Tu Te Moques, Jeune Ribaude

Ode
Tu te moques, jeune ribaude :

Si j’avais la tête aussi chaude

Que tu es chaude sous ta cotte,

Je n’aurais besoin de calotte,

Non plus qu’à ton ventre il ne faut

De pelisson, tant il est chaud.
Tous les charbons ardents

Allument là-dedans

Le plus chaud de leur braise ;

Un feu couvert en sort,

Plus fumeux et plus fort

Que l’air d’une fournaise.
J’ai la tête froide et gelée,

D’avoir ma cervelle écoulée

A ce limonier, par l’espace

De quatre ans, sans m’en savoir grâce,

Et lui voulant vaincre le cul,

Moi-même je me suis vaincu.
Ainsi, le fol sapeur

Au fondement trompeur

D’un Boulevard s’arrête,

Quand le faix, tout soudain

Ebranlé de sa main,

Lui écrase la tête.

Autre Du Même À La Même Dame

Contente-toi d’un point :

Tu es, je n’en mens point,

Trop chaude à la curée ;

Un coup suffit, la nuit,

L’ordinaire qui suit

Est toujours de durée.
De reins faibles je suis,

Relever je ne puis :

Un cheval de bon être,

Qui au montoir se plaît,

Sans un nouveau surcroît

Porte toujours son maître.
Le nombre plus parfait

Du premier un se fait,

Qui par soi se compose ;

La très simple unité,

Loin de la pluralité

Conserve toute chose.
Le Monde sans pareil

Ne porte qu’un Soleil,

Qu’une Mer, qu’une Terre,

Qu’une eau, qu’un Ciel ardent :

Le nombre discordant

Est cause de la guerre.
Ma mignonne, crois-moi :

Mon cas n’est pas mon doigt,

Quand je puis il me dresse ;

Tant de fois pigeonner,

Enconner, renconner,

Ce sont tours de jeunesse.
Mon cheveu blanchissant

De mon coeur va chassant

La force et le courage ;

L’Hiver n’est pas l’Eté :

J’ai autrefois été,

Tu seras de mon âge.
Hier, tu me bravas,

Couchée entre mes bras :

Je le confesse, Bure,

J’eusse été bien marri,

Au règne de Henri,

D’endurer telle injure.
Lors qu’un printemps de sang

M’échauffait tout le flanc

A gagner la victoire,

Bien dispos, je rompais

Huit ou neuf fois mon bois

Maintenant, il faut boire !
Ne ressemble au goulu,

Qui son bien dissolu

Tout à la fois consomme :

Cil qui prend peu à peu

L’argent qui lui est dû,

Ne perd toute la somme.
Sois donc soûle de peu ;

De peu l’Homme est repu :

Celui qui, sans mesure,

Le fait et le refait,

Ménager il ne sait

Le meilleur de Nature.
Au lieu que l’inconstant

Jouvenceau le fait tant,

Trop chaud à la bataille ;

Demeurons plus longtemps,

Qu’un de nos passetemps

Quatre d’un autre en vaille.
Il faut se reposer,

Se tâter, se baiser,

D’un accord pitoyable

Faire trêve et paix :

Souvent, les petits mets

Font durer une Table.
Ne fronce le sourcil :

Si tu le veux ainsi,

Bure, tu es servie ;

Je veux, sans m’abuser,

En me jouant, user

Et non perdre la vie.