Le Verger

Simone, allons au verger

Avec un panier d’osier.

Nous dirons à nos pommiers,

En entrant dans le verger :

Voici la saison des pommes.

Allons au verger, Simone,

Allons au verger.
Les pommiers sont plein de guêpes,

Car les pommes sont très mûres :

Il se fait un grand murmure

Autour du vieux doux-aux-vêpes.

Les pommiers sont pleins de pommes,

Allons au verger, Simone,

Allons au verger.
Nous cueillerons le calville,

Le pigeonnet et la reinette,

Et aussi des pommes à cidre

Dont la chair est un peu doucette.

Voici la saison des pommes,

Allons au verger, Simone,

Allons au verger.
Tu auras l’odeur des pommes

Sur ta robe et sur tes mains,

Et tes cheveux seront pleins

Du parfum doux de l’automne.

Les pommiers sont pleins de pommes,

Allons au verger, Simone,

Allons au verger.
Simone, tu seras mon verger

Et mon pommier de doux-aux-vêpes ;

Simone, écarte les guêpes

De ton coeur et de mon verger.

Voici la saison des guêpes,

Allons au verger, Simone,

Allons au verger.

Les Cheveux

Simone, il y a un grand mystère

Dans la forêt de tes cheveux.
Tu sens le foin, tu sens la pierre

Où des bêtes se sont posées ;

Tu sens le cuir, tu sens le blé,

Quand il vient d’être vanné ;

Tu sens le bois, tu sens le pain

Qu’on apporte le matin ;

Tu sens les fleurs qui ont poussé

Le long d’un mur abandonné ;

Tu sens la ronce, tu sens le lierre

Qui a été lavé par la pluie ;

Tu sens le jonc et la fougère

Qu’on fauche à la tombée de la nuit ;

Tu sens la ronce, tu sens la mousse,

Tu sens l’herbe mourante et rousse

Qui s’égrène à l’ombre des haies ;

Tu sens l’ortie et le genêt,

Tu sens le trèfle, tu sens le lait ;

Tu sens le fenouil et l’anis ;

Tu sens les noix, tu sens les fruits

Qui sont bien mûrs et que l’on cueille ;

Tu sens le saule et le tilleul

Quand ils ont des fleurs plein les feuilles ;

Tu sens le miel, tu sens la vie

Qui se promène dans les prairies ;

Tu sens la terre et la rivière ;

Tu sens l’amour, tu sens le feu.
Simone, il y a un grand mystère

Dans la forêt de tes cheveux.

Les Feuilles Mortes

Simone, allons au bois : les feuilles sont tombées ;

Elles recouvrent la mousse, les pierres et les sentiers.
Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?
Elles ont des couleurs si douces, des tons si graves,

Elles sont sur la terre de si frêles épaves !
Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?
Elles ont l’air si dolent à l’heure du crépuscule,

Elles crient si tendrement, quand le vent les bouscule !
Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?
Quand le pied les écrase, elles pleurent comme des âmes,

Elles font un bruit d’ailes ou de robes de femme :
Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?
Viens : nous serons un jour de pauvres feuilles mortes.

Viens : déjà la nuit tombe et le vent nous emporte.
Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?

L’aubépine

Simone, tes mains douces ont des égratignures,

Ta pleures, et moi je veux rire de l’aventure.
L’Aubépine défend son coeur et ses épaules,

Elle a promis sa chair à des baisers plus beaux.
Elle a mis son grand voile de songe et de prière,

Car elle communie avec toute la terre ;
Elle communie avec le soleil du matin :

Quand la ruche réveillée rêve de trèfle et de thym,
Avec les oiseaux bleus, les abeilles et les mouches,

Avec, les gros bourdons qui sont tout en velours,
Avec les scarabées, les guêpes, les frelons blonds,

Avec les libellules, avec les papillons
Et tout ce qui a des ailes, avec les pollens

Qui dansent comme des pensées dans l’air et se promènent ;
Elle communie avec le soleil de midi,

Avec les nues, avec le vent, avec la pluie
Et tout ce qui passe, avec le soleil du soir

Rouge comme une rose et clair comme un miroir,
Avec la lune qui rit et avec la rosée,

Avec le Cygne, avec la Lyre, avec la Voie lactée ;
Elle a le front si blanc et son âme est si pure

Qu’elle s’adore elle-même en toute la nature.