Les Feuilles Mortes

C’est une chanson, qui nous ressemble

Toi tu m’aimais et je t’aimais

Nous vivions tous, les deux ensemble

Toi que m’aimais moi qui t’aimais

Mais la vie sépare ceux qui s’aiment

Tout doucement sans faire de bruit

Et la mer efface sur la sable les pas des amants désunis
Oh! je voudrais tant que tu te souviennes

Des jours heureux ou nous étions amis

En ce temps-la la vie était plus belle,

Et le soleil plus brulant qu’aujourd’hui

Les feuilles mortes se ramassent a la pelle

Tu vois, je n’ai pas oublié

Les feuilles mortes se ramassent a la pelle,

Les souvenirs et les regrets aussi

Et le vent du nord les emporte

Dans la nuit froide de l’oubli.

Tu vois, je n’ai pas oublié

La chanson que tu me chantais.
C’est une chanson qui nous ressemble

Toi, tu m’aimais et je t’aimais

Et nous vivions tous deux ensemble

Toi qui m’aimais, moi qui t’aimais

Mais la vie sépare ceux qui s’aiment

Tout doucement, sans faire de bruit

Et la mer efface sur le sable

Les pas des amants désunis.
Les feuilles mortes se ramassent a la pelle,

Les souvenirs et les regrets aussi

Mais mon amour silencieux et fidèle

Sourit toujours et remercie la vie

Je t’aimais tant, tu étais si jolie,

Comment veux-tu que je t’oublie?

En ce temps-la, la vie était plus belle

Et le soleil plus brulant qu’aujourd’hui

Tu étais ma plus douce amie

Mais je n’ai que faire des regrets

Et la chanson que tu chantais

Toujours, toujours je l’entendrai!
C’est une chanson qui nous ressemble

Toi, tu m’aimais et je t’aimais

Et nous vivions tous deux ensemble

Toi qui m’aimais, moi qui t’aimais

Mais la vie sépare ceux qui s’aiment

Tout doucement, sans faire de bruit

Et la mer efface sur le sable

Les pas des amants désunis.
« Les feuilles mortes », tiré du recueil « Soleil de nuit » paru aux éditions Gallimard

© Fatras/ Succession Jacques Prévert, pour les droits audiovisuels et numériques

Lumières D’hommes

Somnambule en plein midi

même la viande sur la fourchette

même la fourchette à la main

toujours très près des camarades

mais si loin tout de même si loin

et donner la pâtée au chien

mais je voyais la pâtée s’enfuir

le chien courir le long du mur

et j’entendais ses soupirs

et le chien voyait ma lumière

mon astre

et laissait la pâtée courir

j’avais cette lumière là sur moi

comme ça

mais ce n’était pas

ma lumière

elle était là comme ça

j’aurais voulu

j’ai tout essayé

j’aurais voulu m’en débarrasser partager

mais elle brûlait tout le monde

personne n’en voulait

mais

si je la mettais en veilleuse

tout le monde applaudissait

lumière couleur de lanterne sourde

petite lampe sans danger

elle plaisait

mais la grande lueur de l’indifférence avouée

le vrai lampadaire

le bec de gaz saignant

contre lequel l’amour saignant se cogne

se blesse

se tue

sans vraiment mourir

la comète

le grand rat de cave que chacun porte dans sa poitrine

l’inquiétante et magnifique lueur

cette braise

personne presque personne n’en veut

petits mensonges lumineux couleur de vérité lumineuse

vérités verroteries

lumière béate de l’homme franc qui vous regarde bien en face

salamandre installée dans le front du penseur

bois et charbons

petits briquets de l’amitié

feux de paille

feux de poutres

feux de joies

de Bengale et de tous bois

allumettes

brindilles

boulets bernots

comme vous plaisez !

ne croyez pas que je pousse le cri du ver luisant qui s’excuse de briller

ou la plainte déchirante du cul-de-jatte qui voudrait patiner

non

je hurle à la lumière avec de l’encre et du papier

le soir tard

et je crie

tout de même

il y a la lumière

chacun a sa lumière

et le monde crève de froid

le monde a peur de se brûler les doigts

évidemment

c’est la lumière qui brille qui brûle qui fait cuire

et qui glace le sang

c’est la grande omelette surprise

le soleil avec des caillots de sang

lueur du coeur

lueur de l’amour

lueur

oh il faut la poursuivre cette lueur aveuglante

elle existe

elle crève les yeux

mais s’ils faut que les yeux crèvent pour tout voir

crevez les yeux
c’est la lumière vivante que chacun porte en soi

et que tout le monde étouffe pour faire comme tout le monde

lumière défendue

tu grilles ceux qui t’approchent

ceux qui veulent te prendre

mais tu les aimes

lumière vivante

la vie c’est toi

la vie vivante qui marche en avant

en revenant sur ses pas

qui marche tout droit qui fait des détours et qui n’en fait pas

soleil de nuit

lune de jour

étoiles de l’après-midi

battements de coeur avant l’amour

pendant l’amour

après l’amour

grande lumière dans l’oeil du porc qui fait l’amour

lumière telle que sans abat-jour

lumière brute lumière rouge

lumière crépusculaire

indifférente avide passionnée

lumière de printemps si douce

lumière d’enfant

toujours la même lumière cruelle et lucide

mais parfois si belle

visages qui vous approchez

yeux fermés

bouches ouvertes

tout tourne et tout flambe

vos deux têtes

tête de garçon

tête de fille

vos deux têtes tournent et oublient

c’est un astre

un instant

une victoire

une prise

éclair obscur du mauvais temps

feux follets de la morale

croix de feu

pétards mouillés

ciboires bien astiqués

malheureux petits soleils de cuivre

hostensoirs

comme ils sont ridicules et blêmes vos rayons

lorsque la lumière de celle qui aime l’amour

rencontre la lumière de celui qui aime l’amour

drôle d’incendie

peu importe sa durée

toujours hier demain bonjour bonsoir autrefois jamais toujours et vous-mêmes

qu’est-ce que ça fout pourvu que ça flambe.
« Lumières d’Hommes », tiré du recueil « Soleil de nuit » paru aux éditions Gallimard

© Fatras/ Succession Jacques Prévert, pour les droits audiovisuels et numériques