Ma France

Français je suis, je m’en vante,
Et très haut, très clair, très fort,
Je le redis et le chante.
Oui, je suis Français d’abord.
Mais, n’ayez soupçon ni doute,
Pour le loyal que je suis,
La France, où mon âme est toute,
Ma France, c’est mon pays.

Ma France, l’intime France,
C’est mon foyer, mon berceau,
C’est le lieu de ma naissance,
Dans ce qu’il a de plus beau ;
C’est la terre où s’enracine
L’érable national,
C’est le ciel où se dessine
La croix du clocher natal.

La douce image de l’autre
Tremble encore dans nos yeux.
Laquelle aimé-je ? La nôtre ?
Je les aime toutes deux !
Indivisibles patries,
Ces deux Frances, pour toujours,
De tout notre coeur chéries,
Ne font qu’une en nos amours.

Qu’un lâche à sa race mente ;
Moi, je suis Français d’abord.
Je le dis et je le chante
Très haut, très clair, et très fort.
Mais, n’ayez soupçon ni doute,
Pour le loyal que je suis,
La France où mon âme est toute,
Ma France, c’est mon pays.

Ma Lointaine Aïeule

Par un temps de demoiselle,
Sur la frêle caravelle,
Mon aïeule maternelle,
Pour l’autre côté de l’Eau,
Prit la mer à Saint-Malo.

Son chapelet dans sa poche,
Quelques sous dans la sacoche,
Elle arrivait, par le coche,
Sans parure et sans bijou,
D’un petit bourg de l’Anjou.

Devant l’autel de la Vierge,
Ayant fait brûler le cierge
Que la Chandeleur asperge,
Sans que le coeur lui manquât,
La terrienne s’embarqua.

Femme de par Dieu voulue,
Par le Roy première élue,
Au couchant, elle salue
Ce lointain mystérieux,
Qui n’est plus terre ni cieux.

Et tandis que son oeil plonge
Dans l’azur vague, elle songe
Au bon ami de Saintonge,
Qui, depuis un siècle, attend
La blonde qu’il aime tant.

De la patrie angevine,
Où la menthe et l’aubépine
Embaument val et colline,
La promise emporte un brin
De l’amoureux romarin.

Par un temps de demoiselle,
Un matin dans la chapelle,
Sous le poêle de dentelle,
Au balustre des époux,
On vit le couple à genoux.

Depuis cent et cent années,
Sur la tige des lignées,
Aux branches nouvelles nées,
Fleurit, comme au premier jour,
Fleur de France, fleur d’amour.

Ô mon coeur, jamais n’oublie
Le cher lien qui te lie,
Par-dessus la mer jolie,
Aux bons pays, aux doux lieux,
D’où sont venus les Aïeux.

Notre Terre

Terre, dont les âpres rivages
Et les promontoires géants
Refoulent les vagues sauvages
Que soulèvent deux océans ;

Terre qui, chaque avril, émerges,
Toute radieuse, à travers
La cendre de tes forêts vierges
Et la neige de tes hivers ;

Terre richement variée
De verdure et de floraisons,
Que le Seigneur a mariée
Au Soleil des quatre saisons ;

Reine des terres boréales,
Qui, sans mesure, donnes l’or,
L’or et l’argent des céréales,
Sans épuiser son grand trésor ;

Terre qui, d’un prime amour veuve,
N’a cessé de donner le sein
Au peuple, qui de toute épreuve,
Échappa toujours, sauf et sain ;

Terre de la persévérance,
Terre de la fidélité,
Vivace comme l’espérance,
Sereine comme un ciel d’été ;

Terre dont la race évolue
En nombre, en verdeur, en beauté,
Notre Terre, je te salue,
Avec amour, avec fierté !

Patrie Intime

Je veux vivre seul avec toi
Les jours de la vie âpre et douce,
Dans l’assurance de la Foi,
Jusqu’à la suprême secousse.

Je me suis fait une raison
De me plier à la mesure
Du petit cercle d’horizon
Qu’un coin de ciel natal azure.

Mon rêve n’ai jamais quitté
Le cloître obscur de la demeure
Où, dans le devoir, j’ai goûté
Toute la paix intérieure.

Et mon amour le plus pieux,
Et ma fête la plus fleurie,
Est d’avoir toujours sous les yeux
Le visage de ma patrie.

Patrie intime de ma foi,
Dans une immuable assurance,
Je veux vivre encore avec toi,
Jusqu’au soir de mon espérance.

Roses D’automne

Aux branches que l’air rouille et que le gel mordore,
Comme par un prodige inouï du soleil,
Avec plus de langueur et plus de charme encore,
Les roses du parterre ouvrent leur coeur vermeil.

Dans sa corbeille d’or, août cueillit les dernières :
Les pétales de pourpre ont jonché le gazon.
Mais voici que, soudain, les touffes printanières
Embaument les matins de l’arrière-saison.

Les bosquets sont ravis, le ciel même s’étonne
De voir, sur le rosier qui ne veut pas mourir,
Malgré le vent, la pluie et le givre d’automne,
Les boutons, tout gonflés d’un sang rouge, fleurir.

En ces fleurs que le soir mélancolique étale,
C’est l’âme des printemps fanés qui, pour un jour,
Remonte, et de corolle en corolle s’exhale,
Comme soupirs de rêve et sourires d’amour.

Tardives floraisons du jardin qui décline,
Vous avez la douceur exquise et le parfum
Des anciens souvenirs, si doux, malgré l’épine
De l’illusion morte et du bonheur défunt.

La Petite Canadienne

Elle est bonne, franche, et telle
Que l’amoureux de chez nous
Ne courtise et n’aime qu’elle.
Et, de vrai, c’est la plus belle,
Avec ses Jolis yeux doux.

Beauté d’idylle naïve,
Elle a l’air, le teint vermeil,
De cette prime fleur vive,
Qui, malgré le gel, hâtive,
Fleurit sous un froid soleil.

Hormis cette grâce fine,
Charmes purs, charmes frais,
Joliesse féminine
Que la nature dessine,
Je lui sais plus rares traits.

Compatriote chérie,
Où je te vois et t’entends,
Où tu ris, c’est la patrie,
Revivante, refleurie,
Dans un rayon de printemps.

Ton sourire nous enivre ;
Ta vaillance est notre espoir ;
Le divin bonheur de vivre,
Nous le trouvons à te suivre
Par le chemin du devoir.

La Saint-Jean-Baptiste appelle
La nationalité.
Viens, ma chère, fais-toi belle ;
Dans la fête solennelle,
Viens marcher à mon côté.

Viens !… et mets, pour qu’on le dise,
Cocarde parlante, autour
De ton chapeau de payse,
La feuille qui symbolise
Le patriotique amour !

Première entre les premières,
Prends ta place dans nos rangs.
Fière au-dessus des plus fières,
Française, de nos bannières,
Ferme et haut, tiens les rubans !

Salut, princesse lointaine,
Seigneuresse des vieux lys !
Haute dame souveraine
De cette claire fontaine
Qu’ombragent les bois jolis !

Les fils n’aiment plus la terre ;
Ô patronne, enseigne-leur
Le patriotisme austère,
Le bon travail salutaire,
Qui rend solide et meilleur.

Grande chrétienne, humble sainte,
Qui, forte divinement,
Monte au calvaire, et, sans plainte,
Souffre et meurt, ivre d’absinthe,
Sur ta croix du dévouement !

Oh ! quelle gloire est la tienne !
Tu représentes, pour moi,
La pure race ancienne.
Petite Canadienne,
La France, en nos coeurs, c’est toi.

Le Ber

La campagne, comme autrefois,
Avec le bahut, et le coffre,
Et l’armoire à vitrail, nous offre
Le ber à quenouilles de bois.

Dans le coeur d’un merisier rouge,
L’aïeul a taillé les morceaux ;
Et la courbe des longs berceaux
Illustre la naïve gouge.

Que la mère y couche un garçon,
Ou qu’une mioche y respire,
L’orgueil n’y voit que le sourire
Et la vigueur du nourrisson.

Sur la paille de ce lit fruste,
Les marmots auront un sommeil
Qui, tels l’air pur et le soleil,
Rend plus beau, plus frais, plus robuste.

Aux angles du salon fermé,
Le mobilier poudreux se fane,
Mais dans l’alcôve paysanne,
Le ber ancien n’a pas chômé.

Ce qu’il berce avec tant de joie,
Berce et berce, bon an, mal an,
Dans son bâti tout brimbalant,
C’est l’être que le ciel envoie.

C’est l’enfant de l’humble maison,
Nourri par la terre féconde
Où toute bonne graine abonde,
Et tout fructifie à foison.

Près du lit funèbre où l’ancêtre,
Le Christ aux doigts, fut exposé,
Au coeur du dernier baptisé,
Le vieux coeur français va renaître.

Et le toit natal, chaque jour,
Bénit la race triomphante
Dont la suite immortelle enfante
La vertu, la force, l’amour.

Le Fleuve

Depuis l’âge orageux des aurores premières
Où tout un ciel pleuvait sur un monde naissant,
Suivi d’un infini cortège de rivières,
Au large, à plein chenal, en triomphe, il descend.

Superbe, délivré des ténèbres sauvages
Et des enchantements des noirs Esprits du mal,
Il proclame aux nouveaux soleils de ses rivages,
Son noble nom de saint, son beau nom baptismal.

Reflétant les espoirs des races obstinées
Dont les fils ont connu les pleurs des sombres jours,
Le vieux fleuve, le fleuve aux vastes destinées,
Le Saint-Laurent poursuit son voyage au long cours.

En vain le précipice irrite sa puissance,
De l’abîme à l’abîme, il redouble ses bonds.
Il passe. Tout le bruit de son effervescence
À la longue, s’apaise en des calmes profonds.

De la plus humble côte au plus haut promontoire,
D’amont jusqu’en aval, tout le long de ses bords,
Cent clochers, au matin, célèbrent son histoire,
Et cent clochers, au soir, modulent leurs accords.

Il passe. Que lui font les tributs qu’il absorbe ?
En sera-t-il plus beau, plus grand, plus glorieux ?
Il passe, et l’on verra se résoudre en son orbe
L’émeraude et l’azur de la terre et des cieux :

Mais voici que la Mer ose forcer l’entrée
De l’estuaire où roule un océan de flots :
Devant le Roi des eaux, la Mer exaspérée
Recule, et sa colère éclate en longs sanglots.

Et le Fleuve, le vieux fleuve, le fleuve immense,
Dont les souffles n’ont pas cessé d’être vivants,
Magnifique de calme et d’orgueil, recommence
Sa marche vers l’aurore et les soleils levants.

Tel, par les champs dorés et par les vertes plaines,
Ce peuple qui déferle et déborde en tous lieux,
Et qui, sous tous les ciels, sent courir en ses veines,
Le sang qui mit sa pourpre aux veines des aïeux.

Illustre peuple issu de ces divines sources
Qui ne pourront jamais décroître ni tarir,
Il passe, à peine ému de ses lointaines courses,
Calme, tranquille, sûr de ne jamais mourir.

Le Vieux Parler

Si je le parle, à coeur de jour,
Au pays, avec les miens, comme
Au grand siècle tout gentilhomme
Le parlait aux abbés de cour,
C’est… Ains seulement par amour.

Ce français vieillot qu’on dédaigne,
Il est natif d’un haut Poitou
Et d’un lointain Paris itou.
Ces termes, que le chaume enseigne,
Ce sont des termes de Montaigne.

Le mot local, très clair, s’entend ;
Du puriste il choque l’oreille ;
Malgré tout, comme il s’appareille,
Et comme il s’accorde pourtant
Avec la parlure d’antan.

L’habitant, dit-on, baragouine.
L’habitant patoise ? C’est faux.
Il remet au jour des joyaux
Qu’incrustent souvent la patine
Et l’illustre rouille latine.

Oyez le parler du hameau :
Il coule comme aux goutterelles
Coulent les sèves naturelles ;
Il coule aux lèvres comme l’eau
Des érables au renouveau.

Mais que l’émoi d’un coeur l’anime,
Ce vieux français, c’est tout chez nous ;
Sous ses aspects âpres et doux,
Ce langage simple et sublime,
C’est toute la patrie intime.

Si le papier le souffre ici,
Oh ! c’est rapport à la victoire
Des patriotes de l’histoire !
Si je le parle encore ainsi,
À Dieu, grand’grâce et grand merci !

Durant trois siècles d’affilée,
La première langue du sol
A lutté sans peur et sans dol.
Malgré rafale et giboulée,
L’honneur et le droit l’ont parlée.

Le verbe du clocher natal
A gardé toute sa puissance,
Et le vieil esprit de la France
Poursuit l’ancien chemin royal
Vers les grands fonds de l’idéal.

L’érable

L’érable au torse dur et fort,
Ébrèche le fer qui l’assaille,
Et, malgré mainte et mainte entaille,
Résiste aux plus grands coups du Nord.

L’hiver, dont le cours s’éternise,
De givre et de neige a tissé
Le linceul de l’arbre glacé.
L’érable est mort ! hurle la bise.

L’érable est mort ! clame au soleil
Le chêne orgueilleux qui s’élance.
L’érable prépare en silence
Le triomphe de son réveil.

Sous le velours âpre des mousses
La blessure ancienne a guéri,
Et la sève d’un tronc meurtri
Éclate en glorieuses pousses.

Des profondeurs d’un riche fond,
L’arbre pousse ; il semble qu’il veuille
Magnifier, de feuille en feuille,
Le miracle d’un coeur fécond.

Il n’a fallu qu’une heure chaude
Pour que soudain, l’on vît fleurir,
Sur les bourgeons, lents à s’ouvrir,
La pourpre, l’or et l’émeraude.

L’érable vit ! chante en son vol
Tout le choeur des forêts en fête :
L’érable, de la souche au faîte
Frémit au chant du rossignol.

Contre la bise et l’avalanche,
Le roi majestueux des bois
A pris, et reprendra cent fois,
Sa victorieuse revanche.

L’érable symbolise bien
La surnaturelle endurance
De cette âpre race de France
Qui pousse en plein sol canadien :

Robuste et féconde nourrice
Dont le flanc, tant de fois blessé,
Des rudes coups d’un fier passé
Porte l’illustre cicatrice.

Claire Fontaine

Claire fontaine où rossignole
Un rossignol jamais lassé,
N’es-tu pas le charmant symbole
D’un cher passé ?

Source de fraîche mélodie,
Qui fait fleurir, sous nos frimas,
Ce rosier blanc de Normandie,
Qui ne meurt pas !

À ce bouton de rose blanche,
L’hiver ne fut jamais fatal,
Non plus qu’au chêne qui se penche
Sur ton cristal.

Oh ! c’est une peine immortelle
Qui s’épanche, en larmes d’amour,
Dans la naïve ritournelle
De l’ancien jour.

C’est un reflet des ciels de France,
Ô fontaine, que tu fais voir,
Dans la limpide transparence
De ton miroir.

Crépuscule Rustique

La profondeur du ciel occidental s’est teinte
D’un jaune paille mûre et feuillage rouillé,
Et, tant que la lueur claire n’est pas éteinte,
Le regard qui se lève est tout émerveillé.

Les nuances d’or clair semblent toutes nouvelles.
Le champ céleste ondule et se creuse en sillons,
Comme un chaume, où reluit le safran des javelles
Qu’une brise éparpille, et roule en gerbillons.

Chargé des meules d’ambre, où luit, par intervalle,
Le reflet des rayons amortis du soleil,
Le nuage, d’espace en espace, dévale,
Traîne, s’enfonce, plonge à l’horizon vermeil.

Mais l’ombre, lentement, traverse la campagne,
Et glisse, à vol léger, au fond des plaines d’or.
Septembre, glorieux, derrière la montagne,
A roulé, pour la nuit, le char de Messidor.

La Branche D’alisier Chantant

Je l’ai tout à fait désapprise
La berceuse au rythme flottant,
Qu’effeuille, par les soirs de brise,
La branche d’alisier chantant.

Du rameau qu’un souffle balance,
La miraculeuse chanson,
Au souvenir de mon enfance,
A communiqué son frisson.

La musique de l’air, sans rime,
Glisse en mon rêve, et, bien souvent,
Je cherche à noter ce qu’exprime
Le chant de la feuille et du vent.

J’attends que la brise reprenne
La note où tremble un doux passé,
Pour que mon coeur, malgré sa peine,
Un jour, une heure en soit bercé.

Nul écho ne me la renvoie,
La berceuse de l’autre jour,
Ni les collines de la joie,
Ni les collines de l’amour.
La branche éolienne est morte ;
Et les rythmes mystérieux
Que le vent soupire à ma porte,
Gonflent le coeur, mouillent les yeux.

Le poète en mélancolie
Pleure de n’être plus enfant,
Pour ouïr ta chanson jolie,
Ô branche d’alisier chantant !

La Maison Solitaire

Seule, en un coin de terre où plane la tristesse
Et le mélancolique et vague ennui des soirs,
La vieille maison blanche, aux grands contrevents noirs,
Pleure-t-elle ses gens, son hôte, son hôtesse ?

Avec sa porte close et ses carreaux en deuil
Qui ne semblent, au loin, qu’un vaporeux décalque,
La maison blanche et noire a l’air d’un catafalque
Érigé sur le vide et la nuit d’un cercueil.

À la croix des pignons tachés d’ocre et de suie,
Comme un crêpe fané, la mousse vole au vent,
Et l’on dirait, parfois, qu’il tombe de l’auvent
Une neige de cendre et des larmes de pluie.

Trois générations ont peiné dans ce lieu :
Trois générations de laboureurs de terre
Ont vécu longuement le rêve solitaire,
Qui commence à l’autel et finit devant Dieu.

Tout semble mort… Soudain, la vitre qui brasille
S’ouvre, et, tel qu’au matin, brille un coquelicot,
Une face vermeille apparaît, et l’écho
Éparpille un fredon d’enfant qui s’égosille.

Rouge d’orgueil, le fier petit gars d’habitant,
Que le ber ancestral a couvé dans la paille,
Du jeu d’un gosier d’or, éblouit la marmaille
Et fait taire le merle et le coq éclatant.

Et la vieille maison, tant de fois attristée
Par le glas et l’adieu des funèbres convois,
Reprend jeunesse et vie au seul son de la voix
Qui conjure l’ennui, dont son âme est hantée.

Le vieil âge n’est plus. Voici le jeune temps :
L’aurore entre malgré la fenêtre morose ;
La chambre se plafonne et se meuble de rose ;
La maison recommence à vivre ses vingt ans.

Et le chef du travail, dehors à coeur d’année,
Bénit l’horizon clair et le soleil levant,
Le nuage et l’oiseau, la rosée et le vent,
Qui lui promettent tous une belle journée.

La Maison Vide

Petite maison basse, au grand chapeau pointu,
Qui, d’hiver en hiver, semble s’être enfoncée
Dans la terre sans fleurs, autour d’elle amassée.
Petite maison grise, au grand chapeau pointu,
Au lointain bleu, là-bas, dis-le-moi, que vois-tu ?

Par les yeux clignotants de ta lucarne rousse,
Pour voir plus clair, plus loin, tu sembles faire effort,
Et froncer les sourcils sous ton chapeau de mousse.
Vers ces couchants de rêve où le soleil s’endort,
Pour voir plus clair, plus loin, tu sembles faire effort.

Il est couché, là-bas, au fond du cimetière,
Celui qui t’aime encore autant que tu l’aimais.
Petite maison vieille, au chapeau de poussière,
Celui qui t’aime encore autant que tu l’aimais,
L’absent, tant regretté, ne reviendra jamais.