Rondeau – Je Pense À Vous

Je pense à vous voir tant d’attraits,
Qu’Amour vous a formée exprès
Pour faire que sa fête on chôme,
Car vous en avez une somme
Bien dangereuse à voir de près.
Vous êtes belle plus que très,
Et vous avez le teint si frais,
Qu’il n’est rien d’égal (au moins comme
Je pense) à vous.
Vos yeux, par des ressorts secrets,
Tenaient mille cœurs dans vos rets ;
Qui s’en défend est habile homme :
Pour moi qu’un si beau feu consomme,
Nuit et jour percé de vos traits
Je pense à vous.

Les Fourriers D’eté Sont Venus

Les fourriers d’Eté sont venus

Pour appareiller son logis,

Et ont fait tendre ses tapis,

De fleurs et verdure tissus.
En étendant tapis velus,

De vert herbe par le pays,

Les fourriers d’Eté sont venus

Pour appareiller son logis.
Coeurs d’ennui piéça morfondus,

Dieu merci, sont sains et jolis ;

Allez-vous-en, prenez pays,

Hiver, vous ne demeurez plus ;

Les fourriers d’Eté sont venus.

Mon Cuer, Estouppe Tes Oreilles

Mon cuer, estouppe* tes oreilles

Pour le vent de merencolie !

S’il y entre, ne doubte mye,

Il est dangereux a merveilles.
Soit que tu donnes ou tu veilles,

Fais ainsi que dy, je t’en prie ;

Mon cuer, estouppe tes oreilles

Pour le vent de merencolie !
Il cause doleurs nompareilles

Dont s’engendre la maladie

Qui n’est pas de legier guerie.

Croy moy, s’a Raison te conseilles,

Mon cuer, estouppe tes oreilles !
(*) bouche

Ne Hurtez Plus A L’uis De Ma Pensee

Ne hurtez plus a l’uis de ma pensee,

Soing et Soussi, sans tant vous traveiller !

Car elle dort et ne veult s’esveiller ;

Toute la nuyt en paine a despensee.
En dangier est, s’elle n’est bien pensee.

Cessez ! cessez ! Laissez la sommeiller !

Ne hurtez plus a l’uis de ma pensee,

Soing et Soussi, sans tant vous traveiller !
Pour la guerir bon Espoir a pensee

Medecine qu’a fait apareiller ;

Lever ne peut son chief de l’oreiller,

Tant qu’en repos se soit recompensee.

Ne hurtez plus a l’uis de ma pensee !

Ou Puis Parfont De Ma Merencolie

Ou puis parfont de ma merencolie

L’eaue d’Espoir que ne cesse tirer,

Soif de Confort la me fait desirer,

Quoy que souvent je la trouve tarie.
Necte la voy ung temps et esclercie,

Et puis après troubler et empirer,

Ou puis parfont de ma merencolie

L’eaue d’Espoir que ne cesse tirer.
D’elle trempe mon ancre d’estudie,

Quant j’en escrips, mais pour mon cueur irer ;

Fortune vient mon pappier dessirer,

Et tout gecte par sa grant felonnie

Ou puis parfont de ma merencolie.

Puis Ça, Puis Là

Puis ça, puis la,
Et sus et jus,
De plus en plus,
Tout vient et va.

Tous on verra,
Grands et menus,
Puis ça, puis la,
Et sus et jus.

Vieuls temps desja
S’en sont courus,
Et neufs venus,
Que dea ! que dea !
Puis ça, puis la.

Que Me Conseillez-vous, Mon Coeur

Que me conseillez-vous, mon coeur ?

Irai-je par devers la belle

Lui dire la peine mortelle

Que souffrez pour elle en douleur ?
Pour votre bien et son honneur,

C’est droit que votre conseil céle.

Que me conseillez-vous, mon coeur,

Irai-je par devers la belle ?
Si pleine la sais de douceur

Que trouverai merci en elle,

Tôt en aurez bonne nouvelle.

J’y vais, n’est-ce pour le meilleur ?

Que me conseillez-vous, mon coeur ?

Que Nous En Faisons De Telles Manières

Que nous en faisons
De telles manières,
Et douces et fières,
Selon les saisons !

En champs ou maisons,
Par bois et rivières,
Que nous en faisons
De telles manières !

Un temps nous taisons,
Tenant assez chères
Nos joyeuses chères,
Puis nous apaisons.
Que nous en faisons !

Qui ? Quoi ? Comment ? A Qui ? Pourquoi

Qui ? quoy ? comment ? a qui ? pourquoy ?
Passez, presens ou avenir,
Quant me viennent en souvenir,
Mon cueur en penser n’est pas coy.

Au fort, plus avant que ne doy
Jamais je ne pense enquerir :
Qui ? quoy ? comment ? a qui ? pourquoy ?
Passez, presens ou avenir.

On s’en puet rapporter a moy
Qui de vivre ay eu beau loisir
Pour bien aprendre et retenir.
Assez ay congneu,je m’en croy :
Qui ? quoy ? comment ? a qui ? pourquoy ?

Qui ? Quoy ? Comment ? A Qui ? Pourquoy ?

Qui ? quoy ? comment ? a qui ? pourquoy ?

Passez, presens ou avenir,

Quant me viennent en souvenir,

Mon cueur en penser n’est pas coy.
Au fort, plus avant que ne doy

Jamais je ne pense enquerir :

Qui ? quoy ? comment ? a qui ? pourquoy ?

Passez, presens ou avenir.
On s’en puet rapporter a moy

Qui de vivre ay eu beau loisir

Pour bien aprendre et retenir.

Assez ay congneu,je m’en croy :

Qui ? quoy ? comment ? a qui ? pourquoy ?

Qui A Toutes Ses Hontes Beues

Qui a toutes ses hontes beues,

Il ne lui chault que l’en lui die,

Il laisse passer mocquerie

Devant ses yeulx, comme les nues.
S’on le hue par my les rues,

La teste hoche a chiere lie.

Qui a toutes ses hontes beues,

Il ne lui chault que l’en lui die.
Truffes sont vers lui bien venues ;

Quant gens rient, il fault qu’il rie ;

Rougir on ne le feroit mie ;

Contenances n’a point perdues,

Qui a toutes ses hontes beues.

Votre Bouche Dit : Baisez-moi

Vostre bouche dit : Baisiez moy,
Ce m’est avis quant la regarde ;
Mais Dangier de trop prés la garde,
Dont mainte doleur je reçoy.

Laissiez m’avoir, par vostre foy,
Un doulx baisier, sans que plus tarde ;
Vostre bouche dit : Baisiez moy,
Ce m’est avis quant la regarde.

Dangier me heit, ne scay pourquoy,
Et tousjours Destourbier me darde ;
Je prie a Dieu que mal feu l’arde !
Il fust temps qu’il se tenist coy.
Vostre bouche dit : Baisiez moy.

Yver, Vous N’estes Qu’un Villain

Yver, vous n’estes qu’un villain !

Esté est plaisant et gentil,

En tesmoing de May et d’Avril

Qui l’acompaignent soir et main*.
Esté revest champs, bois et fleurs,

De sa livree de verdure

Et de maintes autres couleurs,

Par l’ordonnance de Nature.
Mais vous, Yver, trop estes plain

De nege, vent, pluye et grezil ;

On vous deust banir en essil**.

Sans point flater, je parle plain,

Yver, vous n’estes qu’un villain !
(*) matin

(**) exil

Le Temps A Laissié Son Manteau

Le temps a laissié son manteau

De vent, de froidure et de pluye,

Et s’est vestu de brouderie,

De soleil luyant, cler et beau.
Il n’y a beste, ne oyseau,

Qu’en son jargon ne chante ou crie

Le temps a laissié son manteau

De vent, de froidure et de pluye.
Riviere, fontaine et ruisseau

Portent, en livree jolie,

Gouttes d’argent, d’orfaverie ;

Chascun s’abille de nouveau

Le temps a laissié son manteau.

Ce Premier Jour Du Mois De May

Ce premier jour du mois de may,

Quant de mon lit hors me levay

Environ vers la matinee,

Dedans mon jardin de pensee

Avecques mon cueur seul entray.
Dieu scet s’entrepris fu d’esmay* !

Car en pleurant tout regarday

Destruit d’ennuyeuse gelee,

Ce premier jour du mois de may,

Quant de mon lit hors me levay.
En gast** fleurs et arbres trouvay ;

Lors au jardinier demanday

Se Desplaisance maleuree

Par tempeste, vent ou nuee

Avoit fait tel piteux array***,

Ce premier jour du mois de may.
(*) crainte

(**) ravagés

(***) arrangement