Mensonge

Mensonge songe à tout,

Pays des paysages,

Un doigt tourne la page.

Mensonge a le doigt long,

La lèvre impérative

Et l’aurore à son front

Est l’aube sensitive.

Saisons

Le temps a dissipé la blonde silhouette

De mes châteaux de sable aux créneaux sans danger.

De ces châteaux d’enfant j’étais la girouette

Quand je ne savais pas que le temps peut changer.
Mais s’il peut te changer, me changer et me prendre

Ma jeunesse d’hier et notre heure aujourd’hui,

Il n’empêchera pas les saisons de nous rendre

L’iris et l’anémone et le mille-pertuis,
La jonquille au printemps, l’automne en chrysanthème,

La rose de toujours, la tubéreuse blême,

La sauge en plein été, l’ellébore en hiver,
L’étoile clématite en la nuit qui se sauve,

La glycine de mai dont les larmes sont mauves

Et ce qui se défeuille et ce qui reste vert.

Silence

Il n’y a rien sous le ciel, ô silence,

Rien que silence et signe blanc

Et flèche de l’indifférence

Sous la rose des quatre vents.
Rien qu’une flèche sous la rose

Aux pétales d’éternité,

Rien que le vent qui décompose

Les roses des témérités.

Solitude, Ô Mon Éléphant

Je ne suis plus là pour personne,

Ô solitude ! Ô mon destin !

Sois ma chaleur quand je frissonne,

Tous mes flambeaux se sont éteints.
Tous mes flambeaux se sont éteints,

Je ne suis plus là pour personne

Et j’ai déchiré ce matin

Les cartes du jeu de maldonne.
Solitude, ô mon éléphant,

De ton pas de vague marine

Berce-moi, je suis ton enfant,

Solitude, ô mon éléphant.
Couleur de cendres sarrasines,

Le chagrin me cerne de près,

Emmène-moi dans la forêt

Dont les larmes sont de résine.
Si j’évite la mort, c’est que je veux pleurer

Tout ce qui me fut proche et ce qui m’a leurré.

Allons dans la forêt sous la sombre mantille

Que trame de tout temps la vertu des aiguilles.
Je ne veux plus revoir dans l’océan du ciel

La lune voyager en sa blondeur de miel,

Ni sa barque en croissant me priver d’une idylle

Qu’elle emporte à son bord parmi d’autres cent mille !
1972

Un Rire Sur Mes Maux

Mon beau petit oiseau, mon enfant sur ma tombe

Qu’elle est pâle la nuit, qu’il est doux le berceau

De tes bras, de ton cœur, de ton regard d’où tombent

Des larmes sur ma vie, un rire sur mes maux.
Mon enfant sur ma tombe, en regardant la route

Je vois partout l’empreinte et le rythme passé

De ton pas, mon voisin, l’ami de tous mes doutes

Et ton regard empli de l’amour trépassé.
Qu’il fut doux le berceau d’où je sortis vivante,

Humide et fraîche enfant d’un destin déjà mort ;

Tu me fis naître tard sur la route savante

Où cherchant notre paix nous trouvions le remords.

La Jacinthe

La jacinthe

Bleue et raide en son parfum

Fleurit mes regrets défunts

Et mes plaintes.
Je ne porterai plus les bijoux du hasard,

Diadème imprudent, bague mésalliée,

Mais, don de ton accueil, l’iris de ton regard

Et, pavois du repos au jour de mon départ,

Une jacinthe bleue à ma gorge liée.

Le Baiser De Ta Voix

Dans ta voix ce qui m’émerveille

Et me fait rime de ton temps

C’est ton baiser à mon oreille

Et c’est le rêve qui m’attend

Dès les moments où je m’éveille.
Je t’aime d’amour innocent,

Je ne suis rien voulant tout être,

Je suis la pluie et le beau temps,

Je suis le tulle à ta fenêtre,

Je suis-je ne sais pas comment.
Mais si tu voulais me connaître,

Mais si tu voulais m’emmener

Vers tout ce qui peut m’apparaître

Dans notre amour tôt condamné

Par tes ailleurs et tes peut-être,
Je te dirais :  » Plutôt finir.  »

Dans le présent de tes journées

Vois en moi la fleur à cueillir,

Et vois la fleur abandonnée

Par le destin de tes plaisirs.

Le Rêve Du Coeur

Je suis une enfant très lointaine

Car j’ai le rêve dans mon cœur.

Mon cœur est l’époux de ma peine

Et ce couple est fait de malheur.

Je suis une enfant très lointaine.
Je vois, je devine et je sais,

J’entends, je donne et je pardonne,

Je connais et je reconnais,

Je suis sévère et je suis bonne.

Je vois, je devine et je sais.
J’ai le chagrin pour compagnie

Car j’ai le rêve dans mon cœur

Et mon cœur jamais ne renie

Sa peine dont je suis la sœur.

J’ai le chagrin pour compagnie.

Les Mots

Rien ne me reste plus à dire

Mon cœur me coupe la parole.

Cœur, oh ! cœur sécateur

Tu coupes les mots du bonheur :

Les mots sitôt venus se meurent.

Cailloux Des Souvenirs

Cailloux des souvenirs vous faites trop de bruit

En vous entrechoquant. J’en ai la tête lourde,

Le cœur fou, l’âme folle et quand tombe la nuit

Et que je vous entends, je voudrais être sourde.
Le silence viendrait. Les fleurs me parleraient

De leur vie incessante et de leur pharmacie,

Mon savoir serait autre avec d’autres secrets

Que celui qui m’éveille et dont je me soucie.
Je passerais mon temps à ne pas me revoir

Et je m’écarterais des eaux de mon miroir

Où l’oiseau voyageur s’éprenait des colombes.
Sourde et seule avec moi dans mon lit de pâleur

Ne me parviendrait plus le chant des crève-cœur

Ni le bruit des cailloux qui construisent ma tombe.

Château De Ma Présence

Château des souvenirs

Où l’heure m’est lointaine,

Où l’amour se promène,

Dont j’entends les soupirs

Tout au long des semaines,
Château du  » Revois tout « ,

Château de ma présence,

L’amour encore y danse

Et me tient par le cou

Car je vivais d’avance.

La Fiancée

Sous la menace des promesses

Et sous le givre des pudeurs

L’image paraît et paresse

Devant la fiancée en pleurs.
– L’étoile du berger vous veille,

Il faut que vous vous reposiez.

Qu’avez-vous en cette corbeille ?

– Mon cœur en corbeille d’osier.
Panier d’osier, côtes d’une île,

Mon corps est tremblant de mon cœur.

Dans cette corbeille fragile

Je porte un vivant qui se meurt.
C’est mon cœur, c’est mon œuf de Pâques,

C’est mon gourmand, c’est mon donné,

C’est mon petit chanteur valaque,

Mon mendiant, mon fils aîné.
– Brise ton cristal, fiancée,

Celui que tu attends est mort,

Tu es fiancée aux pensées,

Tu es l’épouse des alors.
Quête, paume, quête, pauvresse,

La forme ne reviendra pas.

Le brave veut bataille et messe,

Et corps-à-corps jusqu’au trépas.
Se lève l’aube, et l’aventure

Emporte l’homme aventurier,

Le défenseur des âmes pures

Pourrit à l’ombre des mûriers.
Sous les ronces dans la campagne

L’oiseau se pose sur son front.
1972