Tu Fus Souvent Cruelle

Tu fus souvent cruelle,

Même injuste parfois,

Mais que fait, ô ma belle,

Puisqu’en toi seule crois

Et puisque suis ta chose.

Que tu me trompes avec Pierre,

Louis, et cœtera punctum,

Je sais, mais, là ! n’en ai que faire :

Ne suis que l’humble factotum

De ton humeur gaie ou morose.

S’il arrive que tu me battes,

Soufflettes, égratignes, tu

Es le maître dans nos pénates,

Et moi le cocu, le battu,

Suis content et vois tout en rose.

Et puis dame j’opine

Qu’à me voir ainsi si

Tien, finiras, divine

Par m’aimoter ainsi

Qu’on s’attache à sa chose.

Tu Fus Une Grande Amoureuse

Tu fus une grande amoureuse

À ta façon, la seule bonne

Puisqu’elle est tienne et que personne

Plus que toi ne fut malheureuse,

Après la crise de bonheur

Que tu portas avec honneur.
Oui, tu fus comme une héroïne,

Et maintenant tu vis, statue

Toujours belle sur la ruine

D’un espoir qui se perpétue

En dépit du Sort évident,

Mais tu persistes cependant !
Pour cela, je t’aime et t’admire

Encore mieux que je ne t’aime

Peut-être, et ce m’est un suprême

Orgueil d’être meilleur ou pire

Que celui qui fit tout le mal,

D’être à tes pieds tremblant, féal !
Use de moi, je suis ta chose ;

Mon amour va, ton humble esclave,

Prêt à tout ce que lui propose

Ta volonté dure et suave,

Prompt à jouir, prompt à souffrir,

Prompt vers tout, hormis pour mourir !
Mourir dans mon corps et mon âme,

Je le veux si c’est ton caprice.

Quand il faudra que je périsse

Tout entier, fais un signe, femme,

Mais que mon amour dût cesser ?

Il ne peut que s’éterniser.
Jette un regard de complaisance,

Ô femme forte, ô sainte, ô reine,

Sur ma fatale insuffisance

Sans doute à te faire sereine :

Toujours triste du temps fané,

Du moins, souris au vieux damné.

Tu M’ostines

 » Tu m’ostines !  » —  » Et je t’emmène

A la campagne.  » Ainsi parlaient

Deux amoureux dont s’éperlaient

Plus d’un encor propos amène.

Je crains fort que ces amoureux

N’aient été nous l’autre semaine

Nous répondant, Tyrcis, Climène,

Hélas ! en mots trop savoureux.

Mais puisqu’il en est temps encore,

Puisqu’il en est encore temps,

Ne soyons donc plus mécontents,

Au contraire, et que s’édulcore

Notre courroux, pourtant grondant

Un petit peu, mais pour la forme,

En un orage horrible, énorme,

De gros baisers se répondant.

Ô ma dure et bonne compagne,

Assez, dis, de malentendus,

Et si tu veux — car je le dus —

Or, je t’emmène à la campagne.

Nos Repas Sont Charmants

Nos repas sont charmants encore que modestes,

Grâce à ton art profond d’accommoder les restes

Du rôti d’hier ou de ce récent pot-au-feu

En hachis et ragoûts comme on n’en trouve pas chez Dieu.

Le vin n’a pas ce nom, car à quoi sert la gloire ?

Et puisqu’il est tiré, ne faut-il pas le boire ?

Pour le pain, comme on n’en a pas toujours mangé,

Qu’il nous semble excellent me semble un fait archijugé.

Le légume est pour presque rien, et le fromage :

Nous en usons en rois dont ce serait l’usage.

Quant aux fruits, leur primeur ça nous est bien égal,

Pourvu qu’il y en ait dans ce festin vraiment frugal.

Mais le triomphe, au moins pour moi, c’est la salade :

Comme elle en prend ! sans jamais se sentir malade,

Plus forte en cela que défunt Tragaldabas,

Et j’en bâfre de cœur tant elle est belle en ces ébats,

Et le café, qui pour ma part fort m’indiffère,

Ce qu’elle l’aime, mes bons amis, quelle affaire !

Je m’en amuse et j’en jouis pour elle, vrai !

Et puis je sais si bien que la nuit j’en profiterai.

Je sais si bien que le sommeil fuira sa lèvre

Et ses yeux allumés encor d’un brin de fièvre

Par la goutte de rhum bue en trinquant gaîment

Avec moi, présage gentil d’un choc bien plus charmant.

Nous Sommes Bien Faits

Nous sommes bien faits l’un pour l’autre ;

Pourtant quand tu me rencontreras

Menant mes derniers embarras

D’homme grave et de bon apôtre,

Ruine encore de chrétien,

Philosophe déjà païen,

Lourd de doctrine et de scrupule,

(Le tout un peu décomposé)

Mais au fond très bien disposé

Pour la popine et la crapule,

En un mot, sot entre les sots

De cette sorte de puceaux,

T’eus quelque mal à la conquête,

— Et par ce mot que j’ai voulu

J’entends ton triomphe absolu, —

Sinon de mon cœur, de ma tête ;

Je ne parle pas de mon corps

Vaincu dès les primes abords.

Mais comme nous sympathisâmes

Dès nos esprits mis en rapport

Et dès lors quel parfait accord

Entre ces luronnes, nos deux âmes,

Ces luronnes et nos lurons

D’esprits tout carrés et tout ronds !

Toi simple encor, que compliquée,

Et moi naïf aux cents replis,

Notre expérience des lits

Et noire ignorance marquée

En fait de sentiment subtil,

Tout ce nous rendait que gentil

L’un à l’autre ! en dépit, par crises,

De colères bien vite au trot,

D’humeurs noires, roses bientôt,

Et, mon Dieu, d’un tas de sottises

Qu’on réparait, pour t’apaiser

Madame et Monsieur, d’un baiser !

C’est de persévérer, petite !

C’est, chère, de continuer,

Quittes à parfois nous tuer

Pour nous ressusciter ensuite,

C’est de rester à deux, vraiment,

Bon cœur et mauvais garnement.

Mais Après Les Merveilles

Mais après les merveilles

Qui n’ont pas de pareilles

De l’épaule et du sein,

Faut sur un autre mode

Dresser une belle ode

Au glorieux bassin.

Faut célébrer la blanche

Souplesse de la hanche

Et sa mate largeur,

Dire le ventre opime

Et sa courbe sublime

Vers le sexe mangeur

Que chastement, encore

Que joliment, décore

Et défend juste assez

L’ombre qui sied aux choses

Divines, peu moroses

Rideaux drûment tressés.

Teutatès adorable,

Saturne plus aimable,

Anthropophage cher

Qui veut aux sacrifices

Non le sang des génisses

Mais le lait de ma chair.

Nous chanterons ensuite

L’aine blonde et sa fuite

Ambrée au sein du Saint…

Mais déposons la lyre.

Livrons-nous au délire

Raisonnable et succinct ?

Non ! fou, braque, orgiaque.

En apache, en canaque

Ivre de tafia :

Nous ne sommes pas l’homme

Pour la docte Sodome

Quand la Femme il y a.

Mais Sa Tête, Sa Tête

Mais Sa tête, Sa tête !

Folle, unique tempête

D’injustice indignée,

De mensonge en furie,

Visions de tuerie

Et de vengeance ignée ;
Puis exquise bonace,

Du soleil plein l’espace,

Colombe sur l’abîme,

Toute bonne pensée

Caressée et bercée

Pour un réveil sublime.
Force de la nature

Magnifiquement dure

Et si douce, Sa tête,

Adoré phénomène

Ô de ma Philomène

La tête, seule fête !
Et voyez qu’elle est belle

Cette tête rebelle

À la littérature

Comme à l’art de la brosse

Et du ciseau féroce,

Voyez, race future !
Car je veux dire aux Ages

Ce plus cher des visages,

Cheveux noirs comme l’ombre

Où passerait une onde

Pure, froide, profonde,

Sous un ciel bas et sombre,
Petit front d’Immortelle

Plissé dans la querelle,

Nez mignard qu’ironise

Un bout clair qui s’envole,

Bouche d’où Sa parole

Part, précise et concise
Mais sorcière sans cesse,

Qui blesse et qui caresse

Mon âme obéissante,

Soumise, adulatrice,

Ô voix dominatrice,

Ô voix toute-puissante !
Et ô sur cette bouche

Plus âpre que farouche,

Plus farouche que tendre,

Plus tendre qu’ordinaire,

Prince au fond débonnaire,

Le Baiser semble attendre,
Et tout cela qu’éclaire

Le regard circulaire

De deux beaux yeux de braise,

Bruns avec de la flamme,

Sournois avec de l’âme

Et du coeur, n’en déplaise
À nos jaloux, ma reine,

Ma noble souveraine

Qui me tiens dans tes geôles,

Ô tête belle et bonne

Et mauvaise et couronne

Du trône, tes Epaules.

L’écartement Des Bras

L’écartement des bras m’est cher, presque plus cher

Que l’écartement autre :

Mer puissante et que belle et que bonne de chair,

Quel appât est la vôtre !

Ô seins, mon grand orgueil, mon immense bonheur,

Purs, blancs, joie et caresse,

Volupté pour mes yeux et mes mains et mon cœur

Qui bat de votre ivresse,

Aisselles, fins cheveux courts qu’ondoie un parfum

Capiteux où je plonge,

Cou gras comme le miel, ambré comme lui, qu’un

Dieu fit bien mieux qu’en songe.

Fraîcheur enfin des bras endormis et rêveurs

Autour de mes épaules,

Palpitantes et si doux d’étreinte à mes ferveurs

Toutes à leurs grands rôles,

Que je ne sais quoi pleure en moi, peine et plaisir.

Plaisir fou, chaste peine,

Et que je ne puis mieux assouvir le désir

De quoi mon âme est pleine

Qu’en des baisers plus langoureux et plus ardents

Sur le glorieux buste

Non sans un sentiment comme un peu triste dans

L’extase comme auguste !

Et maintenant vers l’ombre blanche — et noire un peu,

L’amour il peut détendre

Plus par en bas et plus intime son fier jeu

Dès lors naïf et tendre !

La Sainte Ta Patronne

La sainte, ta patronne, est surtout vénérée

Dans nos pays du Nord et toute la contrée

Dont je suis à demi, la Lorraine et l’Ardenne.

Elle fut courageuse et douce et mourut vierge

Et martyre. Or il faut lui brûler un beau cierge

En ce jour de ta fête et de quelque fredaine

De plus, peut-être, en son honneur, ô ma païenne !

Tu n’es pas vierge, hélas ! mais encore martyre

Non pour Dieu, mais qui te plut. (Qu’ont-ils à rire ?)

A cause de ton cœur saignant resté sublime.

Courageuse, tu l’es, pauvre chère adorée,

Pour supporter tant de douleur démesurée

Avec cette fierté qui pare une victime,

Avec tout ce pardon joyeux et longanime.

Et douce ? Ah oui ! malgré ton allure si vive

Et si forte et rude parfois. Douce et naïve

Comme ta voix d’enfant aux notes paysannes.

Douce au pauvre et naïve envers tous et que bonne

Sous un dehors souvent brutal qui vous étonne,

Vous, les gens, mais dont j’ai vite su les arcanes !

Douce et bonne et naïve, âme exquise qui planes

Au-dessus de tout préjugé bête ou féroce,

Au-dessus de l’hypocrisie et du cant rosse

Et du jargon menteur et de l’argot fétide

Dans la région pure où la haine s’ignore,

Où la rancune expire, où l’amour pur arbore

Sur la blancheur des cieux sa bannière candide.

Ô résignation infiniment splendide.

En ce jour de ta fête et malgré nos frivoles

Préoccupations moins coupables que folles

De baisers redoublés pour le cas, et l’antienne

Plus gentille encor qu’excessive des mots lestes,

Recueillons-nous pourtant, pensons aux fins célestes

Afin qu’après ma mort ou, las ! après la tienne,

Le survivant pour l’absent prie, ô ma chrétienne !

Laisse Dire La Calomnie

Laisse dire la calomnie

Qui ment, dément, nie et renie

Et la médisance bien pire

Qui ne donne que pour reprendre

Et n’emprunte que pour revendre

Ah ! laisse faire, laisse dire !
Faire et dire lâches et sottes,

Faux gens de bien, feintes mascottes,

Langues d’aspic et de vipère ;

Ils font des gestes hypocrites,

Ils clament, forts de leurs mérites,

Un mal de toi qui m’exaspère.
Moi qui t’estime et te vénère

Au-dessus de tout sur la terre,

T’estime et vénère, ma belle,

De l’amour fou que je te voue,

Toi, bonne et sans par trop de moue,

M’admettant au lit, ma fidèle !
Mais toi, méprise ces menées,

Plus haute que tes destinées,

Grand coeur, glorieuse martyre,

Plane au-dessus de tes rancunes

Contre ces d’aucuns et d’aucunes ;

Bah ! laisse faire et laisse dire !
Bah ! fais ce que tu veux, ma belle

Et bonne, fidèle, infidèle, –

Comme tu fis toute ta vie,

Mais toujours, partout, belle et bonne,

Et ne craignant rien de personne,

Quoi qu’en aient la haine et l’envie.
Et puis tu m’as, si tu m’accordes

Un peu de ces miséricordes

Qui siéent envers un birbe honnête.

Tu m’as, chère, pour te défendre,

Te plaire, si tu veux m’entendre

Et voir, encor que laid et bête.

Ils Me Disent Que Tu Me Trompes

Ils me disent que tu me trompes.

D’abord, qu’est-ce que ça leur fait ?

Chère frivole, que tu rompes

Un serment que tu n’as pas fait ?

Ils me disent que t’es méchante

Envers moi, — moi, qui suis si bon !

Toi méchante ! Qu’un autre chante

Ce refrain très loin d’être bon

Méchante, toi qui toujours m’offres

Un sourire amusant toujours,

Toi, ma reine, qui de tes coffres

Me puise des trésors toujours.

Ils me disent et croient bien dire,

Ô toi que tu ne m’aimes pas ?

Que m’importe, j’ai ton sourire,

Et puis tu ne m’aimerais pas ?

Tu ne m’aimes ? Et la grâce

Et la force de ta beauté.

Tu me les donnes, grande et grasse

Et voluptueuse beauté.

Tu ne m’aimes pas? Et quand même

Ce serait vrai, qu’est-ce que fait ?

 » Si tu ne m’aimes pas, je t’aime.  »

— Mais tu m’aimes, dis, par le fait.

Je Ne Suis Pas Jaloux

Je ne suis pas jaloux de ton passé, chérie,

Et même je t’en aime et t’en admire mieux.

Il montre ton grand cœur et la gloire inflétrie

D’un amour tendre et fort autant qu’impétueux.

Car tu n’eus peur ni de la mort ni de la vie,

Et, jusqu’à cet automne fier répercuté

Vers les jours orageux de ta prime beauté,

Ton beau sanglot, honneur sublime, t’a suivie.

Ton beau sanglot que ton beau rire condolait

Comme un frère plus mâle, et ces deux bons génies

T’ont sacrée à mes yeux de vertus infinies

Dont mon amour à moi, tout fier, se prévalait

Et se targue pour t’adorer au sens mystique :

Consolations, vœux, respects, en même temps

Qu’humbles caresses et qu’hommages ex-votants

De ma chair à ce corps vaillant, temple héroïque

Où tant de passions comme en un Panthéon,

Rancœurs, pardons, fureurs et la sainte luxure

Tinrent leur culte, respectant la forme pure

Et le galbe puissant profanés par Phaon.

Pense à Phaon pour l’oublier dans mon étreinte

Plus douce et plus fidèle, amant d’après-midi,

D’extrême après-midi, mais non pas attiédi

Que me voici, tout plein d’extases et de crainte.

Va, je t’aime… mieux que l’autre : il faut l’oublier,

Toi, souris-moi du moins entre deux confidences,

Amazone blessée ès belles imprudences

Qui se réveille au sein d’un vieux brave écuyer.

Je Ne Suis Pas Jaloux De Ton Passé, Chérie

Je ne suis pas jaloux de ton passé, chérie,

Et même je t’en aime et t’en admire mieux.

Il montre ton grand coeur et la gloire inflétrie

D’un amour tendre et fort autant qu’impétueux.
Car tu n’eus peur ni de la mort ni de la vie,

Et, jusqu’à cet automne fier répercuté

Vers les jours orageux de ta prime beauté,

Ton beau sanglot, honneur sublime, t’a suivie.
Ton beau sanglot que ton beau rire condolait

Comme un frère plus mâle, et ces deux bons génies

T’ont sacrée à mes yeux de vertus infinies

Dont mon amour à moi, tout fier, se prévalait
Et se targue pour t’adorer au sens mystique :

Consolations, voeux, respects, en même temps

Qu’humbles caresses et qu’hommages ex-votants

De ma chair à ce corps vaillant, temple héroïque
Où tant de passions comme en un Panthéon,

Rancoeurs, pardons, fureurs et la sainte luxure

Tinrent leur culte, respectant la forme pure

Et le galbe puissant profanés par Phaon.
Pense à Phaon pour l’oublier dans mon étreinte

Plus douce et plus fidèle, amant d’après-midi,

D’extrême après-midi, mais non pas attiédi,

Que me voici, tout plein d’extases et de crainte.
Va, je t’aime mieux que l’autre : il faut l’oublier.

Toi : souris-moi du moins entre deux confidences,

Amazone blessée ès belles imprudences

Qui se réveille au sein d’un vieux brave écuyer.

Et Maintenant Aux Fesses

Et maintenant, aux Fesses !

Je veux que tu confesses,

Muse, ces miens trésors

Pour quels — et tu t’y fies —

Je donnerais cent vies

Et, riche, tous mes ors

Avec un tas d’encors.

Mais avant la cantate

Que mes âme et prostate

Et mon sang en arrêt

Vont dire à la louange

De son cher Cul que l’ange,

O déchu ! saluerait,

Puis il l’adorerait,

Posons de lentes lèvres

Sur les délices mièvres

Du dessous des genoux,

Souple papier de Chine,

Fins tendons, ligne fine

Des veines sans nul pouls

Sensible, il est si doux !

Et maintenant, aux Fesses !

Déesses de déesses,

Chair de chair, beau de beau.

Seul beau qui nous pénètre

Avec les seins, peut-être.

D’émoi toujours nouveau,

Pulpe dive, alme peau !

Elles sont presques ovales,

Presque rondes. Opales,

Ambres, roses (très peu)

S’y fondent, s’y confondent

En blanc mat que répondent

Les noirs, roses par jeu,

De la raie au milieu.

Déesses de déesses !

Du repos en liesses,

De la calme gaîté,

De malines fossettes

Ainsi que des risettes,

Quelque perversité

Dans que de majesté… !

Et quand l’heure est sonnée

D’unir ma destinée

A Son Destin fêté,

Je puis aller sans crainte

Et bien tenter l’étreinte

Devers l’autre côté :

Leur concours m’est prêté.

Je me dresse et je presse

Et l’une et l’autre fesse

Dans mes heureuses mains.

Toute leur ardeur donne,

Leur vigueur est la bonne

Pour aider aux hymens

Des soirs aux lendemains…

Ce sont les reins ensuite,

Amples, nerveux qu’invite

L’amour aux seuls élans

Qu’il faille dans ce monde,

C’est le dos gras et monde,

Satin tiède, éclairs blancs.

Ondulements troublants.

Et c’est enfin la nuque

Qu’il faudrait être eunuque

Pour n’avoir de frissons,

La nuque damnatrice,

Folle dominatrice

Aux frisons polissons

Que nous reconnaissons.

Ô nuque proxénète,

Vaguement déshonnête

Et chaste vaguement,

Frisons, joli symbole

Des voiles de l’Idole

De ce temple charmant,

Frisons chers doublement !

Fifi S’est Réveillé

Fifi s’est réveillé. Dès l’aube tu m’as dit

Bonjour en deux baisers, et le pauvre petit

Pépia, puis remit sa tête sous son aile

Et tut pour le moment sa gente ritournelle.

Ici je te rendis pour les tiens un baiser

Multiforme, ubiquiste et qui fut se poser

De la plante des pieds au bout des cheveux sombres

Avec des stations aux lieux d’éclairs et d’ombres,

Un jeu (car tu riais) ridiculement doux,

Et, brusque, entre les tiens je poussai mes genoux,

Tôt redressé sur eux et, penché vers ta bouche,

Fus brutal sans que tu te montrasses farouche,

Car tu remerciais dans un regard mouillé

C’est alors que Fifi, tout à fait réveillé,

Le mignon compagnon ! comparable aux bons drilles

Que le bonheur d’autrui ne fait pas envieux,

Salua mon triomphe en des salves de trilles

Que tout son petit cœur semblait lancer aux cieux.

Il sautillait, fiérot, comme un gars qui se cambre,

Acclamant un vainqueur justement renommé,

Et l’aurore éclatant aux carreaux de la chambre

Attestait sans mentir que nous avions aimé.