Ton Visage

Ton visage est une symphonie

Qui chante doucement en moi.

Ton visage est une mélodie

Que je répète mille fois.

Ton visage quand tu n’es pas là

Me poursuit partout où je vas

Ton visage quand je suis venu

C’est comme s’il ne m’avait pas vu.

Tu me fais mal sans le savoir.

Tu me détruis sans le vouloir

Mais je ne peux tourner la page

Et ne connais que ton image.
Ton visage s’est illuminé

Quand tu parlais à mon copain.

Et ça m’a brisé de chagrin.

C’est comme si la vie s’arrêtait.

Ton visage se moque de ma tête

Quand je fais rire l’assemblée.

Alors c’est pour moi une fête

Puisqu’au moins tu m’as regardé.

Tu me fais mal sans le savoir.

Tu me détruis sans le vouloir

Mais je ne peux tourner la page

Et ne connais que ton image.
Combien je voudrais le toucher.

Il est parfois si près du mien.

Du bout des doigts du bout des mains

Comme on fait d’une chose sacrée.

Ton visage me tord les boyaux

Car pour moi tu n’as pas un mot

Et ça me laisse un goût amer.

Mon paradis est un enfer.

Tu me fais mal sans le savoir.

Tu me détruis sans le vouloir

Mais je ne peux tourner la page

Et ne connais que ton image.
Ton visage est une symphonie

Qui chante doucement en moi.

Ton visage est une mélodie

Que je répète mille fois
1976

Toi L’ennui

Plus grand que l’océan

Plus étroit qu’un carcan

Plus cruel qu’un enfant

Plus bête qu’un adjudant

Plus chaud qu’une gourgandine

Plus frigide qu’une béguine

Plus vide que le désert

Plus peuplé que l’enfer

Toi l’Ennui
Plus haut qu’une cathédrale

Plus mince qu’un pétale

Plus triste qu’un vieux clown

Plus gai que les Gorgones

Plus réel que matière

Plus fluide que l’éther

Plus muet que le silence

Plus parlant qu’une jactance

Toi l’Ennui
Plus contrit qu’un curé

Plus gueulant qu’une traînée

Plus gris que la poussière

Plus transparent que l’air

Plus long qu’une abstinence

Plus vide que l’absence

Plus lent qu’une agonie

Plus ingrat que l’oubli

Toi l’Ennui
Plus sot qu’un fonctionnaire

Plus brimant qu’un clystère

Plus bâfrant qu’un glouton

Plus radin qu’Harpagon

Plus hideux que misère

Plus doux qu’une mégère

Plus amène qu’un démon

Plus mielleux qu’une potion

Toi l’Ennui
Jamais tu n’abandonnes

Tu ne fais grâce à personne

Aussi vaste que le monde

tu nous mènes à la ronde

Aussi vieux que la terre

tu ne désarmes guère

Aussi long que la vie

jamais tu ne t’oublies

Toi l’Ennui
1976

Le Jour Qui Vient

Il s’est levé le jour qui vient

Et il me réchauffe le coeur

Et il sourit dans sa splendeur

C’est comme s’il me tendait la main.

Un peu de rire un peu de pleurs

Que me donneras-tu aujourd’hui

Ajouteras-tu à mon ennui

Ou m’apportes-tu le bonheur ?
Il s’est levé le jour qui vient

Et il s’étend sur le pays.

Et je fais un compte sans fin

Du temps qui meurt du temps qui fuit.

Un goût de miel ou de venin

Que me donneras-tu aujourd’hui ?

Ajouteras-tu à mon chagrin

Calmeras-tu mon coeur meurtri ?
Des heures qui vont des heures qui lassent

Me revoilà seul dans la nuit

Avec au coeur un peu de place

Pour le bonheur qu’on s’est promis.

Un goût de fiel un goût de vin

C’est à nouveau le lendemain.

Soleil m’apportes-tu l’espoir

de la revoir, de la revoir ?
1976

Les Courtisans

Ça se faufile à pas glissants,

Les courtisans.

Ça vous parle si humblement.

Ça s’interpose à tout moment.

À tout moment, les courtisans,

Ça se faufile à pas glissants.
Ça sourit d’un air compassé,

Les courtisans.

Tête penchée, le cou rentré

Et la bouche en cul-de-poulet.

Cul-de-poulet, les courtisans.

Ça rit d’un ton acidulé.
Ils ont la face du moment,

Les courtisans.

Quand face est noire, pile sera blanc

Ou le contraire, commodément.

Commodément, les courtisans,

Ils ont la face du moment.
C’est si pur et c’est si décent,

Les courtisans.

C’est bien parfois un peu changeant.

Côté jardin, ça fait manant.

Ça fait manant, les courtisans.

Mais côté cour, c’est l’adjudant.
Car ça sait aussi péter sec,

Les courtisans.

Ça change de manières en cinq sec.

De cette façon, y’a pas d’échec.

Y’a pas d’échec, les courtisans.

Car ça sait aussi péter sec.
Ça se faufile à pas glissants
1976

Les Maris

C’est le pire de vos enfants

Celui qu’on gâte pourtant

En lui donnant l’illusion

Qu’il dirige la maison

Le mari, le marrant

C’est toujours charmant.
Aux revers de leurs vestons

Ils ont rubans et ferrailles

Que leurs femmes sans plus d’façons

Appellent gaiement des merdailles.

Les maris, les marrants

C’est plutôt brillant.
Ils ont pris ça sur la veste

En faisant de longues siestes

Durant les heures de bureau

Où ils trouvent qu’ils travaillent trop.

Les maris, les marrants

C’est parfois pensant
Tombe la veste les v’là en rade

s’déchaussant sous votre nez

S’relaxant d’une pétarade

Qu’on n’réserve qu’à sa moitié

Les maris, les marrants

C’est plutôt méchant.
C’est là l’envers du décor.

C’est les coulisses du théâtre.

Croyez, c’est trop bien encore

Pour leurs épouses acariâtres

Les maris, les marrants

C’est parfois brimant.
Dès l’instant où se réveille

Le mâle qui en eux sommeille

Ils croient vous donner, tu penses,

De la vie la quintessence.

Les maris, les marrants

C’est plutôt marrant.
Ne leur faites pas la tête

Quand leur viennent les heures tendres.

De toute façon soyez prêtes

Car Monsieur n’aime point attendre.

Les maris, les marrants

Ce n’est point gnangnan.
Ils passent du lit à la table

Sans la moindre arrière-pensée

Vous êtes l’idiote de la fable

de n’pouvoir vous adapter.

Les maris, les marrants

C’est plutôt changeant.
Mais ce que vous n’aimez pas

C’est quand ils font leur bla-bla

Comme une joyeuse comédie

Aux pépés et aux amies.

Les maris, les marrants

C’est parfois bêlant.
Vous connaissez ça par coeur

Les soupirs les tons rêveurs.

Durant ces avant-premières

Vous botteriez leurs derrières.

Aux maris, aux marrants

C’est plutôt tentant.
Eux ils supportent fort mal

Qu’en tout bien en tout honneur

Vous attiriez d’autres mâles.

Ça leur provoque des humeurs.

Les maris, les marrants

C’est parfois touchant.
C’est le pire de vos enfants

Celui qu’on gâte pourtant

En lui donnant l’illusion

Qu’il dirige la maison.

Le mari, le marrant

C’est toujours charmant.
1976

Les Ménagères

Au début de leur destin

c’était pourtant des filles bien.

Elles sont entrées en fonction

comme on entre en religion.

Les ménagères.
Autour d’elles elles font briller

le parquet le bois le verre

et secouent leur derrière

en mouvemements bien cadencés.

Les ménagères.
Mais dans le lit conjugal

elles sont catins c’est normal.

Leur programme est bien fourni

pour le jour et pour la nuit.

Les ménagères.
Leurs proportions corporelles

s’avachissent avec les ans.

Et de leurs pauvres cervelles

on sourit depuis longtemps.

Les ménagères.
De la carne qu’elles cuisinent

elles ont bientôt pris la mine.

De la poussière qui les ceint

elles ont déjà pris le teint.

Les ménagères.
Rêvassant dans leurs torchons

elles voyagent à leur façon

et se disent qu’avec le temps

tout ira plus facilement.

Les ménagères.
Les v’là au bout du rouleau.

Elles sont usées jusqu’aux os.

Point d’statue pour les héros.

Et pour leurs droits c’est zéro.

Les ménagères.
Et c’est là leur Univers.

Mais il y a une récompense :

Grand cordon d’la Serpillière

et un coup d’pied où je pense.

Les ménagères.
Au début de leur destin

c’était pourtant des filles bien
1976

Les Ronds-de-cuir

Les ronds de jambe des ronds-de-cuir,

C’est pour les galons.

Les poignées de mains, les sourires,

C’est la promotion.

Les flatteries faites sans rougir,

C’est bénédiction.

Existe-t-il rien d’aussi bon

Qu’un chemin tracé au Cordon !
C’est cordeau qu’il fallait leur dire

Et j’ai dit Cordon.

Dans une vie sans coup férir,

C’est décoration.

Il est prédit leur avenir,

Et du meilleur ton.

Existe-t-il rien de plus beau

Qu’un chemin tracé au cordeau !
D’un cordeau ils savent se munir

Sans trop de chichis.

Et ce courage fera pâlir

Tous leurs ennemis.

La dignité saura grandir

Ce qui les unit.

Ah, qu’il est beau ! ah, qu’il est bon

Le chemin tracé au Cordon !
Ils tournent en rond, les ronds-de-cuir.

Ils font des ron-ron.

C’est pas méchant, ça n’veut rien dire.

Ça fait les dos ronds.

Ils portent les problèmes d’avenir

Dans leurs réflexions.

Et-ron-et-ron-et-ron-et-ron

C’est le poids d’la méditation
1976

Rêves

Je te vois t’accrochant aux rêves.

Triste et dur sera ton réveil,

car poursuivant de faux soleils,

en eux se dessèchera ta sève.
En toi tu sais vivre par coeur

à force d’imagination.

Tristes et dures seront les heures

te ramenant à la raison.
Tu vas, t’inventant des images,

inversant les réalités.

Triste et dur sera le voyage

qui vient parfois te réveiller.
Eh bien, qu’il me soit triste et dur!

Encor j’en veux payer le prix,

et que mes rêves ne soient finis!

Par-delà mes réveils, qu’ils durent!
1976

Si Tu Ne Sais

Si tu ne sais pas voir

Avec les yeux de l’âme

Ah ! qu’il est loin de toi

L’artiste dans son drame !

Si tu ne comprends pas

Quand il sourit pour toi

Ah ! qu’il est loin de toi

L’artiste dans sa joie !
S’élève le vent et tombe la pluie

S’étire le temps à l’heure où j’écris.
Si tu ne sais aimer

Que ce qui est aimable

Alors pour tes vingt ans

Tu es déjà minable.

Si tu ne sais aimer

Que ce qui est permis

Alors pour tes vingt ans

Tu es déjà fini.
S’élève le vent et tombe la pluie

S’étire le temps à l’heure où j’écris.
Si tu ne sais chanter

Que ce que l’on fredonne

Alors de ta pensée

Jamais rien ne rayonne.

Si tu ne sais chanter

Que ce qu’on t’a appris

Alors cesse de gueuler

Tu as déjà tout dit.
S’élève le vent et tombe la pluie

S’étire le temps à l’heure où j’écris.
1976

Attente

Cette graine que je tiens

dans le creux de ma main,

qu’en naîtra-t-il demain ?

Un roseau ou un chêne ?

Quelque plante de jardin ?

J’ignore et ne m’en plains.

Mais le coeur me palpite,

sachant qu’en elle habite

une vie qui attend

mon plaisir du moment

et qui dira : présent

pourvu que je lui trouve

bonne terre qui la couve.

Ainsi, bonne graine attend.
Cet amour que tu tiens

dans le creux de ta main,

qu’en naîtra-t-il demain ?

Mon bonheur, ou ma peine ?

Ou mes regrets sans fin ?

Je l’ignore, ô combien.

Mais là, mon coeur se glace

de ne savoir ma place

au destin qui attend

ton plaisir du moment.

Car c’est toi qui choisis,

et c’est moi qui subis.

Bonne chienne qui attend.

Et bon chien s’y entend.
1976

Coloris

En teintes folles, en demi-tons,

dans la lumière qui resplendit,

tes cheveux sont couleur de miel

et tes yeux sont couleur de ciel

tes lèvres sont couleur de vie

et sur ta peau d’un blond roussi

le soleil a fait un semis

de mille jolies taches de son.
1976

J’ai Connu Tant De Ciels

J’ai connu tant de ciels

Et de terres de hasard

Pour gens de toutes parts

Venus on ne sait d’où

Et ne t’ai point trouvée
J’ai suivi les chemins

Des chiens et des gamins

Sortis de nulle part

Et qui vont n’importe où

Et ne t’ai point trouvée
Et j’ai chanté le vin

Les chagrins les refrains

Qui sont nés autre part

Et qu’on entend partout

Et ne t’ai point trouvée
J’ai connu tant de filles

Les douces et les aigries

Les rondes les aplaties

Les vives et les bornées

Et ne t’ai point trouvée
Et j’ai bu le nectar

Et j’ai usé l’espoir

Des partout des nulle part

Qui se moquent de vous

Et ne t’ai point trouvée
1976