Tu Ne Veux Pas Choisir Les Routes Ni L’amour

Tu ne veux pas choisir les routes ni l’amour

Et tu brises tes jours sans rien retenir

Ta face est contractée des possibilités

Tu veux être celui qui ne prendra jamais

La forme d’un visage

Un soir que tu as signé

Le pacte des révoltes

Et revenu des rêves et revenu des morts

Te voilà les mains vides les armes à la main

Voilà que tu reprends et la route et le masque

Voilà que tu reprends entre tes mains tes rêves

Voilà que tu reprends tes jours écoulés

Voilà que tu reprends tes amours et tes nuits.

Tu Vis De Négations

Tu vis de négations et du mal que tu portes

Ton regard n’est qu’un rêve obscur

Tu laisses s’écouler ces jours avec effort

Le choix n’est pas pour toi parmi la multitude

Et ces jours qui sont beaux sont des jours pleins de

mal

Tu parles et tu n’as rien à dire à tous ces morts.

Un Bruit De Houle Qui M’enlève

Un bruit de houle qui m’enlève

Un fracas d’étincelles perdues dans la lumière

Et des fragments de rêves comme des voix.

La joie répandue à profusion par mon délire

Et le monde agrandi soudain jusqu’à mon coeur

Le monde circonscrit entre des flots

Et des bras jeunes et vierges qui multiplient

Sur des éternités sans espace et sans voix.

Un visage frémissant qui me réclame

Abandonné à des efforts d’absolu

Entre le ciel et l’eau qui nous protègent:

Rencontre fortuite et qui me perd

Avec la déraison des voix balbutiantes et pures

Et mon amour

Mais sans rien d’humain qui me délivre

Que cette joie répandue à profusion par mon délire

Et morte avec les ombres dans un grand bruit de

voix

Vos Deux Présences

Vos deux présences

Alternent ma douleur et confondent ma vie

Et je reste immobile avec ma face aveugle et mes

bras morts

A soudoyer mon rêve d’absolu qui ronge mon

silence

D’un Mal qui me détruit sans m’accomplir.

Et si l’une de vos vies m’appelle dans la nuit

Je meurs avec le jour de l’autre qui m’efface

Et je reviens à des moments pareils à des douleurs

Écartant comme un damné le choix de tout amour.

Labyrinthe Obsédant

Labyrinthe obsédant où me conduisent vos mains

Tragique instant de ma vie calcinée

Délire d’une étoile orgueilleuse et bénie

Promise à la résurrection

Vos deux mains

Ciel ouvert et qui porte l’empreinte

Invisible où se nouent nos chemins

Promesse qui retient ma vie et me la donne éteinte.
Miraculeuses mains vous contenez peut-être

Un orage en suspens et qui doit me frapper

Vous contenez peut-être la force qui me manque

Et votre possession que je ne connais pas

Egalerait ma joie à la joie des Démons.

Je cesserais de vivre

Et de briser mes heures à votre image étrange

Et j’oublierais le châtiment qui me divise

L’automne Abandonné

L’automne abandonné comme mon visage au mal

Glacial bonheur

Blocs et rides de pierre où sont tombées les feuilles

Ma présence et ton retour sans nous connaître

Et ce grand tourbillon de nos vies qui résonnent

Les feuilles où nos pas sont mêlés

La peur qui me retient de te prendre les mains

Et cette joie étrange qui me détruit:

Miracle de souffrir et de laisser ma vie se perdre

En prononçant des mots dépouillés comme les

arbres

Et je voudrais te dire pourquoi je suis venu

Pourquoi mon visage est masqué

Et pourquoi je semble un autre homme.

Les Beaux Jours Qui Mènent À Tout

Les beaux jours qui mènent à tout

Me conduiront-ils à moi-même

Et me diront-ils pourquoi

J’ai traversé tant de déserts

Pour les rejoindre et les perdre à nouveau.
Et moi qui suis l’esclave d’une force puissante

Qui a marqué mes traits

Et donné à mon pas un rythme différent

Je suis le témoin de ces jours que je ne fixe pas

Et qui sont beaux comme des désirs

Et rares comme les amours.

Je suis l’inutile témoin de moi-même

Et de ma solitude dont je ne comprends pas

le bonheur inhumain

Dont je ne bénis pas les heures évanescentes

Trop lâche pour émigrer toujours

Me perdre et me trouver d’un geste

Horrible pour ma lâcheté.

Les Dieux Avaient Marqué Pour Moi Ces Jours

Les Dieux avaient marqué pour moi ces jours

Et tu étais présente parmi les astres

Chance unique convergente comme la tempête

Brisant et déchirant le flux des grands espaces

Prière où la douleur est morte.
Circonstance éternelle où je reprends ma force

Equinoxe et fracas de ma nuit qui déferle

A travers ta poitrine:

Mes défaites jusqu’à toi qui meurent

Comme un échange entre nos mains tendues

Comme un appel où le fracas du temps

N’a rien laissé de mes terribles morts

Présence invisible et semblable à mes larmes

Visage!

Habillé par ma voix jusqu’à la transparence

C’est toi méconnaissable et c’est toi que je pleure.

Les Êtres Ne Sont Pas À La Mesure Du Temps

Les êtres ne sont pas à la mesure du temps

Du temps qui n’a pas de mesure.

Arcs-boutés, tordus, visages grimaçants

Et soutenant l’échafaudage des jours inexistants

Ils retiennent un passé qui n’a pas de présent

Ils construisent un présent qui n’a pas de durée

Et confondus sans espoir de lumière

Ils touchent apeurés leur visage inutile:

Dérisoires tâtonnement bornés à leur présence

Vitreux regards arrêtés des contours

-La joie sans le silence et le mal sans la vie-

Clameur sur des espaces limités à des pierres

Obscur amour qui rouille les visages

Etreinte qui résume un Mal que je connais.

Quand Je Suis Présent

Quand je suis présent

Les vivants s’éloignent, les ombres se rapprochent

La joie contracte ma face comme un grand mal

Et brûle le silence assourdissant des vivants

Et je sais que les temps sont venus

Mes paroles n’ont pas besoin de résonnance

Pour dominer le bruit des foules

Ou le fracas des eaux sur les rivages

Et je sais que les temps sont venus

Et que mes mots contiennent enfin la permanence.

Ressuscité D’entre Les Morts

Ressuscité d’entre les morts

Et prisonnier d’un Mal que je croyais mortel

Aujourd’hui par tes mains me voilà sanctifié

Par tes mains que le don transformait en lumière

Capables d’imprimer sur mon visage

La douleur et la joie

De me donner la vie ou d’arrêter mon sang.

Et saisi par l’écho de l’éternel retour

Me voilà comme une ombre errant parmi les

hommes

Prisonnier de ton rire de ta présence et de ta voix

Me voilà invisible parmi la foule

Désordonné comme un malade ou comme un fou

Et retrouvant mes vies multiples dans tes yeux

Et je sais mon Amour ancien comme ta beauté.

Je Me Retrouve Sans Forme Humaine

Je me retrouve sans forme humaine

Ensanglanté par mes révoltes et par mes luttes

Et condamné à vivre des existences dispersées

Je me retrouve abandonné à ma seule vie

Sans force et démuni de ce repos

Quand je vivais de la démence de nos vies

Et vagabond d’un Monde absent

J’entraîne avec moi la nuit

Et la douleur avide de mes désastres obscurs

Et ma face est détruite et mon enfance en pleur.

Ma chute s’accomplit dans le silence

Où des voix retentissent déchirantes et brisées

Ma chute illimitée vertigineuse et sans grandeur.

Je Me Souviendrai De Toi

Je me souviendrai de toi

Comme on se souvient des malheurs

Comme on se souvient des grands espaces

Comme on se souvient de la mer

Tu m’as frappé et mon sang a dessiné ton visage

Je t’ai frappé et ton sang a dessiné mon visage

Nous avons connu la joie

Tu es venue et le monde a vécu de cet instant

Tu es venue, tu es venue

Et les souvenirs m’entraînent comme la boue ou

comme le sable

Il ne reste que mes bras émergeant de mes regrets.

Je Vous Apercevrai

Je vous apercevrai chaque jour à mesure

Que vous avancerez silencieuse et rare

Comme toutes vos paroles

Et je n’aurai pour vous qu’un geste et qu’un désir

Et je n’aurai pour vous qu’une joie très ancienne

Morte et ressuscitée avec votre silence

Et gardant la conscience du mal et des regrets

Une joie ayant la forme imprévisible d’un rayon

Une joie ayant la forme de deux mains qui se serrent

Et prennent la lumière et le ciel et la mer

Et l’eau de nos regards sans rien dire

Je vous apercevrai chaque jour à mesure

Plus précise et plus effacée

Plus lumineuse et plus obscure

Comme la mort du soleil à la fin des années

Ou comme un bruit de pas perdu dans les éthers

Comme le mal terrassé par la présence de la mort

Cette promesse éclatante d’une autre vie.

Enfant Je Me Suis Étonné

Enfant je me suis étonné

De me retrouver en moi-même

D’être quelqu’un parmi les autres

Et de n’être que moi pourtant.
Plus tard je me suis rencontré

Je me suis rencontré comme quelqu’un qu’on

croyait mort

Et qui revient un jour vous raconter sa vie

Et ce mort en moi-même m’a légué son passé

Je suis devenu un inconnu pour moi

Vivant à travers lui

Chargé de son message irréel et pesant.
Et la peur est venue

De mon exil et de ce vide autour de moi

Du son de mes paroles qui n’atteignait personne

Et de mon amitié incomprise et laissée.

J’ai compté ceux qui sont venus

J’ai compté ceux qui sont partis

Ceux qui sont restés partiront.
Le Havre