieu.  »

Ainsi va le texte superbe,

S’épanchant en ondes de claire

Vérité sur l’humaine erreur,

Lavant l’immondice et l’horreur,

Et la luxure et la colère,

Et les sept péchés, et d’un flux

Tout parfumé d’odeurs divines,

Rafraîchissant jusqu’aux racines

L’arbre du bien, sec et perclus,

Et déracinant sous sa force

L’arbre du mal et du malheur

Naguère tout en sève, en fleur,

En fruit, du feuillage à l’écorce.

Jean, le plus grand, après l’autre

Jean, le Baptiste, des grands saints,

Priez pour moi le Sein des seins

Où vous dormiez, étant apôtre !

Ô, comme pour le paysan,

Sur ma tête frivole et folle,

Bon prêtre étendant ton étole,

Dis l’évangile de saint Jean.

Juin

Mois de Jésus, mois rouge et or, mois de l’Amour,

Juin, pendant quel le cœur en fleur et Tàme en flamme

Se sont épanouis dans la splendeur du jour

Parmi des chants et des parfums d’épithalame,

Mois du Saint-Sacrement et mois du Sacré-Cœur,

Mois splendide du Sang réel, et de la Chair vraie,

Pendant que l’herbe mûre offre à l’été vainqueur

Un champ clos où le blé triomphe de l’ivraie,

Et pendant quel, nous misérables, nous pécheurs,

Remémorés de la Présence non pareille.

Nous sentons ravigorés en retours vengeurs

Contre Satan, pour des triomphes que surveille

Du ciel là-haut, et sur terre, de l’ostensoir,

L’adoré, l’adorable Amour sanglant et chaste,

Et du sein douloureux où gîte notre espoir

Le Cœur, le Cœur brûlant que le désir dévaste,

Le désir de sauver les nôtres, ô Bonté

Essentielle, de leur gagner la victoire

Éternelle. Et l’encens de l’immuable été

Monte mystiquement en des douceurs de gloire.

Kyrie Eleïson

Ayez pitié ae nous, Seigneur !

Christ, ayez pitié de nous !

Donnez-nous la victoire et l’honneur

Sur l’ennemi de nous tous.

Ayez pitié de nous, Seigneur.

Rendez-nous plus croyants et plus doux

Loin du Péché suborneur,

Christ, ayez pitié de nous.

Criblez-nous comme fait le vanneur

Du grain dont il est jaloux.

Ayez pitié de nous, Seigneur.

Nous vous en supplions à genoux,

Ouvrez-nous par la Foi et le Bonheur.

Christ, ayez pitié de nous.

Ouvrez-nous par l’Amour le Bonheur,

Nous vous en prions à genoux.

Ayez pitié de nous, Seigneur.

Seigneur, par l’Espérance, ouvrez-nous,

Christ, ouvrez-nous le Bonheur.

Christ, ayez pitié de nous.

Ayez pitié de nous, Seigneur !

Gloria In Excelsis

Gloire à Dieu dans les hauteurs,

Paix aux hommes sur la terre !

Aux hommes qui l’attendaient

Dans leur bonne volonté.

Le salut vient sur la terre…

Gloire à Dieu dans les hauteurs

Nous te louons, bénissons,

Adorons, glorifions,

Te rendons grâce et merci

De cette gloire infinie !

Seigneur, Dieu, roi du ciel,

Père, Puissance éternelle,

Fils unique de Dieu,

Agneau de Dieu, Fils du père,

Vous effacez les péchés :

Vous aurez pitié de nous.

Vous effacez les péchés :

Vous écouterez nos vœux.

Vous, à la droite du Père,

Vous aurez pitié de nous.

Car vous êtes le seul Saint,

Seul Seigneur et seul Très Haut,

Jésus, qui fûtes oint

De très loin et de très haut,

Dieu des cieux, avec l’Esprit,

Dans le Père, ainsi soit-il.

Final

J’ai fait ces vers qu’un bien indigne pécheur,

bien indigne, après tant de grâces données,

Lâchement, salement, froidement piétinées

Par mes pieds de pécheur, de vil et laid pécheur.

J’ai fait ces vers, Seigneur, à votre gloire encor,

A votre gloire douce encor qui me tente

Toujours, en attendant la formidable attente

Ou de votre courroux ou de ta gloire encore,

Jésus, qui pus absoudre et bénir mon péché.

Mon péché monstrueux, mon crime bien plutôt !

Je me rementerais de votre amour, plutôt,

Que de mon effrayant et vil et laid péché.

Jésus qui sus bénir ma folle indignité,

Bénir, souffrir, mourir pour moi, ta créature,

Et dès avant le temps, choisis dans la nature,

Créateur, moi, ceci, pourri d’indignité !

Aussi, Jésus ! avec un immense remords

Et plein de tels sanglots ! à cause de mes fautes

Je viens et je reviens à toi, crampes aux côtes,

Les pieds pleins de cloques et les usages morts,

Les usages ? Du cœur, de la tête, de tout

Mon être on dirait cloué de paralysie

Navrant en même temps ma pauvre poésie

Qui ne s’exhale plus, mais qui reste debout

Comme frappée, ainsi le troupeau par l’orage,

Berger en tête, et si fidèle nonobstant

Mon cœur est là, Seigneur, qui t’adore d’autant

Que tu m’aimes encore ainsi parmi l’orage.

Mon cœur est un troupeau dissipé par l’autan

Mais qui se réunit quand le vrai Berger siffle

Et que le bon vieux chien, Sergent ou Remords, gifle

D’une dent suffisante et dure assez l’engeance.

Affreuse que je suis, troupeau qui m’en allai

Vers une monstrueuse et solitaire voie.

O, me voici, Seigneur, ô votre sainte joie !

Votre pacage simple en les prés où, j’allai

Naguère, et le lin pur qu’il faut et qu’il fallut,

Et la contrition, hélas ! si nécessaire,

Et si vous voulez bien accepter ma misère,

La voici ! faites-la, telle, hélas ! qu’il fallut.

Circoncision

Petit Jésus qui souffrez déjà dans votre chair

Pour obéir au premier précepte de la Loi,

Or, nous venons en ce jour saintement doux-amer,

Vous offrir les prémices aussi de notre foi.

Pour obéir, nous autres, à votre obéissance,

Nous apportons sur l’autel le parfait hommage

De nos péchés pénitents à votre innocence,

Sur l’autel blanc où votre sang si pur, notre otage,

Coule mystiquement comme il coula littéral

Au Golgotha, comme il stilla, pas plus réel

Mais littéral aussi, ce jour, dont le rituel

Retient l’anniversaire cruel et lilial.

Et nous circoncisons nos cœurs suivant votre exemple,

Et nous voudrons ressembler à Vous-même, qui fites

Le vieux Siméon, dans la solennité du temple,

Exhaler vers vous une allégresse sans limites.

L’ancien Adam qui se désolait dans son espoir

Toujours remis d’enfin voir, de ses yeux, nous meilleurs,

Nous très doux sans plus d’ire rouge ou d’orgueil noir,

Va chanter un fier cantique de joie et de pleurs,

Et dans les cieux les bienheureux et bienheureuses

S’éjouiront plus que de coutume, et les anges,

Pour ce que cette année, elle à peine dans les langes,

Dès son premier souffle, a ces haleines amoureuses.

Complies En Ville

Au sortir de Paris on entre à Notre-Dame.

Le fracas blanc vous jette aux accords long-voilés,

L’affreux soleil criard à l’ombre qui se pâme

Qui se pâme, aux regards des vitraux constellés,

Et l’adoration à l’infini s’étire

En des récitatifs lentement en-allés.

Vêpres sont dites, et l’autel noir ne fait luire

Que six cierges, après les flammes du Salut

Dont l’encens rôde encor mêlé des goûts de cire.

Un clerc a lu : Jube, domne, comme fallut,

Et l’orage du fond des stalles se déchaîne

De rude psalmodie au même instant qu’il lut,

Le bon orage frais sous la voûte hautaine

Où le jour tamisé par les Saints et les Rois

Des rosaces oscille en volute sereine.

Cela parle de paix de l’âme, des effrois

De la nuit dissipés par l’acte et la prière.

L’espérance s’enroule autour des piliers froids.

C’est la suprême joie, et l’extrême lumière

Concentrée aux rais de la seule Vérité,

Et le vieux Siméon dit l’extase dernière !

Recommandons notre âme au Dieu de vérité.

Credo

Je crois ce que l’Église catholique

M’enseigna dès l’âge d’entendement :

Que Dieu le Père est le fauteur unique

Et le régulateur absolument

De toute chose invisible et visible,

Et que, par un mystère indéfectible,

Il engendra, ne fit pas Jésus-Christ

Son Fils unique avant que la lumière

Ne fût créée, et qu’il était écrit

Que celui-ci mourrait de mort amère,

Pour nous sauver du malheur immortel

Sur le Calvaire et, depuis, sur l’Autel ;

Enfin que l’Esprit saint, lequel procède

Et du Père et du Fils et qui parlait

Par les prophètes, et ma foi qui s’aide

De charité croit le dogme complet

De l’Église de Rome, au saint baptême,

En la vie éternelle. Vœu suprême.

Dévotions

Sécheresse maligne et coupable langueur,

Il n’est remède encore à vos tristesses noires

Que telles dévotions surérogatoires,

Comme des mois de Marie et du Sacré-Cœur,

Éclat et parfum purs de fleurs rouges et bleues,

Par quoi l’âme qu’endeuille un ennui morfondu,

Tout soudain s’éveille à l’enthousiasme dû

Et sent ressusciter ses allégresses feues

Cantiques frais et blancs de vierges comme aux temps

Premiers, quand les chrétiens étaient toute innocence,

Hymnes brûlants d’une théologie intense

Dans la sanglante ardeur des cierges palpitants ;

Comme le chemin de la Croix, baisers et larmes,

Argent et neige et noir d’or des Vendredis Saints,

Lent cortège à genoux dans la paix des tocsins,

Stabats sévères indiciblement aux si doux charmes,

Et la dévotion, aussi, du chapelet,

Grains enflammés de chaste délire où s’embrase

L’ennui souvent, où parfois l’excès de l’extase

Se consumait au feu des Ave qui roulait ;

Et celle enfin des saints locaux, Martin de France,

Et Geneviève de Paris, saints du pays

Et des villes et des villages, obéis

Et vénérés avec chacun son espérance

Et son exemple et son précepte bien donné,

Ses miracles ! — mœurs plus intimes du culte,

Eh oui, c’est encor vous, en dépit de l’insulte,

Qui nous sauvez, peut-être, à tel moment donné.