Un Tel Souffle, Ne L’ai-je Pas Puisé Au Flux Des Minuits

Extrait
Un tel souffle, ne l’ai-je pas puisé au flux des minuits,

pour l’amour de toi, afin que tu vinsses un jour ?

Parce que j’espérais apaiser ton visage

par des splendeurs à la force presque intacte,

une fois que dans l’infini de ce que j’en suppose il reposerait en face du mien.

Sans bruit, de l’espace advenait à mes traits ;

afin de suffire au grand regard levé en toi,

mon sang miroitait et s’approfondissait.
Quand à travers la pâle division de l’olivier

la nuit régnait avec plus de force, de toutes ses étoiles,

je me dressais, je me tenais debout et me

renversais en arrière, et recevais la leçon

dont jamais ensuite je n’ai compris qu’elle venait de toi.
Ô quelle forte parole fut semée en moi

pour que si jamais ton sourire advient,

par mon regard je transfère sur toi l’espace du monde.

Mais tu ne viens pas, ou tu viens trop tard.

Jetez-vous, anges, sur ce champ de lin bleu.

Anges, anges, fauchez.

Le Rêve Est La Traîne De Brocart Qui Tombe De Tes Épaules

Extrait
Le rêve est la traîne de brocart qui tombe de tes épaules

le rêve est un arbre, un éclat fugitif, un bruit de voix -;

un sentiment qui en toi commence et s’achève

est rêve ; un animal qui te regarde dans les yeux

est rêve ; un ange qui jouit de toi

est rêve. Rêve est le mot qui d’une douce chute

tombe dans ton sentiment comme un pétale

qui s’accroche à ta chevelure : lumineux, confus et las -,

lèves-tu seulement les mains : c’est encore le rêve qui vient,

et il y vient comme tombe une balle -;

tout, ou presque, rêve -, et toi, tu portes tout cela.
Tu portes tout cela. Et avec quelle beauté tu le portes.

Chargée de lui comme de ta chevelure.

Et cela vient des profondeurs, cela vient

des hauteurs jusqu’à toi et par ta Grâce
Là où tu es, rien n’a attendu en vain,

nulle part autour de toi il n’est fait de tort aux choses

et c’est comme si j’avais déjà vu

que des animaux se baignent dans tes regards

et boivent à ta claire présence.
Mais ce que tu es : cela seul je l’ignore. Je sais

seulement chanter ta louange : cercle de légende

autour d’une âme, jardin autour d’une maison

dans les fenêtres de laquelle je vis le ciel -.
Ô tant de ciel, s’en allant, vu de si près ;

ô tant de ciel sur tant d’horizon.
Et quand c’est la nuit -: quelles grandes étoiles

ne peuvent manquer de se refléter dans ces fenêtres

Ange, Est-ce Une Plainte ? Ai-je L’air De Me Plaindre

Extrait
Ange, est-ce une plainte ? Ai-je l’air de me plaindre ?

Mais que serait-elle donc, cette plainte mienne ?

Non, non : je crie, je frappe deux morceaux de bois l’un contre l’autre

Et je n’ai pas le sentiment d’être entendu.

J’ai beau faire du bruit, tu ne m’en entendras pas mieux :

Ne me sentirais-tu pas rien que parce que je suis ?

Envoie, envoie ta lumière ! Fais que les étoiles me considèrent

davantage. Car je suis en train de me dissoudre.