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Recueil : Poèmes de jeunesse

Soleil D’hiver

À Monsieur Eliacim Jourdain. Phébus à la perruque rousse De qui les lames de vermeil, Ô faunes ivres dans la mousse, Provoquaient votre lourd sommeil. Le bretteur aux fières tournures Dont le brocart était d’ors fins, Et qui par ses égratignures Saignait la pourpre des raisins. Ce n’est plus qu’un…

Galanterie Macabre

Dans un de ces faubourgs où vont des caravanes De chiffonniers se battre et baiser galamment Un vieux linge sentant la peau des courtisanes Et lapider les chats dans l’amour s’abîmant, J’allais comme eux : mon âme errait en un ciel terne Pareil à la lueur pleine de vague effroi…

Haine Du Pauvre

Ta guenille nocturne étalant par ses trous Les rousseurs de tes poils et de ta peau, je l’aime Vieux spectre, et c’est pourquoi je te jette vingt sous. Ton front servile et bas n’a pas la fierté blême : Tu comprends que le pauvre est le frère du chien Et…

L’enfant Prodigue

I. Chez celles dont l’amour est une orange sèche Qui garde un vieux parfum sans le nectar vermeil, J’ai cherché l’Infini qui fait que l’homme pèche, Et n’ai trouvé qu’un Gouffre ennemi du sommeil. — L’Infini, rêve fier qui berce dans sa houle Les astres et les cœurs ainsi qu’un…

Mon Cher Papa

(Écrit à l’âge de 12 ans.) J’avais appris un compliment, Et j’accourais pour célébrer ta fête, On y parlait de sentiment De tendre amour, d’ardeur parfaite ; Mais j’ai tout oublié, Lorsque je suis venu, Je t’aime est le seul mot que j’ai bien retenu.

Mysticis Umbraculis

Prose des fous. Elle dormait : son doigt tremblait, sans améthyste Et nu, sous sa chemise : après un soupir triste, Il s’arrêta, levant au nombril la batiste. Et son ventre sembla de la neige où serait, Cependant qu’un rayon redore la forêt, Tombé le nid moussu d’un gai chardonneret.

Ô Si Chère De Loin

Ô si chère de loin et proche et blanche, si Délicieusement toi, Méry, que je songe À quelque baume rare émané par mensonge Sur aucun bouquetier de cristal obscurci Le sais-tu, oui ! pour moi voici des ans, voici Toujours que ton sourire éblouissant prolonge La même rose avec son…

À Un Poète Immoral

Puisque ce soir, onze décembre Mil huit cent soixante-un, je n’ai Qu’à rouler le chapelet d’ambre D’un rêve cent fois égrené, Les pieds au feu, sans que m’égare Quelque bonnet blanc inconstant, Je vais avec ce blond cigare Allumer ma verve un instant. Et, tant que sa lueur vermeille Égaiera…