Prière Pour Le Roi Henri Le Grand

Pour le roi allant en Limousin.

1605.

Ô Dieu, dont les bontés, de nos larmes touchées,
Ont aux vaines fureurs les armes arrachées,
Et rangé l’insolence aux pieds de la raison ;
Puisqu’à rien d’imparfait ta louange n’aspire,
Achève ton ouvrage au bien de cet empire,
Et nous rends l’embonpoint comme la guérison !

Nous sommes sous un roi si vaillant et si sage,
Et qui si dignement a fait l’apprentissage
De toutes les vertus propres à commander,
Qu’il semble que cet heur nous impose silence,
Et qu’assurés par lui de toute violence
Nous n’avons plus sujet de te rien demander.

Certes quiconque a vu pleuvoir dessus nos têtes
Les funestes éclats des plus grandes tempêtes
Qu’excitèrent jamais deux contraires partis,
Et n’en voit aujourd’hui nulle marque paraître,
En ce miracle seul il peut assez connaître
Quelle force a la main qui nous a garantis.

Mais quoi ! de quelque soin qu’incessamment il veille,
Quelque gloire qu’il ait à nulle autre pareille,
Et quelque excès d’amour qu’il porte à notre bien,
Comme échapperons-nous en des nuits si profondes,
Parmi tant de rochers qui lui cachent les ondes,
Si ton entendement ne gouverne le sien ?

Un malheur inconnu glisse parmi les hommes,
Qui les rend ennemis du repos où nous sommes :
La plupart de leurs vœux tendent au changement ;
Et, comme s’ils vivaient des misères publiques,
Pour les renouveler ils font tant de pratiques,
Que qui n’a point de peur n’a point de jugement.

En ce fâcheux état ce qui nous réconforte,
C’est que la bonne cause est toujours la plus forte,
Et qu’un bras si puissant t’ayant pour son appui,
Quand la rébellion, plus qu’une hydre féconde,
Aurait pour le combattre assemblé tout le monde,
Tout le monde assemblé s’enfuirait devant lui.

Conforme donc, Seigneur, ta grâce à nos pensées :
Ôte-nous ces objets qui des choses passées
Ramènent à nos yeux le triste souvenir ;
Et comme sa valeur, maîtresse de l’orage,
À nous donner la paix a montré son courage,
Fais luire sa prudence à nous l’entretenir.

Il n’a point son espoir au nombre des armées,
Étant bien assuré que ces vaines fumées
N’ajoutent que de l’ombre à nos obscurités.
L’aide qu’il veut avoir, c’est que tu le conseilles ;
Si tu le fais, Seigneur, il fera des merveilles,
Et vaincra nos souhaits par nos prospérités.

Les fuites des méchants, tant soient-elles secrètes,
Quand il les poursuivra n’auront point de cachettes ;
Aux lieux les plus profonds ils seront éclairés :
II verra sans effet leur honte se produire,
Et rendra les desseins qu’ils feront pour lui nuire
Aussitôt confondus comme délibérés.

La rigueur de ses lois, après tant de licence,
Redonnera le cœur à la faible innocence
Que dedans la misère on faisait envieillir.
À ceux qui l’oppressaient il ôtera l’audace ;
Et, sans distinction de richesse ou de race,
Tous de peur de la peine auront peur de faillir.

La terreur de son nom rendra nos villes fortes ;
On n’en gardera plus ni les murs ni les portes ;
Les veilles cesseront au sommet de nos tours ;
Le fer, mieux employé, cultivera la terre ;
Et le peuple, qui tremble aux frayeurs de la guerre,
Si ce n’est pour danser n’aura plus de tambours.

Loin des mœurs de son siècle il bannira les vices,
L’oisive nonchalance et les molles délices,
Qui nous avaient portés jusqu’aux derniers hasards ;
Les vertus reviendront de palmes couronnées,
Et ses justes faveurs aux mérites données
Feront ressusciter l’excellence des arts.

La foi de ses aïeux, ton amour et ta crainte,
Dont il porte dans l’âme une éternelle empreinte,
D’actes de piété ne pourront l’assouvir ;
II étendra ta gloire autant que sa puissance,
Et, n’ayant rien si cher que ton obéissance,
Où tu le fais régner il te fera servir.

Tu nous rendras alors nos douces destinées ;
Nous ne reverrons plus ces fâcheuses années
Qui pour les plus heureux n’ont produit que des pleurs.
Toute sorte de biens comblera nos familles,
La moisson de nos champs lassera les faucilles,
Et les fruits passeront la promesse des fleurs.

La fin de tant d’ennuis dont nous fûmes la proie
Nous ravira les sens de merveille et de joie ;
Et, d’autant que le monde est ainsi composé
Qu’une bonne fortune en craint une mauvaise,
Ton pouvoir absolu, pour conserver notre aise,
Conservera celui qui nous l’aura causé.

Quand un roi fainéant, la vergogne des princes,
Laissant à ses flatteurs le soin de ses provinces,
Entre les voluptés indignement s’endort,
Quoique l’on dissimule on en fait peu d’estime ;
Et, si la vérité se peut dire sans crime,
C’est avecque plaisir qu’on survit à sa mort.

Mais ce roi, des bons rois l’éternel exemplaire
Qui de notre salut est l’ange tutélaire,
L’infaillible refuge et l’assuré secours,
Son extrême douceur ayant dompté l’envie,
De quels jours assez longs peut-il borner sa vie,
Que notre affection ne les juge trop courts ?

Nous voyons les esprits nés à la tyrannie,
Ennuyés de couver leur cruelle manie,
Tourner tous leurs conseils à notre affliction ;
Et lisons clairement dedans leur conscience
Que, s’ils tiennent la bride à leur impatience,
Nous n’en sommes tenus qu’à sa protection.

Qu’il vive donc, Seigneur, et qu’il nous fasse vivre !
Que de toutes ces peurs nos âmes il délivre,
Et, rendant l’univers de son heur étonné,
Ajoute chaque jour quelque nouvelle marque
Au nom qu’il s’est acquis du plus rare monarque
Que ta bonté propice ait jamais couronné !

Cependant son Dauphin d’une vitesse prompte
Des ans de sa jeunesse accomplira le compte ;
Et, suivant de l’honneur les aimables appas,
De faits si renommés ourdira son histoire,
Que ceux qui dedans l’ombre éternellement noire
Ignorent le soleil ne l’ignoreront pas.

Par sa fatale main qui vengera nos pertes
L’Espagne pleurera ses provinces désertes,
Ses châteaux abattus et ses camps déconfits ;
Et si de nos discordes l’infâme vitupère
A pu la dérober aux victoires du père,
Nous la verrons captive aux triomphes du fils.

Prosopopée D’ostende

(Imitée du latin de Hugues Grotius.)

1604.

Trois ans déjà passés, théâtre de la guerre,
J’exerce de deux chefs les funestes combats,
Et fais émerveiller tous les yeux de la terre,
De voir que le malheur ne m’ose mettre à bas.

À la merci du Ciel en ces rives je reste,
Où je souffre l’hiver froid à l’extrémité,
Lors que l’été revient, il m’apporte la peste,
Et le glaive est le moins de ma calamité.

Tout ce dont la fortune afflige cette vie
Pêle-mêle assemblé, me presse tellement,
Que c’est parmi les miens être digne d’envie,
Que de pouvoir mourir d’une mort seulement.

Que tardez-vous, Destins, ceci n’est pas matière,
Qu’avecque tant de doute il faille décider :
Toute la question n’est que d’un cimetière,
Prononcez librement qui le doit posséder.

Que D’épines, Amour, Accompagnent Tes Roses

Alcandre plaint la captivité de sa maîtresse.

1609.

Que d’épines, Amour, accompagnent tes roses !
Que d’une aveugle erreur tu laisses toutes choses
À la merci du sort !
Qu’en tes prospérités à bon droit on soupire !
Et qu’il est mal aisé de vivre en ton empire,
Sans désirer la mort !

Je sers, je le confesse, une jeune merveille,
En rares qualités à nulle autre pareille,
Seule semblable à soi ;
Et, sans faire le vain, mon aventure est telle,
Que de la même ardeur que je brûle pour elle
Elle brûle pour moi.

Mais parmi tout cette heure, ô dure destinée,
Que de tragiques soins, comme oiseaux de Phinée,
Sens-je me dévorer !
Et ce que je supporte avec patience,
Ai-je quelque ennemi, s’il n’est sans conscience,
Qui le vit sans pleurer ?

La mer a moins de vents qui ses vagues irritent,
Que je n’ai de pensers qui tous me sollicitent
D’un funeste dessein ;
Je ne trouve la paix qu’à me faire la guerre ;
Et si l’enfer est fable au centre de la terre,
Il est vrai dans mon sein.

Depuis que le soleil est dessus l’hémisphère,
Qu’il monte ou qu’il descende, il ne me voit rien faire
Que plaindre et soupirer :
Des autres actions j’ai perdu la coutume ;
Et ce qui s’offre à moi, s’il n’a de l’amertume,
Je ne puis l’endurer.

Comme la nuit arrive, et que par le silence
Qui fait des bruits du jour cesser la violence
L’esprit est relâché,
Je vois de tous côtés sur la terre et sur l’onde
Les pavots qu’elle sème assoupir tout le monde,
Et n’en suis point touché.

S’il m’advient quelquefois de clore les paupières,
Aussitôt ma douleur en nouvelles manières
Fait de nouveaux efforts ;
Et de quelque souci qu’en veillant je me ronge,
Il ne me trouble point comme le meilleur songe
Que je fais quand je dors.

Tantôt cette beauté, dont ma flamme est le crime,
M’apparaît à l’autel, où, comme une victime,
On la veut égorger ;
Tantôt je me la vois d’un pirate ravie ;
Et tantôt la fortune abandonne sa vie
À quelque autre danger.

En ces extrémités la pauvrette s’écrie :
Alcandre, mon Alcandre, ôte-moi, je te prie,
Du malheur où je suis !
La fureur me saisit, je mets la main aux armes :
Mais son destin m’arrête ; et lui donner des larmes,
C’est tout ce que je puis.

Voilà comme je vis, voilà ce que j’endure
Pour une affection que je veux qui me dure
Au-delà du trépas.
Tout ce qui me la blâme offense mon oreille ;
Et qui veut m’affliger, il faut qu’il me conseille
De ne m’affliger pas.

On me dit qu’à la fin toute chose se change,
Et qu’avec le temps les beaux yeux de mon ange
Reviendront m’éclairer.
Mais voyant tous les jours ses chaînes se restreindre,
Désolé que je suis, que ne dois-je point craindre ?
Ou que puis-je espérer ?

Non, non, je veux mourir ; la raison m’y convie ;
Aussi bien le sujet qui m’en donne l’envie
Ne peut être plus beau ;
Et le sort, qui détruit tout ce que je consulte,
Me fait voir assez clair que jamais ce tumulte
N’aura paix qu’au tombeau.

Ainsi le grand Alcandre aux campagnes de Seine
Faisait, loin de témoins, le récit de sa peine,
Et se fondait en pleurs.
Le fleuve en fut ému, ses Nymphes se cachèrent,
Et l’herbe du rivage où ses larmes touchèrent
Perdit toutes ses fleurs.

Quelque Ennui Donc Qu’en Cette Absence

Pour Henri le Grand, sous le nom d’Alcandre.

1609.

Quelque ennui donc qu’en cette absence
Avec une injuste licence
Le Destin me fasse endurer,
Ma peine lui semble petite
Si chaque jour il ne l’irrite
D’un nouveau sujet de pleurer !

Paroles que permet la rage
À l’innocence qu’on outrage,
C’est aujourd’hui votre saison ;
Faites-vous ouïr en ma plainte :
Jamais l’âme n’est bien atteinte,
Quand on parle avecque raison.

Ô fureurs dont même les Scythes
N’useraient pas vers des mérites
Qui n’ont rien de pareil à soi !
Madame est captive ; et son crime
C’est que je l’aime, et qu’on estime
Qu’elle en fait de même de moi.

Rochers où mes inquiétudes
Viennent chercher les solitudes
Pour blasphémer contre le sort,
Quoiqu’insensibles aux tempêtes,
Je suis plus rocher que vous n’êtes
De le voir et n’être pas mort.

Assez de preuves à la guerre,
D’un bout à l’autre de la terre,
Ont fait paraître ma valeur ;
Ici je renonce à la gloire,
Et ne veux point d’autre victoire
Que de céder à ma douleur.

Quelquefois les Dieux pitoyables
Terminent des maux incroyables :
Mais, en un lieu que tant d’appas
Exposent à la jalousie,
Ne serait-ce pas frénésie
De ne les en soupçonner pas ?

Qui ne sait combien de mortelles
Les ont fait soupirer pour elles,
Et, d’un conseil audacieux,
En bergers, bêtes et satyres,
Afin d’apaiser leurs martyres,
Les ont fait descendre des cieux ?

Non, non ; si je veux un remède,
C’est de moi qu’il faut qu’il procède,
Sans les importuner de rien :
J’ai su faire la délivrance
Du malheur de toute la France ;
Je la saurai faire du mien.

Hâtons donc ce fatal ouvrage ;
Trouvons le salut au naufrage ;
Et multiplions dans les bois
Les herbes dont les feuilles peintes
Gardent les sanglantes empreintes
De la fin tragique des rois.

Pour le moins, la haine et l’envie
Ayant leur rigueur assouvie,
Quand j’aurai clos mon dernier jour,
Oranthe sera sans alarmes,
Et mon trépas aura des larmes
De quiconque aura de l’amour.

À ces mots tombant sur la place,
Transi d’une mortelle glace,
Alcandre cessa de parler ;
La nuit assiégea ses prunelles ;
Et son âme, étendant les ailes,
Fut toute prête à s’envoler.

Que fais-tu, monarque adorable,
Lui dit un démon favorable ?
En quels termes te réduis-tu ?
Veux-tu succomber à l’orage,
Et laisser perdre à ton courage
Le nom qu’il a pour sa vertu ?

N’en doute point, quoi qu’il advienne,
La belle Oranthe sera tienne ;
C’est chose qui ne peut faillir.
Le temps adoucira les choses,
Et tous deux vous aurez des roses
Plus que vous n’en sauriez cueillir.

Quoi Donc, Ma Lâcheté Sera Si Criminelle

Stances.

Quoi donc, ma lâcheté sera si criminelle ?
Et les voeux que j’ai faits pourront si peu sur moi,
Que je quitte Madame, et démente la foi
Dont je lui promettais une amour éternelle ?

Que ferons-nous, mon coeur, avec quelle science,
Vaincrons-nous les malheurs qui nous sont préparés ?
Courrons-nous le hasard comme désespérés ?
Ou nous résoudrons-nous à prendre patience ?

Non, non, quelques assauts que me donne l’envie
Et quelques vains respects qu’allègue mon devoir,
Je ne céderai point, que de même pouvoir
Dont on m’ôte Madame, on ne m’ôte la vie.

Bien sera-ce à jamais renoncer à la joie,
D’être sans la beauté dont l’objet m’est si doux
Mais qui m’empêchera qu’en dépit des jaloux
Avecque le penser mon âme ne la voie ?

Le temps qui toujours vole, et sous qui tout succombe
Fléchira cependant l’injustice du sort,
Ou d’un pas insensible avancera la mort,
Qui bornera ma peine au repos de la tombe.

La fortune en tous lieux, à l’homme est dangereuse ;
Quelque chemin qu’il tienne il trouve des combats ;
Mais des conditions où l’on vit ici-bas,
Certes celle d’aimer est la plus malheureuse.

Revenez, Mes Plaisirs, Ma Dame Est Revenue

Pour Alcandre, au retour d’Oranthe à Fontainebleau.

1609.

Revenez, mes plaisirs, ma dame est revenue ;
Et les vœux que j’ai faits pour revoir ses beaux yeux.
Rendant par mes soupirs ma douleur reconnue,
Ont eu grâce des cieux.

Les voici de retour ces astres adorables
Où prend mon océan son flux et son reflux ;
Soucis, retirez-vous ; cherchez les misérables ;
Je ne vous connais plus.

Peut-on voir ce miracle où le soin de nature
A semé comme fleurs tant d’aimables appas,
Et ne confesser point qu’il n’est pire aventure
Que de ne la voir pas ?

Certes l’autre soleil d’une erreur vagabonde
Court inutilement par ses douze maisons ;
C’est elle, et non pas lui, qui fait sentir au monde
Le change des saisons.

Avecque sa beauté toutes beautés arrivent ;
Ces déserts sont jardins de l’un à l’autre bout ;
Tant l’extrême pouvoir des grâces qui la suivent
Les pénètre partout.

Ces bois en ont repris leur verdure nouvelle ;
L’orage en est cessé, l’air en est éclairci ;
Et même ces canaux ont leur course plus belle,
Depuis qu’elle est ici.

De moi, que les respects obligent au silence,
J’ai beau me contrefaire et beau dissimuler ;
Les douceurs où je nage ont une violence
Qui ne se peut celer.

Mais, ô rigueur du sort ! tandis que je m’arrête
A chatouiller mon âme en ce contentement,
Je ne m’aperçois pas que le destin m’apprête
Un autre partement.

Arrière ces pensers que la crainte m’envoie ;
Je ne sais que trop bien l’inconstance du sort :
Mais de m’ôter le goût d’une si chère joie,
C’est me donner la mort.

Si Des Maux Renaissants Avec Ma Patience

STANCES.

1586.

Si des maux renaissants avec ma patience
N’ont pouvoir d’arrêter un esprit si hautain,
Le temps est médecin d’heureuse expérience ;
Son remède est tardif, mais il est bien certain.

Le temps à mes douleurs promet une allégeance,
Et de voir vos beautés se passer quelque jour ;
Lors je serai vengé, si j’ai de la vengeance
Pour un si beau sujet pour qui j’ai tant d’amour.

Vous aurez un mari sans être guère aimée,
Ayant de ses désirs amorti le flambeau ;
Et de cette prison de cent chaînes formée
Vous n’en sortirez point que par l’huis du tombeau.

Tant de perfections qui vous rendent superbe,
Les restes du mari, sentiront le reclus ;
Et vos jeunes beautés flétriront comme l’herbe
Que l’on a trop foulée et qui ne fleurit plus.

Vous aurez des enfants, des douleurs incroyables,
Qui seront près de vous et crieront à l’entour ;
Lors fuiront de vos yeux les soleils agréables,
Y laissant pour jamais des étoiles autour.

Si je passe en ce temps dedans votre province,
Vous voyant sans beautés et moi rempli d’honneur,
Car peut-être qu’alors les bienfaits d’un grand Prince
Marieront ma fortune avecque le bonheur ;

Ayant un souvenir de ma peine fidèle,
Mais n’ayant point à l’heure autant que j’ai d’ennuis,
Je dirai : Autrefois cette femme fut belle,
Et je fus autrefois plus sot que je ne suis.

Stances Sur La Mort De Henri Le Grand

Au nom du duc de Bellegarde.

1610.

Enfin l’ire du ciel et sa fatale envie,
Dont j’avais repoussé tant d’injustes efforts,
Ont détruit ma fortune, et, sans m’ôter la vie,
M’ont mis entre les morts.

Henri, ce grand Henri, que les soins de nature
Avaient fait un miracle aux yeux de l’univers,
Comme un homme vulgaire est dans la sépulture
À la merci des vers.

Belle âme, beau patron des célestes ouvrages,
Qui fus de mon espoir l’infaillible recours,
Quelle nuit fut pareille aux funestes ombrages
Où tu laisses mes jours ?

C’est bien à tout le monde une commune plaie,
Et le malheur que j’ai chacun l’estime sien :
Mais en quel autre cœur est la douleur si vraie
Comme elle est dans le mien ?

Ta fidèle compagne, aspirant à la gloire
Que son affliction ne se puisse imiter,
Seule de cet ennui me débat la victoire,
Et me la fait quitter.

L’image de ses pleurs, dont la source féconde
Jamais depuis ta mort ses vaisseaux n’a taris,
C’est la Seine en fureur qui déborde son onde
Sur les quais de Paris.

Nulle heure de beau temps ses orages n’essuie,
Et sa grâce divine endure en ce tourment
Ce qu’endure une fleur que la bise ou la pluie
Bat excessivement.

Quiconque approche d’elle a part à son martyre,
Et par contagion prend sa triste couleur ;
Car, pour la consoler, que lui saurait-on dire
En si juste douleur ?

Reviens la voir, grande âme ; ôte-lui cette nue
Dont la sombre épaisseur aveugle sa raison ;
Et fais du même lieu d’où sa peine est venue
Venir sa guérison.

Bien que tout réconfort lui soit une amertume
Avec quelque douceur qu’il lui soit présenté,
Elle prendra le tien, et, selon sa coutume,
Suivra ta volonté.

Quelque soir en sa chambre apparais devant elle,
Non le sang à la bouche et le visage blanc,
Comme tu demeuras sous l’atteinte mortelle
Qui te perça le flanc :

Viens-y tel que tu fus, quand aux monts de Savoie
Hymen en robe d’or te la vint amener ;
Ou tel qu’à Saint-Denis, entre nos cris de joie,
Tu la fis couronner.

Après cet essai fait, s’il demeure inutile,
Je ne connais plus rien qui la puisse toucher ;
Et sans doute la France aura comme Sipyle
Quelque fameux rocher.

Pour moi, dont la faiblesse à l’orage succombe,
Quand mon heure abattu pourrait se redresser,
J’ai mis avecque toi mes desseins en la tombe ;
Je les y veux laisser.

Quoi que pour m’obliger fasse la destinée,
Et quelque heureux succès qui me puisse arriver,
Je n’attends mon repos qu’en l’heureuse journée
Où je t’irai trouver.

Ainsi, de cette cour l’honneur et la merveille,
Alcippe soupirait, prêt à s’évanouir.
On l’aurait consolé ; mais il ferma l’oreille,
De peur de rien ouïr.

Donc Cette Merveille Des Cieux

Pour Henri le Grand, sous le nom d’Alcandre,
au sujet de l’absence de la princesse de Condé,
sous le nom d’Oranthe.

1609.

Donc cette merveille des cieux,
Pour ce qu’elle est chère à mes yeux,
En sera toujours éloignée !
Et mon impatiente amour,
Par tant de larmes témoignée,
N’obtiendra jamais son retour !

Mes vœux donc ne servent de rien !
Les dieux, ennemis de mon bien,
Ne veulent plus que je la vois !
Et semble que les rechercher
De me permettre cette joie
Les invite à me l’empêcher !

Ô beauté, reine des beautés,
Seule de qui les volontés
Président à ma destinée,
Pourquoi n’est comme la Toison
Votre conquête abandonnée
À l’effort de quelque Jason ?

Quels feux, quels dragons, quels taureaux,
Quelle horreur de monstres nouveaux,
Et quelle puissance de charmes
Garderait que jusqu’aux enfers
Je n’allasse avecque mes armes
Rompre vos chaînes et vos fers ?

N’ai-je pas le cœur aussi haut,
Et pour oser tout ce qu’il faut
Un aussi grand désir de gloire,
Que j’avais lorsque je couvris
D’exploits d’éternelle mémoire
Les plaines d’Arques et d’Ivry ?

Mais quoi ! ces lois dont la rigueur
Retient mes souhaits en langueur
Règnent avec un tel empire,
Que, si le ciel ne les dissout,
Pour pouvoir ce que je désire,
Ce n’est rien que de pouvoir tout.

Je ne veux point, en me flattant,
Croire que le sort inconstant
De ces tempêtes me délivre ;
Quelque espoir qui se puisse offrir,
Il faut que je cesse de vivre,
Si je veux cesser de souffrir.

Arrière donc ces vains discours :
Qu’après les nuits viennent les jours,
Et le repos après l’orage.
Autre sorte de réconfort
Ne me satisfait le courage,
Que de me résoudre à la mort.

C’est là que de tout mon tourment
Se bornera le sentiment ;
Ma foi seule, aussi pure et belle
Comme le sujet en est beau,
Sera ma compagne éternelle,
Et me suivra dans le tombeau.

Ainsi d’une mourante voix
Alcandre, au silence des bois,
Témoignait ses vives atteintes ;
Et son visage sans couleur
Faisait connaître que ses plaintes
Etaient moindres que sa douleur.

Oranthe, qui par les zéphyrs
Reçut les funestes soupirs
D’une passion si fidèle,
Le cœur outré de même ennui,
Jura que, s’il mourait pour elle,
Elle mourrait avecque lui.

Pour Les Pairs De France

Pour les Paladins de France,
Assaillants dans un combat de barrière.

1605.

Et quoi donc ? la France féconde
En incomparables guerriers,
Aura jusqu’aux deux bouts du monde
Planté des forêts de lauriers,
Et fait gagner à ses armées
Des batailles si renommées,
Afin d’avoir cette douleur
D’ouïr démentir ses victoires,
Et nier ce que les histoires
Ont publié de sa valeur ?

Tant de fois le Rhin et la Meuse,
Par nos redoutables efforts
Auront vu leur onde écumeuse
Regorger de sang et de morts ;
Et tant de fois nos destinées
Des Alpes et des Pyrénées
Les sommets auront fait branler,
Afin que je ne sais quels Scythes,
Bas de fortune et de mérites,
Présument de nous égaler ?

Non, non, s’il est vrai que nous sommes
Issus de ces nobles aïeux,
Que la voix commune des hommes
A fait asseoir entre les dieux ;
Ces arrogants, à leur dommage,
Apprendront un autre langage ;
Et dans leur honte ensevelis
Feront voir à toute la terre,
Qu’on est brisé comme du verre
Quand on choque les fleurs de lis.

Henri, l’exemple des monarques,
Les plus vaillants et les meilleurs,
Plein de mérites et de marques,
Qui jamais ne furent ailleurs ;
Bel astre vraiment adorable,
De qui l’ascendant favorable
En tous lieux nous sert de rempart,
Si vous aimez votre louange,
Désirez-vous pas qu’on la venge
D’une injure où vous avez part ?

Ces arrogants, qui se défient
De n’avoir pas de lustre assez,
Impudemment se glorifient
Aux fables des siècles passés ;
Et d’une audace ridicule,
Nous content qu’ils sont fils d’Hercule,
Sans toutefois en faire foi ;
Mais qu’importe-t-il qui puisse être
Ni leur père ni leur ancêtre,
Puisque vous êtes notre Roi ?

Contre l’aventure funeste
Que leur garde notre courroux,
Si quelque espérance leur reste,
C’est d’obtenir grâce de vous ;
Et confesser que nos épées,
Si fortes et si bien trempées
Qu’il faut leur céder, ou mourir,
Donneront à votre couronne
Tout ce que le Ciel environne,
Quand vous le voudrez acquérir.

Dure Contrainte De Partir

xxPour M. le duc de Bellegarde,
À madame la princesse de Conti.

1608.

Dure contrainte de partir,
À quoi je ne puis consentir,
Et dont je ne m’ose défendre,
Que ta rigueur a de pouvoir !
Et que tu me fais bien apprendre
Quel tyran c’est que le devoir !

J’aurai donc nommé ces beaux yeux
Tant de fois mes rois et mes dieux,
Pour aujourd’hui n’en tenir compte,
Et permettre qu’à l’avenir
On leur impute cette honte
De n’avoir su me retenir !

Ils auront donc ce déplaisir,
Que je meure après un désir
Où la vanité me convie ;
Et qu’ayant juré si souvent
D’être auprès d’eux toute ma vie,
Mes serments s’en aillent au vent !

Vraiment, je puis bien avouer
Que j’avais tort de me louer
Par-dessus le reste des hommes ;
Je n’ai point d’autre qualité
Que celle du siècle où nous sommes,
La fraude, et l’infidélité.

Mais à quoi tendent ces discours,
Ô beauté qui de mes amours
Êtes le port et le naufrage ?
Ce que je dis contre ma foi,
N’est-ce pas un vrai témoignage
Que je suis déjà hors de moi ?

Votre esprit, de qui la beauté
Dans la plus sombre obscurité
Se fait une insensible voie,
Ne vous laisse pas ignorer
Que c’est le comble de ma joie
Que l’honneur de vous adorer.

Mais pourrais-je n’obéir pas
Au Destin, de qui le compas
Marque à chacun son aventure,
Puisqu’en leur propre adversité
Les dieux, tout-puissants de nature,
Cèdent à la Nécessité ?

Pour le moins j’ai ce réconfort,
Que les derniers traits de la mort
Sont peints en mon visage blême,
Et font voir assez clair à tous
Que c’est m’arracher à moi-même
Que de me séparer de vous.

Un lâche espoir de revenir
Tâche en vain de m’entretenir :
Ce qu’il me propose m’irrite ;
Et mes vœux n’auront point de lieu,
Si par le trépas je n’évite
La douleur de vous dire adieu.

Pour Une Mascarade

Ceux-ci, de qui vos yeux admirent la venue,
Pour un fameux honneur qu’ils brûlent d’acquérir
Partis des bords lointains d’une terre inconnue,
S’en vont au gré d’Amour tout le monde courir.
Ce grand démon, qui se déplaît
D’être profané comme il est,
Par eux veut repurger son temple ;
Et croit qu’ils auront ce pouvoir
Que ce qu’on ne fait par devoir
On le fera par leur exemple.

Ce ne sont point esprits qu’une vague licence
Porte inconsidérés à leurs contentements ;
L’or de cet âge vieil où régnait l’innocence
N’est pas moins en leurs mœurs qu’en leurs accoutrements.
La foi, l’honneur et la raison
Gardent la clef de leur prison ;
Penser au change leur est crime ;
Leurs paroles n’ont point de fard ;
Et faire les choses sans art
Est l’art dont ils font plus d’estime.

Composez-vous sur eux, âmes belles et hautes ;
Retirez votre humeur de l’infidélité ;
Lassez-vous d’abuser les jeunesses peu cautes,
Et de vous prévaloir de leur crédulité.
N’ayez jamais impression
Que d’une seule passion,
À quoi que l’espoir vous convie.
Bien aimer soit votre vrai bien ;
Et, bien aimés, n’estimez rien
Si doux qu’une si douce vie.

On tient que ce plaisir est fertile de peines,
Et qu’un mauvais succès l’accompagne souvent :
Mais n’est-ce pas la loi des fortunes humaines
Qu’elles n’ont point de havre à l’abri de tout vent ?
Puis cela n’advient qu’aux amours
Où les désirs, comme vautours,
Se paissent de sales rapines ;
Ce qui les forme les détruit :
Celles que la vertu produit
Sont roses qui n’ont point d’épines.

Enfin Cette Beauté M’a La Place Rendue

STANCES.

1596.

Enfin cette beauté m’a la place rendue,
Qu’elle avait contre moi si longtemps défendue ;
Mes vainqueurs sont vaincus ; ceux qui m’ont fait la loi,
La reçoivent de moi.

J’honore tant la palme acquise en cette guerre,
Que si, victorieux des deux bouts de la terre,
J’avais mille lauriers de ma gloire témoins,
Je les priserais moins.

Au repos où je suis tout ce qui me travaille,
C’est le doute que j’ai qu’un malheur ne m’assaille
Qui me sépare d’elle, et me fasse lâcher
Un bien que j’ai si cher.

Il n’est rien ici-bas d’éternelle durée ;
Une chose qui plaît n’est jamais assurée :
L’épine suit la rose, et ceux qui sont contents
Ne le sont pas longtemps.

Et puis qui ne sait point que la mer amoureuse
En sa bonace même est souvent dangereuse,
Et qu’on y voit toujours quelques nouveaux rochers,
Inconnus aux nochers ?

Déjà de toutes parts tout le monde m’éclaire ;
Et bientôt les jaloux, ennuyés de se taire,
Si les vœux que je fais n’en détournent l’assaut,
Vont médire tout haut.

Peuple, qui me veut mal, et m’impute à vice
D’avoir été payé d’un fidèle service,
Où trouves-tu qu’il faille avoir semé son bien,
Et ne recueillir rien ?

Voudrais-tu que ma dame, étant si bien servie,
Refusât le plaisir où l’âge la convie,
Et qu’elle eût des rigueurs à qui mon amitié
Ne sût faire pitié ?

Ces vieux contes d’honneur, invisibles chimères,
Qui naissent aux cerveaux des maris et des mères,
Étaient-ce impressions qui pussent aveugler
Un jugement si clair ?

Non, non, elle a bien fait de m’être favorable,
Voyant mon feu si grand et ma foi si durable ;
Et j’ai bien fait aussi d’asservir ma raison
En si belle prison.

C’est peu d’expérience à conduire sa vie,
De mesurer son aise au compas de l’envie,
Et perdre ce que l’âge a de fleur et de fruit,
Pour éviter un bruit.

De moi que tout le monde à me nuire s’apprête,
Le ciel à tous ses traits fasse un but de ma tête ;
Je me suis résolu d’attendre le trépas,
Et ne la quitter pas.

Plus j’y vois de hasard, plus j’y trouve d’amorce :
Où le danger est grand, c’est là que je m’efforce ;
En un sujet aisé moins de peine apportant
Je ne brûle pas tant.

Un courage élevé toute peine surmonte ;
Les timides conseils n’ont rien que de la honte ;
Et le front d’un guerrier aux combats étonné,
Jamais n’est couronné.

Soit la fin de mes jours contrainte ou naturelle,
S’il plaît à mes destins que je meurs pour elle,
Amour en soit loué ! je ne veux un tombeau
Plus heureux ni plus beau.

Enfin Ma Patience Et Les Soins Que J’ai Pris

Pour le comte de Charny, qui souhaitait en mariage
xxMademoiselle de Castille, qu’il épousa en 1620.

1619.

Enfin ma patience et les soins que j’ai pris
Ont, selon mes souhaits, adouci les esprits
Dont l’injuste rigueur si longtemps m’a fait plaindre.
Cessons de soupirer :
Grâce à mon destin, je n’ai plus rien à craindre,
Et puis tout espérer.

Soit qu’étant le soleil dont je suis enflammé
Le plus aimable objet qui jamais fut aimé,
On ne m’ait pu nier qu’il ne fut adorable,
Soit que d’un oppressé
Le droit bien reconnu soit toujours favorable,
Les Dieux m’ont exaucé.

Naguère que j’oyais la tempête souffler,
Que je voyais la vague en montagne s’enfler,
Et Neptune à mes cris faire la sourde oreille,
À-peu-près englouti,
Eussé-je osé prétendre à l’heureuse merveille
D’en être garanti ?

Contre mon jugement les orages cessés
Ont des calmes si doux en leur place laissés,
Qu’aujourd’hui ma fortune a l’empire de l’onde ;
Et je vois sur le bord
Un ange, dont la grâce est la gloire du monde,
Qui m’assure du port.

Certes c’est lâchement qu’un tas de médisants,
Imputant à l’Amour qu’il abuse nos ans,
De frivoles soupçons nos courages étonnent ;
Tous ceux à qui déplaît
L’agréable tourment que ses flammes nous donnent
Ne savent ce qu’il est.

S’il a de l’amertume à son commencement,
Pourvu qu’à mon exemple on souffre doucement,
Et qu’aux appas du change une âme ne s’envole,
On se peut assurer
Qu’il est maître équitable, et qu’enfin il console
Ceux qu’il a fait pleurer.

Le Dernier De Mes Jours Est Dessus L’horizon

xxSur l’éloignement prochain de la comtesse de
La Roche, ou de la vicomtesse d’Auchy.

1608.

Le dernier de mes jours est dessus l’horizon ;
Celle dont mes ennuis avaient leur guérison
S’en va porter ailleurs ses appas et ses charmes.
Je fais ce que je puis, l’en pensant divertir :
Mais tout m’est inutile, et semble que mes larmes
Excitent sa rigueur à la faire partir.

Beaux yeux, à qui le ciel et mon consentement,
Pour me combler de gloire, ont donné justement
Dessus mes volontés un empire suprême,
Que ce coup m’est sensible ! et que tout à loisir
Je vais bien éprouver qu’un déplaisir extrême
Est toujours à la fin d’un extrême plaisir !

Quel tragique succès ne dois-je redouter
Du funeste voyage où vous m’allez ôter
Pour un terme si long tant d’aimables délices,
Puisque, votre présence étant mon élément,
Je pense être aux enfers et souffrir leurs supplices,
Lorsque je m’en sépare une heure seulement !

Au moins si je voyais cette fière beauté
Préparant son départ cacher sa cruauté
Dessous quelque tristesse ou feinte ou véritable ;
L’espoir qui volontiers accompagne l’amour,
Soulageant ma langueur la rendrait supportable,
Et me consolerait jusques à son retour.

Mais quel aveuglement me le fait désirer ?
Avec quelle raison me puis-je figurer
Que cette âme de roche une grâce m’octroie,
Et qu’ayant fait dessein de ruiner ma foi,
Son humeur se dispose à vouloir que je croie
Qu’elle a compassion de s’éloigner de moi ?

Puis étant son mérite infini comme il est,
Dois-je pas me résoudre à tout ce qui lui plaît,
Quelques lois qu’elle fasse et quoi qu’il m’en advienne,
Sans faire cette injure à mon affection,
D’appeler sa douleur au secours de la mienne,
Et chercher mon repos en son affliction ?

Non, non : qu’elle s’en aille à son contentement,
Ou dure, ou pitoyable, il n’importe comment ;
Je n’ai point d’autre vœu que ce qu’elle souhaite :
Et quand de mes souhaits je n’aurais jamais rien,
Le sort en est jeté, l’entreprise en est faite,
Je ne saurais brûler d’autre feu que le sien.

Je ne ressemble point à ces faibles esprits
Qui, bientôt délivrés comme ils sont bientôt pris,
En leur fidélité n’ont rien que du langage :
Toute sorte d’objets les touche également :
Quant à moi, je dispute avant que je m’engage ;
Mais quand je l’ai promis, j’aime éternellement.