Skip to content

Recueil : Poèmes Barbares

Un Coucher De Soleil

Sur la côte d’un beau pays, Par delà les flots Pacifiques, Deux hauts palmiers épanouis Bercent leurs palmes magnifiques. À leur ombre, tel qu’un Nabab Qui, vers midi, rêve et repose, Dort un grand tigre du Pendj-Ab, Allongé sur le sable rose ; Et, le long des fûts lumineux, Comme…

Un Acte De Charité

Certes, en ce temps-là, le bon pays de France Par le fait de Satan fut très fort éprouvé, Pas un grêle fétu du sol n’ayant levé Et le maigre bétail étant mort de souffrance. Trois ans passés, un vrai déluge, nuit et jour, Ruisselait par les champs où débordaient les…

Ultra Coelos

Autrefois, quand l’essaim fougueux des premiers rêves Sortait en tourbillons de mon coeur transporté ; Quand je restais couché sur le sable des grèves, La face vers le ciel et vers la liberté ; Quand, chargé du parfum des hautes solitudes, Le vent frais de la nuit passait dans l’air…

Solvet Seclum

Tu te tairas, ô voix sinistre des vivants ! Blasphèmes furieux qui roulez par les vents, Cris d’épouvante, cris de haine, cris de rage, Effroyables clameurs de l’éternel naufrage, Tourments, crimes, remords, sanglots désespérés, Esprit et chair de l’homme, un jour vous vous tairez ! Tout se taira, dieux, rois,…

Requies

Comme un morne exilé, loin de ceux que j’aimais, Je m’éloigne à pas lents des beaux jours de ma vie, Du pays enchanté qu’on ne revoit jamais. Sur la haute colline où la route dévie Je m’arrête, et vois fuir à l’horizon dormant Ma dernière espérance, et pleure amèrement. O…

Qaïn

En la trentième année, au siècle de l’épreuve, Etant captif parmi les cavaliers d’Assur, Thogorma, le Voyant, fils d’Elam, fils de Thur, Eut ce rêve, couché dans les roseaux du fleuve, A l’heure où le soleil blanchit l’herbe et le mur. Depuis que le Chasseur Iahvèh, qui terrasse Les forts…

Paysage Polaire

Un monde mort, immense écume de la mer, Gouffre d’ombre stérile et de lueurs spectrales, Jets de pics convulsifs étirés en spirales Qui vont éperdument dans le brouillard amer. Un ciel rugueux roulant par blocs, un âpre enfer Où passent à plein vol les clameurs sépulcrales, Les rires, les sanglots,…

Nurmahal

À l’ombre des rosiers de sa fraîche terrasse, Sous l’ample mousseline aux filigranes d’or, Djihan-Guîr, fils d’Akbar, et le chef de sa race, Est assis sur la tour qui regarde Lahor. Deux Umrahs sont debout et muets, en arrière. Chacun d’eux, immobile en ses flottants habits, L’oeil fixe et le…

Les Hurleurs

Le soleil dans les flots avait noyé ses flammes, La ville s’endormait aux pieds des monts brumeux. Sur de grands rocs lavés d’un nuage écumeux La mer sombre en grondant versait ses hautes lames. La nuit multipliait ce long gémissement. Nul astre ne luisait dans l’immensité nue ; Seule, la…

Les Jungles

Sous l’herbe haute et sèche où le naja vermeil Dans sa spirale d’or se déroule au soleil, La bête formidable, habitante des jungles, S’endort, le ventre en l’air, et dilate ses ongles. De son mufle marbré qui s’ouvre, un souffle ardent Fume ; la langue rude et rose va pendant…

Les Larmes De L’ours

Le Roi des Runes vint des collines sauvages. Tandis qu’il écoutait gronder la sombre mer, L’ours rugir, et pleurer le bouleau des rivages, Ses cheveux flamboyaient dans le brouillard amer. Le Skalde immortel dit : Quelle fureur t’assiège, Ô sombre Mer ? Bouleau pensif du cap brumeux, Pourquoi pleurer ?…

Les Montreurs

Tel qu’un morne animal, meurtri, plein de poussière, La chaîne au cou, hurlant au chaud soleil d’été, Promène qui voudra son cœur ensanglanté Sur ton pavé cynique, ô plèbe carnassière ! Pour mettre un feu stérile en ton oeil hébété, Pour mendier ton rire ou ta pitié grossière, Déchire qui…

Les Rêves Morts

Vois ! cette mer si calme a comme un lourd bélier Effondré tout un jour le flanc des promontoires, Escaladé par bonds leur fumant escalier, Et versé sur les rocs, qui hurlent sans plier, Le frisson écumeux des longues houles noires. Un vent frais, aujourd’hui, palpite sur les eaux, La…

Les Taureaux

Les plaines de la mer, immobiles et nues, Coupent d’un long trait d’or la profondeur des nues. Seul, un rose brouillard, attardé dans les cieux, Se tord languissamment comme un grêle reptile Au faîte dentelé des monts silencieux. Un souffle lent, chargé d’une ivresse subtile, Nage sur la savane et…

L’oasis

Derrière les coteaux stériles de Kobbé Comme un bloc rouge et lourd le soleil est tombé ; Un vol de vautours passe et semble le poursuivre. Le ciel terne est rayé de nuages de cuivre ; Et de sombres lueurs, vers l’Est, traînent encor, Pareilles aux lambeaux de quelque robe…