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Recueil : Notre Mère La Ville

Guérison

Le gazon nourri des vertes banlieues, Ma forêt d’amour aux chemins vernis, Sont tout pénétrés d’une pâte bleue – D’un azur solide où planter des nids. Fuyons les pays que leur gloire encombre (Quel désert superbe on ferait ici) Nous irons au bois fouler le décombre De tout ce laurier…

J’ai Bu Du Rhum

Joie ardente, corps nouveau Hors des vagues de la danse Vive enfin ta violence Ton orgueil et tes sursauts ! Ah, mon plaisir ! Il te faut Adorer avec silence, Tout cet été qui s’élance Qui s’épuise dans les eaux ! C’est le rôle de ma vie : Miracle !…

La Victoire

L’oeil terrible d’un dieu s’est ouvert à mon front : Que je vois bien la vie au fond de ma blessure ! Et comme un loup marqué de honteuses morsures, Je porte, clair regard, le faix de tes rayons. – J’ai cherché ma patrie avec sincérité Dans ses villes, son…

Le Sage Humilié

J’ai abîmé l’enfant de votre coeur (Y fallait-il cette présence triste ?) Mais, évadé, sourire sans grandeur, Comment prouver que tout ce Monde existe ? – Et toi, mon corps, enfant que j’abandonne, Par tous tes sens tu montres des désirs ! – Et toi, Sagesse, un poète s’étonne Que…

Mon Corps

Corps violent, redoutable, honteux, Corps de poète habitué aux larmes, Qui te secoue ainsi, qui te désarme ? (Bruxelles dort orné de mille feux) Dans le pays de la bonne souffrance (Rappelle-toi cette maison des champs) Archange infirme ivre de ton silence, N’attendais-tu qu’un amour plus pressant ? On connaît…

Mon Pays

La Ville est dans ma chambre Ce fauteuil est un port. Avez-vous vu mes lampes Mes mâts et mes bateaux ? Le tabac et les vagues Chantantes du ciel noir, Le jeu, le bruit des algues Aux vitres, mes miroirs, Tout m’y plaît, m’y agrée : J’y respire un bon…

Mort D’un Dieu

On meurt dans la pluie. La Douleur du Nord Aime ce décor En saisons pourries. Pégase y est mort Une nuit de pluie. Pourquoi, Poésie, Ce cri vers le Nord ? Les ailes cassées Dans des cheminées Saigne l’ange lourd : Ô ville épuisée Qui t’es couronnée Du corps de…

Art Poétique

Je fis ce masque pour mes frères Avec l’or que j’avais volé (Dieu des chanteurs, ami sévère) A ma vieille sincérité. Que leurs dédains m’ont réjoui ! – Toute ma vie agenouillée. Un dieu s’y est épanoui Comme une rivière emportée. On peut revivre ! On peut se taire Ô…

Construction

Sortons. J’ai entendu des Dryades profondes, Lamentantes redire aux hommes de l’été (Comme de grandes eaux amoureuses qui grondent) Quel amour il faudrait à leur avidité. Est-ce vous sur ce banc ma Muse vagabonde, Coudes au corps, les mains ouvertes, l’air brisé ? Je garde aux dents le goût de…