Printemps

Des nuages s’étirent, s’étirent irréels,

Entre les branches noires enlacés.

Tout l’hiver devant ma fenêtre, qui s’en va

Et la danse de lumière sur les crêtes lointaines.
Cet oiseau jamais aperçu !

Et le printemps et mon amour.

Mes yeux qui s’éclairent, mes lèvres qui éclosent,

Mon corps
Il fait très doux et très clair.

Le monde est calme autour, en tendresse.

Oh ! un moment, rien qu’un moment de calme pour

toute souffrance.

Car Dossie pleure les cris matinaux de ses enfants.
Du monde je ne vois qu’un rectangle bleu

Strié de noir luisant.

Les branches tendent leurs bourgeons au soleil,

Lèvres ouvertes, lèvres offertes.
Je n’entends que le chant de l’ami inconnu,

Le pas monotone d’un pion

Et mon amour qui pousse dans le silence

Du printemps.

Régénération

Sous le pagne lisse du ciel d’été,

Le soleil a saccagé

Le velours vert des jours d’enfance.

Et les grêles, les orages

Ont déchaîné la fureur de leurs bandes barbares,

Dans la plaine où soupire le silence

Affaissé, les cigales tout ivres de sang

Trompètent mes défaites,

Qu’ils dorment les morts d’hier !
Dans tes yeux de fraîcheur et d’aube,

Parfumés de l’odeur d’automne,

A reverdi mon idéal régénéré,

Je veux, sous les étendards de tes cils, bercé

Par la flûte matinale des pelouses tendres,

Dormir en attendant quel grand réveil sanglant !