Mais Je Suis Belle D’être Aimée

Mais je suis belle d’être aimée,

Vous m’avez donné la beauté,

Jamais ma robe parfumée

Sur la feuille ainsi n’a chanté,

Jamais mon pas n’eut cette grâce

Et mes yeux ces tendres moiteurs

Qui laissent les hommes rêveurs

Et les fleurs même, quand je passe.

Que Je Repose En Toi, Mon Beau Logis D’amour

Que je repose en toi, mon beau logis d’amour,

Dans la nuit de ton coeur sur mon être scellée.

Tu seras mon tombeau. Oubliant les détours,

Ombre, je vais descendre, en ton ombre effacée.
Tu seras mon tombeau. Enfin je vais dormir,

Prise dans le linceul que me fera ton âme,

Goûtant, morte sacrée, au sein du souvenir,

L’amour intérieur que ma vie réclame.
Grave, mon coeur descend en ton coeur qui m’enserre,

Me voile, me chérit, me recueille à jamais,

Et, bleu soleil dont le baiser perce la terre,

Ton oeil étincelant luit sur mes yeux fermés.

Que Ton Fruit De Sang Qui Loge En Mon Sein

Que ton fruit de sang qui loge en mon sein

Soit pareil, amour, à ton être humain,

Que le petit nid ombreux qui se ferme

Pour envelopper et mûrir le germe

Sente remuer ta plus jeune enfance

Comme elle le fit dans l’avant-naissance

Au flanc maternel en un temps lointain.

Et que ce soit toi, dans mon doux jardin,

Ô mon bien-aimé, qui bouges, piétines ;

Que pour toi le lait pèse à ma poitrine,

Que je sente en moi la genèse humaine

De ton être mâle et que tu me tiennes

Au sein, lourd de chair, mon intime noeud.

Que dans mon secret s’éveillent tes yeux

Nébuleux d’abord et d’une eau troublée,

Puis fraîcheur d’un astre à l’aube étonnée.

Que ce soit ta bouche en fleur d’églantine

Qui bâille un parfum d’haleine enfantine,

Que ce soit, amour, tes petites mains

Qui pressent mon coeur d’un toucher câlin,

Comme les chatons de leurs frêles pattes

Pétrissent sans voir les tétins de chatte.

Que je sache ainsi comment ta pensée

Fut rêveusement dans l’oeuf caressée,

Comment se forma ton goût des baisers,

Ton génie humain encore effacé

Dressant faiblement sa jeune envolée ;

Que ta forme en moi réduite et bercée

Me révèle enfin quel rêve en ton coeur

S’attriste aujourd’hui et quel frais bonheur

De vivre agitait tes jambes légères

Lorsque tu bougeais au sein de ta mère.

Oh ! tenir en moi, fruit d’âme et de chair,

Notre enfant, ton sang, ton coeur et tes nerfs,

De ton abandon forme rajeunie,

Te sentir, amour, éclos de ma vie,

Te bercer, t’aimer, te garder vivant,

Couché tout à moi au creux de mon flanc !

Je T’ai Écrit Au Clair De Lune

Je t’ai écrit au clair de lune

Sur la petite table ovale,

D’une écriture toute pâle,

Mots tremblés, à peine irisés

Et qui dessinent des baisers.

Car je veux pour toi des baisers

Muets comme l’ombre et légers

Et qu’il y ait le clair de lune

Et le bruit des branches penchées

Sur cette page détachée.

Laisse Couler Mes Pleurs Tendres Sur Ton Visage.

Laisse couler mes pleurs tendres sur ton visage.

Bois-les, je suis ta soeur humaine dans la vie,

Le sang coule en ma chair pour être ta pâture

Et l’amour de la créature

M’a pour jamais vers toi, ô mon frère, inclinée.

Quel intime frisson de chair nous réunit,

Quelle nudité d’âme et de chair nous assemble,

Ô toi seul devant qui je demeure plus nue

Qu’au jour de ma naissance ignorante et naïve.