Vu Que Tu Es Plus Blanche

Chanson
Vu que tu es plus blanche que le lis,

Qui t’a rougi ta lèvre vermeillette

D’un si beau teint ? Qui est-ce qui t’a mis

Sur ton beau sein cette couleur rougette ?
Qui t’a noirci les arcs de tes sourcils ?

Qui t’a bruni tes beaux yeux, ma maîtresse ?

Ô grand beauté remplie de soucis,

Ô grand beauté pleine de grand liesse !
Ô douce, belle, honnête cruauté,

Qui doucement me contraint de te suivre,

Ô fière, ingrate, et fâcheuse beauté,

Avecque toi je veux mourir et vivre.

Quand Je Pense À Ce Jour, Où Je La Vey Si Belle

Quand je pense à ce jour, où je la vey si belle

Toute flamber d’amour, d’honneur et de vertu,

Le regret, comme un trait mortellement pointu,

Me traverse le coeur d’une playe eternelle.
Alors que j’esperois la bonne grace d’elle,

L’Amour a mon espoir que la Mort combattu :

La Mort a mon espoir d’un cercueil revestu,

Dont j’esperois la paix de ma longue querelle.
Amour tu es enfant inconstant et leger .

Monde, tu es trompeur, pipeur et mensonger,

Decevant d’un chacun l’attente et le courage.
Malheureux qui se fie en l’Amour et en toy :

Tous deux comme la Mer vous n’avez point de foy,

L’un fin, l’autre parjure, et l’autre oiseau volage.

Quand Je Suis Tout Baissé Sur Votre Belle Face

Quand je suis tout baissé sur votre belle face,

Je vois dedans vos yeux je ne sais quoi de blanc,

Je ne sais quoi de noir, qui m’émeut tout le sang,

Et qui jusques au coeur de veine en veine passe.
Je vois dedans Amour, qui va changeant de place,

Ores bas, ores haut, toujours me regardant,

Et son arc contre moi coup sur coup débandant.

Las ! si je faux, raison, que veux-tu que j’y fasse ?
Tant s’en faut que je sois alors maître de moi,

Que je vendrais mon père, et trahirais mon Roi,

Mon pays, et ma soeur, mes frères et ma mère.
Tant je suis hors du sens, après que j’ai tâté

A longs traits amoureux de la poison amère,

Qui sort de ces beaux yeux, dont je suis enchanté.

Marie, Baisez-moi ; Non, Ne Me Baisez Pas

Marie, baisez-moi ; non, ne me baisez pas,

Mais tirez-moi le coeur de votre douce haleine ;

Non, ne le tirez pas, mais hors de chaque veine

Sucez-moi toute l’âme éparse entre vos bras ;
Non, ne la sucez pas ; car après le trépas

Que serais-je sinon une semblance vaine,

Sans corps, dessus la rive, où l’amour ne démène

(Pardonne-moi, Pluton) qu’en feintes ses ébats ?
Pendant que nous vivons, entr’aimons-nous, Marie,

Amour ne règne pas sur la troupe blêmie

Des morts, qui sont sillés d’un long somme de fer.
C’est abus que Pluton ait aimé Proserpine ;

Si doux soin n’entre point en si dure poitrine :

Amour règne en la terre et non point en enfer.

Marie, Levez-vous, Ma Jeune Paresseuse

Marie, levez-vous, ma jeune paresseuse :

Jà la gaie alouette au ciel a fredonné,

Et jà le rossignol doucement jargonné,

Dessus l’épine assis, sa complainte amoureuse.
Sus ! debout ! allons voir l’herbelette perleuse,

Et votre beau rosier de boutons couronné,

Et vos oeillets mignons auxquels aviez donné,

Hier au soir de l’eau, d’une main si soigneuse.
Harsoir en vous couchant vous jurâtes vos yeux

D’être plus tôt que moi ce matin éveillée :

Mais le dormir de l’Aube, aux filles gracieux,
Vous tient d’un doux sommeil encor les yeux sillée.

Çà ! çà ! que je les baise et votre beau tétin,

Cent fois, pour vous apprendre à vous lever matin.

Marie, Que Je Sers En Trop Cruel Destin

Marie, que je sers en trop cruel destin,

Quand d’un baiser d’amour votre bouche me baise,

Je suis tout éperdu, tant le coeur me bat d’aise.

Entre vos doux baisers puissé-je prendre fin !
Il sort de votre bouche un doux flair, qui le thym,

Le jasmin et l’oeillet, la framboise et la fraise

Surpasse de douceur, tant une douce braise

Vient de la bouche au coeur par un nouveau chemin.
Il sort de votre sein une odoreuse haleine

(Je meurs en y pensant) de parfum toute pleine,

Digne d’aller au ciel embaumer Jupiter.
Mais quand toute mon âme en plaisir se consomme

Mourant dessus vos yeux, lors pour me dépiter

Vous fuyez de mon col, pour baiser un jeune homme.

Marie, Qui Voudrait Votre Beau Nom Tourner

Marie, qui voudrait votre beau nom tourner,

Il trouverait Aimer : aimez-moi donc, Marie,

Faites cela vers moi dont votre nom vous prie,

Votre amour ne se peut en meilleur lieu donner.
S’il vous plaît pour jamais un plaisir demener,

Aimez-moi, nous prendrons les plaisirs de la vie,

Pendus l’un l’autre au col, et jamais nulle envie

D’aimer en autre lieu ne nous pourra mener.
Si faut-il bien aimer au monde quelque chose :

Celui qui n’aime point, celui-là se propose

Une vie d’un Scythe, et ses jours veut passer
Sans goûter la douceur des douceurs la meilleure.

Eh, qu’est-il rien de doux sans Vénus ? las ! à l’heure

Que je n’aimerai point, puissé-je trépasser !

Marie, Vous Avez La Joue Aussi Vermeille

Marie, vous avez la joue aussi vermeille

Qu’une rose de mai, vous avez les cheveux

De couleur de châtaigne, entrefrisés de noeuds,

Gentement tortillés tout autour de l’oreille.
Quand vous étiez petite, une mignarde abeille

Dans vos lèvres forma son doux miel savoureux,

Amour laissa ses traits dans vos yeux rigoureux,

Pithon vous fit la voix à nulle autre pareille.
Vous avez les tétins comme deux monts de lait,

Qui pommellent ainsi qu’au printemps nouvelet

Pommellent deux boutons que leur châsse environne.
De Junon sont vos bras, des Grâces votre sein,

Vous avez de l’Aurore et le front, et la main,

Mais vous avez le coeur d’une fière lionne.

Marie, Vous Passez En Taille, Et En Visage

Marie, vous passez en taille, et en visage,

En grâce, en ris, en yeux, en sein, et en téton,

Votre moyenne soeur, d’autant que le bouton

D’un rosier franc surpasse une rose sauvage.
Je ne dis pas pourtant qu’un rosier de bocage

Ne soit plaisant à l’oeil, et qu’il ne sente bon ;

Aussi je ne dis pas que votre soeur Thoinon

Ne soit belle, mais quoi ? vous l’êtes davantage.
Je sais bien qu’après vous elle a le premier prix

De ce bourg, en beauté, et qu’on serait épris

D’elle facilement, si vous étiez absente.
Mais quand vous approchez, lors sa beauté s’enfuit,

Ou morne elle devient par la vôtre présente,

Comme les astres font quand la Lune reluit.

Ma Maîtresse Est Toute Angelette

Chanson
Ma maîtresse est toute angelette,

Toute belle fleur nouvelette,

Toute mon gracieux accueil,

Toute ma petite brunette,

Toute ma douce mignonnette,

Toute mon coeur, toute mon oeil.
Toute ma grâce et ma Charite,

Toute belle perle d’élite,

Toute doux parfum indien,

Toute douce odeur d’Assyrie,

Toute ma douce tromperie,

Toute mon mal, toute mon bien.
Toute miel, toute reguelyce,

Toute ma petite malice,

Toute ma joie, et ma langueur,

Toute ma petite Angevine,

Ma toute simple, et toute fine,

Toute mon âme, et tout mon coeur.
Encore un envieux me nie

Que je ne dois aimer m’amie :

Mais quoi ? Si ce bel envieux

Disait que mes yeux je n’aimasse

Penseriez-vous que je laissasse,

Pour son dire, à n’aimer mes yeux ?

Marie, À Tous Les Coups Vous Me Venez Reprendre

Marie, à tous les coups vous me venez reprendre

Que je suis trop léger, et me dites toujours,

Quand je vous veux baiser, que j’aille à ma Cassandre,

Et toujours m’appelez inconstant en amours.
Je le veux être aussi, les hommes sont bien lourds

Qui n’osent en cent lieux neuve amour entreprendre.

Celui-là qui ne veut qu’à une seule entendre,

N’est pas digne qu’Amour lui fasse de bons tours.
Celui qui n’ose faire une amitié nouvelle,

A faute de courage, ou faute de cervelle,

Se défiant de soi, qui ne peut avoir mieux.
Les hommes maladifs, ou matés de vieillesse,

Doivent être constants : mais sotte est la jeunesse

Qui n’est point éveillée, et qui n’aime en cent lieux.

Je Ne Suis Seulement Amoureux De Marie

Je ne suis seulement amoureux de Marie,

Anne me tient aussi dans les liens d’Amour,

Ore l’une me plaît, ore l’autre à son tour :

Ainsi Tibulle aimait Némésis, et Délie.
On me dira tantôt que c’est une folie

D’en aimer, inconstant, deux ou trois en un jour,

Voire, et qu’il faudrait bien un homme de séjour,

Pour, gaillard, satisfaire à une seule amie.
Je réponds à cela, que je suis amoureux,

Et non pas jouissant de ce bien doucereux,

Que tout amant souhaite avoir à sa commande.
Quant à moi, seulement je leur baise la main,

Les yeux, le front, le col, les lèvres et le sein,

Et rien que ces biens-là d’elles je ne demande.

Je Veus Lire En Trois Jours L’iliade D’homere

Je veus lire en trois jours l’Iliade d’Homere,

Et pour-ce, Corydon, ferme bien l’huis sur moy.

Si rien me vient troubler, je t’asseure ma foy

Tu sentiras combien pesante est ma colere.
Je ne veus seulement que nostre chambriere

Vienne faire mon lit, ton compagnon, ny toy,

Je veus trois jours entiers demeurer à requoy,

Pour follastrer apres une sepmaine entiere.
Mais si quelqu’un venoit de la part de Cassandre,

Ouvre lui tost la porte, et ne le fais attendre,

Soudain entre en ma chambre, et me vien accoustrer.
Je veus tant seulement à luy seul me monstrer :

Au reste, si un Dieu vouloit pour moy descendre

Du ciel, ferme la porte, et ne le laisse entrer.

Je Vous Envoye Un Bouquet Que Ma Main

Je vous envoye un bouquet que ma main

Vient de trier de ces fleurs épanies,

Qui ne les eust à ce vespre cuillies,

Cheutes à terre elles fussent demain.
Cela vous soit un exemple certain

Que vos beautés, bien qu’elles soient fleuries,

En peu de tems cherront toutes flétries,

Et comme fleurs, periront tout soudain.
Le tems s’en va, le tems s’en va, ma Dame,

Las ! le tems non, mais nous nous en allons,

Et tost serons estendus sous la lame :
Et des amours desquelles nous parlons,

Quand serons morts, n’en sera plus nouvelle :

Pour-ce aimés moy, ce-pendant qu’estes belle.

L’an Se Rajeunissait En Sa Verte Jouvence

L’an se rajeunissait en sa verte jouvence

Quand je m’épris de vous, ma Sinope cruelle ;

Seize ans étaient la fleur de votre âge nouvelle,

Et votre teint sentait encore son enfance.
Vous aviez d’une infante encor la contenance,

La parole, et les pas ; votre bouche était belle,

Votre front et vos mains dignes d’une Imrnortelle,

Et votre oeil, qui me fait trépasser quand j’y pense.
Amour, qui ce jour-là si grandes beautés vit,

Dans un marbre, en mon coeur d’un trait les écrivit ;

Et si pour le jourd’hui vos beautés si parfaites
Ne sont comme autrefois, je n’en suis moins ravi,

Car je n’ai pas égard à cela que vous êtes,

Mais au doux souvenir des beautés que je vis.